Christophe Ginisty

Le Petit César de Jean-François Kahn : chronique un peu décevante d'une vanité journalistique


Rédigé le Dimanche 31 Juillet 2011



Le Petit César de Jean-François Kahn : chronique un peu décevante d'une vanité journalistique
Pour m'accompagner tout au long du voyage en TGV qui me ramenait de Cannes à Paris, je me suis acheté et j'ai lu la nouveau livre de Jean-François Kahn, Petit César, comment a-t-on pu accepter ça... (éditions Fayard).

Je dois vous préciser en toute transparence que j'aime beaucoup Jean-François Kahn qu'il m'est arrivé de cotoyer alors que j'étais au MoDem. Je le prends pour un honnête homme, un grand journaliste, un esprit agile, entrepreneur, enthousiaste et brillant que j'ai de très nombreuses fois écouté avec délectation.

Je me faisais donc une joie de lire son dernier livre mais j'avoue avoir été déçu.

Dans une première partie, Jean-François Kahn intelpelle avec un certain brio ses confrères (et avec eux l'ensemble des citoyens engagés) pour leur poser la question de leur attitude complaisante et silencieuse face aux dérives de la présidence de Nicolas Sarkozy. Il leur demande pourquoi n'ont-ils rien dit, rien écrit, pourquoi ne se sont-ils pas indignés et révoltés comme ils auraient dû le faire ? Pire, pourquoi, lui qui a toujours écrit sur Sarkozy avec beaucoup de sens critique, a-t-il fait l'objet de tels procès en sorcellerie de la part de ses confrères hypnotisés par le sarkozisme omniprésent.

"Je me serais donc attendu à ce que la spectaculaire confirmation de l'intuition première me valût aministie. Ou même, pourquoi pas, félicitations : "Bravo ! C'était bien vu !" Eh bien, pas du tout : "Comment avec-vous osé ?" Pas une seule confrontation publique sans que, d'emblée, sur quelque média que ce soit, en guise d'eau bétnite et aux fins d'exorcisme, on me jette cette apostrophe à la figure : "Comment avez-vous osé ?"

Et c'est là que vient ma déception. Jean-François Kahn se met au centre d'une polémique personnelle qui l'a sans doute marquée mais qui me parait un peu futile au regard de l'ardente oubligation de dénoncer une nouvelle fois la présidence de Sarkozy.

Certes, il le précise en débutant son propos, ce n'est pas un livre sur Nicolas Sarkozy mais bel et bien sur la société politico-médiatique qui toléra sans broncher les délires de ce président maintes fois qualifié par l'auteur de plus mauvais président de la 5ème République. Mais ce n'est pas que ça, c'est aussi un livre sur Jean-François Kahn lui-même qui nous fait partager sa colère intérieure et nous prend à témoin sur la justesse historique de son analyse, comme s'il s'agissait de le réhabiliter.

Oh, il ne s'attribue aucun laurier, s'auto-qualifiant à plusieurs reprises de journaliste "médiocre" et assurant qu'il ne fallait pas être bien exceptionnel pour se rendre compte de ce qui se passait depuis 2007.

"Car nous savions. Car vous saviez. Tout, on savait tout. Aucun d'entre vous, d'entre nous ne pouvait ignorer. Sarkozy, ce n'est pas un coffre fort, c'est un aquarium. Nul n'a autant que lui, jamais, imposé la "dictature de sa transparence". Wikileaks incarné ! Tout ce qui est censé se cacher dans sa tête, il finit par le mettre en ligne. Partout où il se pose, l'espace devient un divan."

Sur ce point, je ne peux évidemment pas lui donner tort, moi qui, modestement sur ce blog ou ailleurs, ai toujours dénoncé des agissements insupportables qui me sautaient aux yeux. Mais revenons au livre de Jean-François Kahn.

Après 80 pages d'une assez belle facture, Jean-François Kahn reproduit dans une deuxième partie des articles qu'il a publiés depuis 2004 sur le phénomène puis sur la présidence de Nicolas Sarkozy. A leur lecture, on ne peut que lui donner raison (j'ai failli écrire "rendre à César ce qui lui appartient" mais, étant donné le titre de l'ouvrage, cela aurait pu porter à confusion) et se rendre à l'évidence : Jean-François Kahn a bien été lucide parmi les (rares) lucides. Il a abondamment dénoncé Sarkozy, jouant avec obstination et clairvoyance son rôle de lanceur d'alerte.

So what ?

Etait-il si important de prouver qu'il avait raison, un peu à la manière d'une astrologue qui vient se répandre sur les plateaux de télévision en apportant la preuve qu'elle avait bien prévu telle ou telle catastrophe?

Je salue encore une fois l'intelligence de Jean-François Kahn (et, pour le coup, sa lucidité) mais j'ai terminé la lecture de son livre avec le sentiment confus d'être un élément extérieur du règlement de compte qu'il entendait mettre en scène. D'accord il a vu juste. D'accord ses confrères n'ont pas voulu l'entendre. Pire, ils se sont outrés. Mais cette différence d'approche valait-elle un livre ? D'autant qu'il ne répond pas vraiment à la question posée en titre de son livre : "Comment a-t-on pu accepter ça ?"

La question reste posée. Et c'est dommage.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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