Le rejet de la loi Hadopi fait délirer Denis Olivennes

On peut comprendre sa déception. Le projet de loi "Création & Internet" s'inspirait directement du rapport qu'il avait rédigé à la demande du Président de la République. Mais de là à délirer à ce point, il y a un pas que Denis Olivennes n'aurait pas dû franchir.



Le rejet de la loi Hadopi fait délirer Denis Olivennes
Je déteste ce genre de stigmatisation. Interrogé suite au rejet du projet de loi Hadopi par l'Assemblée Nationale, Denis Olivennes, ancien patron de la FNAC, actuel patron du Nouvel Obs a déclaré :

  Le plus accablant dans l'affaire, c'est que ce soit la gauche qui organise le sabotage. Or ce texte est profondément de gauche, parce qu'il défend les droits des artistes et des industries culturelles contre les industries des télécoms, qui pillent les œuvres des créateurs. Qu'a fait la gauche, quand elle était au pouvoir entre 1995 et 2002, contre le piratage? Rien! Quelle est sa formule alternative? Néant !" Ce dernier pointe un paradoxe : "La France est à la fois le pays en Europe qui a su le mieux préserver ses créateurs grâce au principe d'exception culturelle, et le pays qui est le paradis du piratage." M. Olivennes conclut: "Il y a une grande démagogie autour de la question du droit d'auteur. La gauche ne comprend pas le problème et la droite n'est pas convaincue du bien fondé de la loi. D'où cet événement pitoyable." (source : LeMonde.fr )

Reprenons.

"Ce texte est profondément de gauche, parce qu'il défend les droits des artistes et des industries culturelles contre les industries des télécoms". C'est quoi cet archaïsme ? Il a fumé quoi le Monsieur ? De quel droit peut-il affirmer que la défense des artistes est un combat de gauche ? Ce genre de propos me fait bondir. Outre le fait que je lutte contre le principe même de clivage droite/gauche, l'idée selon laquelle les gentils, les bons, les "humains" seraient à gauche et les méchants, les pourris, les "profiteurs" seraient à droite est une énorme connerie. Et c'est d'autant plus regrettable de soutenir ces idées que c'est en partie à cause de ça que la France s'enfonce dans un immobilisme hérité d'une stigmatisation caricaturale de la différence politique.

"Qu'a fait la gauche, quand elle était au pouvoir entre 1995 et 2002, contre le piratage?" Là, c'est tout simplement du foutage de gueule et c'est honteux pour quelqu'un qui s'est occupé de rédiger un rapport sur l'Internet. Internet est apparu dans le monde sous sa forme actuelle en 1995 et les premières alertes sur le piratage de la création artistique sont venus du phénomène Napster qui ne s'est diffusé dans la société qu'à partir de 1999. Alors je veux bien qu'on accuse les gouvernants de ne pas s'occuper d'une menace mais là, on ne peut pas décemment les accuser, pour la simple et bonne raison que la menace n'était que théorique, compte tenu de l'avancée de technologies. Par contre, pas d'ambiguïté depuis 2002, c'est bien la droite qui a dirigé notre pays et qui la dirige toujours sans partage.

"La France est à la fois le pays en Europe qui a su le mieux préserver ses créateurs grâce au principe d'exception culturelle, et le pays qui est le paradis du piratage." Faux, archi-faux. Si l'on estime qu'il existe en France environ 4,6 millions d'individus qui ont téléchargé de la musique illégalement en France, ils sont près de 7,3 millions en Allemagne et 7,4 millions en Grande Bretagne (source : IFPI )

Finalement, quand on lit les réactions de Monsieur Olivennes, on n'est qu'à moitié surpris que le rapport dont il a été l'auteur soit si ignorant de la réalité d'Internet aujourd'hui.

