Christophe Ginisty

Le conflit israélo-palestinien : chronique d'une note impossible


Rédigé le Samedi 19 Juillet 2014



Dieu sait que je n'ai pas la langue dans ma poche et que je n'éprouve en général aucune difficulté à écrire ici ou ailleurs ce que je pense et éprouve autour d'un fait d'actualité. Dieu sait (encore lui, choisissez le vôtre) que j'utilise mon blog depuis près de 10 ans maintenant pour entretenir une conversation libre et débridée avec vous sur tous les sujets qui me tiennent à coeur et plus particulièrement sur ces événements que j'aime décrypter sous l'angle de la communication. Mais là, je suis totalement incapable d'écrire la moindre note sur ce que m'évoque le nouvel embrasement dans le conflit israélo-palestinien.

Cela fait des jours que j'y pense sans trouver cette matière qui en général me vient toute seule, naturellement. Des jours que j'y pense et je me rends compte que la formulation d'un point de vue est presque inextricable. Des jours aussi où je me sens la cible de tirs croisés informationnels en provenance de ces snipers auto-proclamés de "LA" vérité qui provoquent un tel vacarme que je n'entends plus rien. 

François Hollande répétait hier que la France ne devait pas importer ce conflit, comme si l'information avait des frontières, des droits de douane à acquitter, des taxes, que sais-je ? Absurde !

En 2014, l'information n'est pas une denrée que l'on contient dans un territoire, tout comme l'émotion qu'elle va inévitablement provoquer chez les spectateurs que nous sommes. L'information est globale, permanente, virale, et lorsque les gens s'en émeuvent au point de vouloir apporter leur soutien à tel ou tel protagoniste d'une guerre, aucun pouvoir politique ne saurait l'en empêcher. 

Dans une société démocratique, encore plus que la liberté d'expression, la liberté d'émotion est fondamentale mais elle n'est pas forcément le gage de la vivacité du discernement des peuples. Il est non seulement impossible mais coupable de vouloir la contenir. 

Beaucoup d'observateurs chevronnés vont venir m'expliquer les tenants et les aboutissants de ce conflit, prendre parti pour les uns ou les autres avec toute la fougue de leurs passions, pour inciter l'observateur a priori neutre que je suis de se rallier et choisir son camp. Mais ce camp, je ne veux pas et je ne peux pas le choisir et c'est pour ça qu'il m'est impossible d'écrire une note sur le sujet. 

Comme des milliards de gens dans le monde, je suis la victime d'une guerre de communications tout à fait insoutenables. C'est une sorte de chantage planétaire à la bonne conscience à destination témoins du monde entier afin de gagner leur soutien. Ce ne sont pas les français (ou les autres peuples occidentaux) qui ont des velléités déplacées d'importer le conflit chez eux, ce sont les acteurs sur place qui ont un besoin absolument vital de l'exporter pour obtenir le soutien de l'opinion publique internationale. Ils doivent susciter la plus forte émotion en leur faveur, c'est un enjeu stratégique. Au-delà des roquettes et des chars, ce conflit se résume à une bataille d'images où l'arme de destruction massive est l'émotion des téléspectateurs et des internautes.  

Je n'ai aucune compétence particulière pour vous dire qui a raison et qui a tort, qui sont les gentils et qui sont les méchants. Je ne suis même pas sûr que cela soit aussi simple que ça depuis les années où ces peuples s'affrontent et se radicalisent. Mais quand je suis assis tranquillement dans le fond de mon canapé en train de regarder les images proposées par les chaînes d'information du monde entier, les reporters ne me suggèrent pas tant de choisir entre les revendications légitimes du peuple palestinien ou la légitime défense des israéliens que de savoir si la mort d'un enfant juif enlevé et assassiné est pire que celle d'un enfant palestinien brûlé vif. 

C'est impossible, intenable, insoutenable ! Mais quel monstre pourrait choisir ? 

C'est Mozart qu'on assassine dans les deux camps et je me refuse d'être le complice docile de cette manipulation systématique qui n'amène rien d'autre que la paupérisation de l'argumentation au profit du raccourci facile. On dit souvent qu'une image vaut mille mots. Parfois, j'aimerais bien qu'on y revienne à ces mille mots et qu'ils nous servent à comprendre où se trouve le chemin de la paix. 

Car ce ne sont pas les émotions irrationnelles et forcément exacerbées qui ramèneront de la sérénité. Comme on le constate en France et ailleurs, elles ont pour conséquence de polariser les opinions de manière extrême pour offrir aux fanatiques des deux camps des arguments qui servent à emprisonner le débat. Vous critiquez Israël ? Vous êtes un antisémite ! Vous critiquez les palestiniens ? Vous êtes complice d'un état totalitaire qui massacre aveuglément. Ne cherchez pas, qui que vous soyez, vous êtes acculé dans les cordes d'un ring dont vous ne pouvez pas vous extraire. 

C'est pour toutes ces raisons que, tout loquace que je puisse être parfois, je suis totalement incapable d'écrire une note sur le sujet. Cette guerre de communications a finalement eu raison de mon discernement et me prive de cette capacité à comprendre qui m'est indispensable pour évoquer publiquement et librement un sujet. Et comme je refuse absolument de sombrer dans la facilité et la partialité de l'émotion et que je ne veux faire allégeance à aucun des extrêmes, je préfère passer mon tour, en priant pour que la paix renaisse de ce brouillard médiatique assourdissant. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par map le 19/07/2014 12:01
Merci. Vous avez mis des mots sur mes émotions, mes interrogations, mes incertitudes. Et je me sens moins seule. Et je continuerai à ne pas choisir de camp.

2.Posté par Christophe Ginisty le 19/07/2014 12:47
Rien de peut me faire plus plaisir que ce merci. Merci à vous.

3.Posté par Philippe le 21/07/2014 09:02 (depuis mobile)
Bravo pour cette note qui me confirme que je ne suis pas le seul à rester pantois avec mes questions et mes l'atermoiements.
Philippe

4.Posté par Antonia Savey le 21/07/2014 10:34
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Et bien voilà, la note est faite. Et très bien faite. Elle dit fort bien ce que nous sommes nombreux à trouver incidible.
Merci d'avoir su traduire le malaise des non légitimes à s'exprimer sur le sujet mais néanmoins affectés par tant d'horreurs propagées tous azimuts et tous médias confondus.
Antonia

5.Posté par Muss Elay le 31/07/2014 14:25
Bonjour Philippe,
cette note très honnête détonne de ce que l'on "subit" depuis quelques semaines, merci.
Dans son prolongement, ne serait ce pas l'occasion d'analyser ce réel mal qu'est l'orchestration des communications sur le sujet ? Les deux parties parlent de manipulation, d'information détournées. Mais à l'ère numérique, il pourrait être intéressant de suivre comment chaque camps échange (y compris les pro-paix qui sont nombreux de chaque coté, mais dont les actions malheureusement pas très audibles).
Remettre ces noeuds de canaux de comm à plat serait très pertinent (notamment en croisant les données sur les fonds engagés et leurs origines). Une vraie analyse des canaux déployés dans cette question si sensible. Cela pourrait même amener à mieux gérer nos émotions...

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