Christophe Ginisty

La valorisation de Facebook progresse de 16 milliards de dollars en un mois et demi


Rédigé le Lundi 3 Janvier 2011



La valorisation de Facebook progresse de 16 milliards de dollars en un mois et demi
Pour moi qui ai vécu la formation puis l'explosion d'une bulle spéculative, il y a des choses qui me font frémir, comme cette information repérée ce matin.

On apprend en effet que Facebook vient d'être valorisé; par ses associés à la somme astronomique de 50 milliards de dollars. Cette valorisation est la conséquence d'une levée de fond de 500 millions de dollars qui vient d'avoir lieu.

Pour les non initiés aux choses de la vie financière, lorsqu'une entreprise lève des fonds, elle vend des actions et ces actions doivent avoir un prix. Multipliez le prix d'une action par le nombre total d'actions en circulation et vous aurez le montant de la valorisation d'une entreprise, c'est-à-dire à combien sont estimés les 100% d'actions qui constituent le capital de l'entreprise.

Lors de l'opération qui vient d'avoir lieu, le prix des actions qui ont circulé équivaut donc à une valorisation totale de l'entreprise de 50 milliards de dollars.

Ce qui est le plus surprenant dans cette histoire, ce n'est pas tant la somme en elle-même. Après tout, vous allez me dire que c'est l'une des entreprises les plus emblématiques du web avec ses 500 millions d'utilisateurs totalement accros et que cela vaut bien tous ces milliards. Peut-être (mais je n'en suis pas convaincu).

Non, moi ce qui me frappe, c'est l'évolution de la valorisation.

Il y a tout juste un mois et demi, une autre opération de vente d'actions a eu lieu, opération qui valorisait alors Facebook à 34 milliards de dollars. Et c'est là que le truc devient surréaliste.

En 6 semaines, et sans qu'il ne se passe rien de notable dans l'entreprise, la valeur théorique de Facebook a donc progressé de 16 milliards de dollars, soit une augmentation de 47%.

Quelle est la valeur de cet argent ? Est-il réél ou virtuel ? Ne sommes-nous pas face à une bulle spéculative majeure ? Quand on note que Goldman Sachs est le principal animateur de cette toute dernière levée de fonds, on se dit finalement que les banques n'ont peut-être pas tout compris du message des crises précédentes.

Tout ceci me laisse songeur, pour ne pas dire plus.

               Partager Partager
Notez


Lu 6105 fois

Commentaires articles

1.Posté par Antonin le 03/01/2011 17:11
Quand on devient actionnaire de facebook, on devient aussi actionnaire des données personnelles des centaines de millions utilisateurs. C'est là toute la valeur de facebook. Après, je ne sais pas si cela vaut tout cet argent, ce qui est sur en tout cas: c'est une belle prise de guerre.

2.Posté par Jarodd le 03/01/2011 21:50
Si on vend des éoliennes, il peut être intéressant d'investir sur du vent !

Néanmoins, réaliser 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires avec 500 millions de membres signifie que le site fondé par Mark Zuckerberg (photo) et Eduardo Saverin ne génère que 4 dollars de CA par membre et par an, et 1 dollar par trimestre. Même une entreprise vendant des rouleaux de papier WC fait sûrement mieux.

(source : http://www.pcinpact.com/actu/news/60932-facebook-2-milliards-dollars-chiffre-affaire.htm )

De plus parler de valorisation boursière, c'est oublier les autre chiffres : http://www.marianne2.fr/hervenathan/La-bulle-Facebook-retour-vers-l-an-2000_a70.html

3.Posté par Laurent Javault le 03/01/2011 22:03
Qui twittera verra...

4.Posté par Ch. Romain le 04/01/2011 07:45
La valorisation boursière est fonction de trois choses :

1) le CA réalisé par l'entreprise et surtout le dividende moyen payé aux actionnaires sur les N dernières années, ce qui permet d'évaluer le retour sur investissement que l'on peut espérer en achetant une action à un certain prix ;

2) l'évolution probable ou espérée de ce dividende, qui permet d'espérer une amélioration notable de ce retour sur investissement et peut donc inciter à payer l'action plus cher qu'elle ne vaut à l'instant T ;

3) l'espoir de pouvoir revendre l'action plus cher qu'on ne l'aura payée. C'est là qu'on entre dans la sphère spéculative : volonté de ne conserver l'action qu'un (relativement) court laps de temps et certitude de trouver un acheteur qui paiera plus cher que je n'aurai moi-même payé.

Dans le cas de Facebook, on est plutôt (semble-t-il) dans le second cas : il y a eu révision de l'espoir de gain à moyen terme. Mais le ratio coût d'action/dividende est déjà très élevé, je crois. En fait, tout repose sur le fait que les perspectives de business de Facebook sont pour l'heure inestimables (au sens le plus strict du terme) et font rêver. On est donc pas très, très loin du cas 3.

