Christophe Ginisty

Laurence Parisot : stratégie perfide pour un putch de velours


Rédigé le Mercredi 6 Mars 2013



Laurence Parisot : stratégie perfide pour un putch de velours
Depuis quelques jours et pour tout dire, je suis assez stupéfait par le manque de réaction des médias ou par les réactions feutrées des médias à la volonté de Laurence Parisot de modifier les statuts de son organisation pour briguer un troisième mandat à la tête du Medef.
 
Même si elle s’en défend, ce qu’elle est en train de faire n’est ni plus ni moins qu’une magouille à la Vladimir Poutine.
 
Dès que j’ai entendu parler de cette histoire, je me suis mis à écouter la manière avec laquelle elle allait se justifier car je me suis immédiatement dit que c’était un cas super intéressant de communication.
 
Et là, j’ai tout entendu, y compris une langue de bois sculptée dans les plus beaux chênes de nos forêts, comme cet échange sur Europe 1 dimanche dernier où, lorsqu'on lui a posé la question de savoir si elle voulait faire un troisième mandat, Laurence Parisot n'a pas eu peur de répondre « non, j'ai la volonté de concourir » (sic) — Réécouter l'extrait ici à 4'25"

En continuant de lire et d'écouter ce qui se disait, j'ai compris que le coup de "la volonté de concourir" n'avait rien d'une formule improvisée mais que c'était bel et bien une stratégie de communication réfléchie reposant sur des éléments de langage très travaillés.

Pour preuve, cet entretien donné aux journal Le Monde titré : Laurent Parisot : "Pourquoi je veux être candidate"

Là encore, elle ne dit pas qu'elle veut être présidente, juste candidate. Et nous revoilà dans cette stratégie de communication perfide qui consiste à se défendre d'un coup d'état en n'abordant pas la question du pouvoir mais celle de la candidature.

C'est presque très malin. Comme s'il suffisait de se situer au niveau de l'élection pour faire oublier cette soif de pouvoir éternel, maladie hélas très répandue chez nos élites françaises. Ce n'est pas de la manipulation mais du détournement d'attention. 

D'ailleurs, l'article du journal Le Monde est une leçon d'éléments de langage. Jugez plutôt de la manière avec laquelle la présidente sortante du Medef a tenté d'appuyer ce point :

"J'ai l'audace d'espérer pouvoir soumettre ma candidature à un troisième mandat." Tu parles d'une audace !

"Ma démarche n'échappera à aucun moment au suffrage de nos électeurs", elle est "démocratique et vise même à un approfondissement de notre démocratie interne." Là, des esprits chagrins pourraient rappeler que bon nombre de dictateurs et non des moindres ont été élus. Mais passons...

Les éléments de langage sont des phrases toutes faites que l'on répète en boucle et qui tentent de faire passer le message clé à divers interlocuteurs afin que tout le monde comprenne la même chose.

Il n'en demeure pas moins vrai que cette volonté de se représenter dissimule trop peu la hargne de gagner pour se maintenir au sommet d'une organisation qui la place au premier rang d'une scène médiatique très enviée.

Je ne juge pas le fond qui me concerne finalement assez peu. J'apprécie la manière et la stratégie de communication qui est présentement utilisée.

En tentant de parler d'autre chose que de sa propre réélection et focaliser toute l'attention sur l'acte d'être candidate, elle a réussi a enrober cette maneuvre d'un velours dont les médias semblent se satisfaire jusqu'à présent. Très peu sont en effet les journalistes qui y trouvent à redire au nom des principes démocratiques chers à notre idéal républicain.

Car qui pourrait reprocher à qui que ce soit de vouloir être candidat à quelque chose ? Personne ! Ce sont les élus qui patissent d'une mauvaise image, jamais les candidats. Et c'est sur ce paradoxe que la campagne de reconquête de Laurence Parisot a été orchestrée. Il fallait y penser. Il fallait oser aussi.

Sans doute aussi que sa féminité lui a permis de présenter les choses à son avantage. Dans un monde d'hommes — celui des chefs d'entreprises —, elle rejoue le couplet de la petite bonne-femme presque sans défense qui veut seulement s'exprimer au milieu de tous ces machos sans vergogne. On en oublierait presque que c'est une redoutable guerrière .

Tout cela peut-il être efficace ?

Je pense malheureusement que oui.

Même si le démocrate qui ne sommeille jamais vraiment très longtemps en moi trouve ceci scandaleux et désolant, la posture de la candidate pour Laurence Parisot était la seule posture possible. Et, ne l'oubions pas, c'est aussi la seule attitude qui permet de faire oublier qu'elle est la sortante de cette compétition. Redevenir immédiatement candidate est une tentative de représentation de la nouveauté.

Reste à savoir si ces concurrents sauront répliquer et eux aussi adopter une stratégie de communication gagnante.

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par fultrix le 07/03/2013 00:00
Poutine me parait encore plus malin puisqu'il n'a rien changer dans les textes mais placé "un copain" qui l'a nommé 1er ministre, juste avant de revenir et tenter de rempiler.

Je serais curieuse de connaitre le nom des "challengers" au Medef et leur programme ...

2.Posté par Christophe Ginisty le 07/03/2013 22:07
Fultrix -> Je n'osais pas le dire

3.Posté par Jean-Pascal le 09/03/2013 07:58
ne pas oublier qu'a l'instar des dictateurs évoqués elle compte faire changer les statuts du medef pour être.........candidate une 3eme fois

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