Le déréférencement : le nouvel eldorado des relations publiques ?
Il y a quelques années à peine, les personnalités et les entreprises se battaient pour être correctement référencées sur Internet. Aujourd'hui, certaines d'entre elles commencent à se battre pour être déréférencées des pages de résultat des principaux moteurs de recherche. Ou plus exactement pour que le négatif, le diffamant, tout ce qui n'est pas conforme à l'image publique que l'on veut projeter soit effacté ou du moins relégué très loin dans la hiérarchie des résultats.
Depuis le début d'année, je suis souvent sollicité sur cette problématique et je la trouve passionnante. Le résultat d'un mépris du web
Les personnes ou les entreprises qui sont aujourd'hui soumis à cette problématique sont souvent des gens ou des organisations qui n'ont rien fait sur Internet et qui n'ont pas géré leur réputation de manière proactive. Je parle de mépris car c'est bien de cela dont il s'agit.
Pendant des années, la plupart de ce qui se passait sur la toile était méprisé, on y voyait de défouloir d'ados attardés et médiocres auquel on ne prêtait pas grande attention. Pour gérer sa réputation, on faisait davantage appel à des agences de relations publiques en leur demandant uniquement d'actionner les relations médiatiques. Mais la nature a une sainte horreur du vide. Internet aussi. A refuser de gérer sa réputation sur Internet, les internautes se sont chargés du boulot et ils l'ont fait à leur manière, laissant un peu partout des attributs d'image avec lesquels il faut désormais composer. Internet est devenu d'une importance considérable dans la gestion de la réputation (je dirais même primordiale) mais très nombreux sont ceux qui ne l'ont pas vu venir. Des directions de la communication dépassées
Dans beaucoup d'organisations, la direction de la communication est tenue par des personnes qui ne sont pas de la génération Internet et qui ont négligé eux-aussi de s'intéresser aux conversations sur la toile. Soit parce qu'ils n'avaient pas le temps, soit parce qu'il était difficile de mesurer l'efficacité des investissements consentis sur Internet, soit tout simplement parce que ce n'était pas dans leurs gènes, ils n'ont pas pris la mesure du phénomène. Il n'y a que les marques ciblant un public ado qui s'y sont mis. Et encore.
Et c'est souvent lorsqu'ils sont confrontés à une nuisance qu'ils réalisent qu'ils doivent soudainement s'intéresser en urgence au réseau. C'est le cas d'une entreprise qui m'a contacté dernièrement. Elle n'a jamais rien fait sur Internet et tout son budget de communication (conséquent) a été investi sur d'autres supports. Mais depuis quelques mois, lorsque l'on tape son nom dans n'importe quel moteur de recherche, le premier ou le deuxième résultat de la première page est le témoignage d'un client mécontent qui indique les attaquer en justice, victime d'une arnaque. La direction de la communication ne sait pas gérer et le président de l'entreprise en question m'a confié qu'il perdait régulièrement des contrats sous l'effet négatif de cette "mauvaise pub". La solution : favoriser la création d'un nouveau métier
Difficile d'imaginer une entreprise sans direction commerciale. Difficile aussi de l'imaginer sans "service après vente", afin de traiter les demandes de clients insatisfaits. Eh bien, de la même manière, la gestion de la réputation sur Internet doit s'organiser de manière proactive, en étroite coordination avec toutes les directions opérationnelles.
Certains appellent ça du "community management" (gestion de communautés). Moi je n'aime pas le mot de communauté qui renvoie à d'autres notions et qui me semble assez impropre pour décrire ce qui se passe sur Internet : les internautes ne sont pas une communauté. Je préfère parler de Direction de la marque ou de la réputation et je ne vois pas comment les entreprises ou les personnalités politiques ou économiques vont pouvoir s'en passer. Pour reprendre une partie de la maîtrise de ce qui se dit sur Internet (sachant qu'on ne peut en maîtriser qu'une partie), il va falloir organiser ces directions autour de trois activités : la veille, la création de contenu et l'assistance. La veille pour repérer tout ce qui se dit, comprendre les conversations et déceler à temps les signaux faibles. La création de contenu pour diffuser des messages "officiels", internvenir dans les forums et contribuer activement aux conversations. L'assitance enfin pour comprendre l'avis des interlocuteurs et leur apporter des réponses avant qu'ils ne se répandent pour se plaindre d'un "autisme" de l'organisation ou de la personnalité. C'est un chantier immense que les professionnels des relations publiques vont devoir continuer de défricher dans les tous prochains mois. Et c'est un chantier passionnant, probablement l'un des plus passionnants depuis que je fais ce métier. Rédigé par Christophe Ginisty le Mercredi 5 Mai 2010
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