5.Posté par Nico le 04/01/2011 08:33
@ Antonin pourquoi tu a un compte facebook ? car tu passe ton temps a critiquer facebook concernant les donner personnel etc ?

6.Posté par Christophe Ginisty le 04/01/2011 09:27
Ch. Romain -> Facebook n'est pas coté en bourse. On ne peut donc pas parler de valorisation boursière.

7.Posté par Ch. Romain le 04/01/2011 12:07
@ Christophe

Soyons donc précis et parlons de "valorisation capitalistique". Cela ne change pas un iota au raisonnement. ;-)

8.Posté par Christophe Ginisty le 04/01/2011 12:18
Au contraire, ça change tout.

Car dans le cas de FB, la variable n'est pas tant dans les 3 points que tu annonces (qui sont pour le moment accessoires) que dans la demande espérée lors de l'entrée en bourse programmée à 2012. La valeur de l'action non cotée ne dépend presque uniquement que de cela.

Dans les années 90, début du gonflement de la bulle Internet, les valeurs introduites faisaient flamber la bourse et les investisseurs pré-IPO étaient ainsi rémunérés au-delà de leurs espérances.

Je me souviens très bien du premier jour de cotation de Netscape (racheté puis disparu depuis) qui fit flamber Wall Street avec une demande 70 fois supérieure à l'offre. Le phénomène se reproduisit avec Yahoo, Amazon et AOL, permettant d'ailleurs à ce dernier de se payer le groupe Time Warner.

Les dirigeants de Facebook ont promis de rentrer en bourse en 2012. D'ici là, les investisseurs se placent en espérance le jackpot dans un an et quelques mois.

9.Posté par Ch. Romain le 04/01/2011 18:17
@ Christophe

Eh ben oui : on est exactement dans le cas de mon point 3... ;-)

10.Posté par Martine le 04/01/2011 21:13
@Christophe,
Vraiment riiien compris à votre dernier com...Pas lu votre livre, je crois que j'ai bien fait, il m'aurait donné mal à la tete!

11.Posté par Ch. Romain le 04/01/2011 21:50
@ Martine

Pour faire court et schématique : on entre dans une logique spéculative lorsque quelque chose n'est plus acheté pour sa valeur intrinsèque, "raisonnablement évaluée", mais essentiellement - voire uniquement - avec la conviction que quelqu'un, derrière, acceptera de le racheter encore plus cher. C'est un phénomène qui tient à la fois de l'auto-emballement et de l'illusion collective... et qui trouve sa fin au moment où quelqu'un, en position d'acheter, dit "Stop ! Je n'y crois plus". En somme, tout le monde se refile le mistigri et prend une plus-value au passage ; et le dernier qui a le mistigri en main lorsque tout s'arrête est le pigeon. L'exemple historique le plus connu de ce phénomène est la "crise de la tulipe" qui se produisit en Hollande au XVIIème siècle :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tulipomanie

Ce que Christophe souligne dans son dernier commentaire, c'est que les récents acheteurs d'action Facebook ont déjà acheté non pas en se fondant sur des calculs rationnels (ceux que j'évoque dans les points 1 et 2 de mon premier commentaire et qui sont les calculs d'évaluation classique de la valeur d'une action), mais uniquement dans l'espoir de revendre plus cher lors de la "ruée" que provoquera l'introduction en Bourse de Facebook, en 2012. Christophe considère donc, sans peut-être l'avoir clairement à l'esprit, que les achats d'action FB faits ces dernières semaines par Goldman Sachs et autres sont bien d'ores et déjà spéculatifs au sens où je l'ai défini.

C'est plus clair, là ? ;-)

12.Posté par MAX le 13/01/2011 00:04
Que FB ne soit pas en bourse, cela ne pose problème à personne ? on va rire quand il faudra brader le bouk car les investisseurs se rendront compte que c'est un puit sans fond et qui n'est pas rentable !!!

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :

Douce France ? - 08/06/2016

1 2 3 4 5 » ... 7

Politique | Opinion | PERSO | Libertés | Communication | WebDiversity | Culture | ReputationTime



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
Nice read! https://t.co/7emrU7422u
Mercredi 7 Décembre - 12:44
Great series of GIF created by Twitter ⚡️ “The Top 10 Global Conversations of 2016” by @twitter https://t.co/tbEPaGPTBy
Mercredi 7 Décembre - 08:00
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme https://t.co/V33ua6UkFn
Mardi 6 Décembre - 11:39
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme: Hier soir, j’ai regardé attentivement la... https://t.co/RNF0sSpEt4 https://t.co/chZ53Eo2YO
Mardi 6 Décembre - 10:11
En même temps, il parait que réduire de 20km/h la vitesse à Paris, ça revient à aller en marche arrière https://t.co/ouRNnfcfV9
Lundi 5 Décembre - 13:21
@PolitiqueInfo au contraire, je trouverais ça très malin
Lundi 5 Décembre - 12:49

Recherche