La semaine la plus importante de l'année politiqueAu lendemain des régionales, ce qui va se passer dans les prochains jours est d'une importance capitale pour la suite, et notamment les prochaines élections présidentielles. Voici, selon moi, une revue des situations en termes de communication politique.Le Parti Socialiste et le challenge de l'unité
Honneur au grand vainqueur de ces régionales. Le PS a fait très fort en remportant 21 régions métropolitaines sur 22. Mais cette victoire n'est pas forcément un cadeau pour le parti.
Car le fait de dominer à ce point l'échiquier politique donne des ailes à tous les présidentiables. Les scores d'hier leur laissent imaginer qu'une victoire en 2012 est possible et c'est là que les choses se compliquent. Car on va voir ressurgir les vieux démons du passé et comme en 2004, les prétendants à l'investiture vont commencer à faire campagne. D'ailleurs et comme on pouvait s'y attendre, Ségolène Royal a tiré la première en prenant la parole très tôt dans la soirée électorale, une demie heure avant Martine Aubry et n'a pas caché son entrée en campagne pour les primaires. Cela ne fait aucun doute. Si le Parti Socialiste se remet à se disperser, la belle et nette victoire d'hier pourrait lui être fatale. L'UMP à l'épreuve des règlements de comptes
Le plus grosse erreur de la semaine dernière fut l'incapacité des membres de la majorité gouvernementale à admettre qu'ils avaient perdu. En récusant la défaite, ils se sont éloignés des électeurs qui n'ont pas manqué de leur dire une nouvelle fois.
François Fillon s'est tellement impliqué personnellement dans la dernière semaine que son leadership en a pris un coup. Il s'est montré mal à l'aise, hésitant, il n'a pas pu éviter les bourdes et il avait vraiment l'intention de présenter sa démission au Président de la République lorsqu'il a fait son intervention hier soir. On le sait désormais, le remaniement sera technique et assez cosmétique. Il n'en demeure pas moins vrai que cette débâcle électorale va fragiliser le parti présidentiel au sein duquel des députés (soucieux de se faire réélire dans deux ans) pourraient se laisser séduire par le message que Dominique de Villepin va adresser aux français jeudi prochain. Europe Ecologie et son appel du 22 mars
En lançant ce matin un appel solennel dans Libération, Daniel Cohn Bendit met les pieds dans le plat et bouscule violemment les Verts. Il joue une partie de poker et il fait "tapis".
Fort de ses deux succès électoraux, il ne veut pas attendre que les uns et les autres aient le temps de se retourner pour réfléchir sereinement à la suite, il veut battre le fer pendant qu'il est encore chaud et son objectif de communication est de mobiliser sans tarder. C'est un peu la stratégie de création du MoDem qui, on s'en souvient, s'est virtuellement constitué au soir de la présidentielle de 2007. Il va devoir affronter une difficulté de taille : son appel va donner l'impression qu'il crache dans la soupe qui l'a nourri et que ses attaques contre l'organisation des Verts vont être ressentis comme autant d'ingratitudes chez les militants qui se sont mobilisés et dont le parti écologiste a fourni l'essentiel des bataillons. Le FN et le moment dynastique
Ces élections ont fait la démonstration que le parti de Jean-Marie Le Pen n'était pas mort et que le réveil de la bête n'était qu'à une portée de débat sur l'identité nationale. Mais une autre démonstration a été faite, et c'est Marine Le Pen qui a profité : preuve est établie dans les urnes que la fille peut désormais se montrer à la hauteur de l'héritage du père.
En réalisant un score incroyable, les deux Le Pen bénéficient d'une situation favorable inespérée en termes de communication. Le père peut partir la tête haute, sur un plus haut historique. La fille peut arriver, légitimée par un succès électoral incontestable. Ironie de l'histoire politique récente. Sarkozy qui avait réussi le tour de force de marginaliser le FN est le même qui l'a fait renaître de ses presque cendres, moins de trois ans après. Le MoDem a disparu
Ce qui frappait hier, c'est que le MoDem était muet. Par la force des choses, me direz-vous, et vous aurez raison. Il n'y avait pas matière à le solliciter au plan national puisqu'il n'était présent que dans une seule élection, l'Acquitaine. Mais c'est la première fois depuis des décennies que le centre ne joue aucun rôle dans un second tour d'élection.
En communication, on dit qu'il est sorti du radar. C'est un point très important. Pour exister politiquement parlant, il faut être dans le radar, comprenez qu'il faut être dans le cercle qui compte et à l'intérieur duquel il se passe des choses. Si vous y êtes, c'est très bien car on vous sollicite pour votre avis. Si vous n'y êtes pas, vous n'êtes plus rien et on peut dire que vous disparaissez. C'est ce qui s'est passé hier soir au plan national. Le parti de François Bayrou a purement et simplement disparu. Cette semaine, ça va bouger
Cette semaine est très intéressante à observer pour voir comment toutes ces situations vont évoluer. Il faut que ça bouge rapidement pour que les français comprennent que nous sommes toujours dans la même séquence.
Et je crois qu'on aura rapidement une petite idée sur ce qui devrait se jouer pour 2012. Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 22 Mars 2010
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