Rédigé par Christophe Ginisty le Vendredi 10 Avril 2009

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Commentaires articles

1.Posté par gilbon le 10/04/2009 17:00
j'ajouterai, sur l'absurdité des propos de denis olivennes, "Ce texte est profondément de gauche" que ce qui est de gauche à priori (à mon sens) c'est de ne pas se satisfaire de l'existant, c'est de remettre en cause systématiquement l'ordre établi, les conventions .. on parle aussi de progressistes quand on parle des "gens" de gauche .. et le progrès à mon sens n'est pas de faire une loi pour protéger un système dans ce qu'il a de plus "conservateur".
l'industrie du disque fonctionne depuis sa créations sur le même modèle économique; tout entier tourné non pas autour du droit des "auteurs" mais du droit des maisons de disques -elle même issues rappelons le d'industriels qui ont commencé à créer des catalogue de "disque" pour vendre leur discographes !!
dans les années 80 les maisons de disques se sont enrichi grâces à l'innovation : LE CD.
cette nouvelle innovation (web et mp3) n'a pas été comprises par l'industrie, et c'est le consommateur qui devrait aujourd'hui en subir les conséquences ? NON protéger le modèle économique des maisons de disque ce n'est pas protéger les artistes. non ce n'est pas le progrès non ce n'est pas de gauche donc :-)
enfin dernier point : protéger une industrie en faisant des clients de cette industrie des délinquant, en menançant et en punissant n'est pas non plus me semble-t-il de gauche :-)
Bref, je crois que c'est l'égo qui parle un peu là chez Denis Olivennes, que par ailleurs je trouve très pertinent d'habitude dans ses prises de position..
ça va lui passer ;-)
bonne journée cher christophe

2.Posté par Christophe Ginisty le 10/04/2009 17:06
Gilbon -> Commentaire très intéressant. Merci.

3.Posté par Juliette le 10/04/2009 17:12
Pourquoi vous obstiner toujours à ne parler que l'industrie du disque déjà moribonde du fait des piratages massifs ; ce qui est jeu désormais c'est l'économie de la création au cinéma et l'existence de films indispensables (Welcome.pour ne citer qu'un exemple ô combien important...) : sans espoirs de recettes et sans prévention du piratage, jamais un film comme celui-là ne pourrait exister sur les écrans pendant plusieurs semaines

4.Posté par Joanny le 10/04/2009 17:20
Là où je suis d'accord en partie avec Denis Olivennes, c'est que cette loi "HADOPI" serait appliquée au dépend des opérateurs de télécommunications.

Les FAI sont aujourd'hui les diffuseurs et prestataires des chaînes de TV, des stations de radio, de contenus divers comme la VOD (vidéos à la demande), la musique. La défense de la neutralité du réseau internet (garantissant l'utilisation du réseau par chaque individu qui peut y déposer les contenus qu'il veut et s'exprimer et échanger à sa guise) est déjà bien vaine.

Seul Vivendi (propriétaire de SFR/Neuf, de Canal+ et d'Universal Music) sort vainqueur que la loi "HADOPI" soit votée ou non.

5.Posté par Christophe Ginisty le 10/04/2009 17:37
Juliette -> Ne tombez pas dans cette démagogie qui consiste à dire que tout le monde piraterait sans loi répressive. Il n'y a pas de loi Hadopi aujourd'hui et, sauf erreur de ma part, nous avons toujours une industrie du film et du disque qui sont en vie. Elles ont certes connu une baisse significative de leurs revenus mais il est inexact d'affirmer qu'elles sont mortes.

Il faut arrêter de dire n'importe quoi : Internet ne fait pas de nous des voleurs. Je sais comment télécharger tranquillement et illégallement mais je ne le fais pas. Ce n'est pas parce que c'est disponible (et facile) que je suis devenu un délinquant du net.

Et puis il y a un point à soulever également : arrêtons de mettre dans le même panier les artistes et les maisons de disques. Moi je suis favorable à une protection sans équivoque des artistes mais je ne vois pas pourquoi je devrais en même temps favoriser les maisons de disques qui se goinfrent sur le dos des artistes et du public, qui ne font rien pour libérer la création, qui n'osent plus rien qui ne soit pas déjà savamment marketé.

Je suis même d'avis pour affirmer que les maisons de disques sont les principaux freins à la création musicale. S'il n'y avait pas Internet pour permettre aux artistes débutants de se faire connaître, eux qui ne sont même pas considérés par les maisons de disques, le paysage musical serait d'une tristesse repoussante.

Enfin, j'en ai assez qu'on m'impose toujours le même support : le CD. Pourquoi personne ne parle-t-il de cette responsabilité collective qui fut celle de l'industrie du disque dans son ensemble de ne jamais promouvoir un support de meilleure qualité et moins contraignant dans son packaging ?

6.Posté par Jarodd le 10/04/2009 20:40
Comme dit dans le billet, le premier logiciel de téléchargement , Napster, est apparu en 1999. Il y a 10 ans, soit une éternité dans l'évolution du net (on était tous en 56k, Google n'existait pas, et on chattait sur Caramail !).

L'industrie, les fesses confortablement installées sur ses acquis, n'a pas voulu évoluer. Quelles alternatives sont proposées au public ? Des fichiers bourrés de DRM ? De la qualité équivalente à celle d'un cd (soit une technologie vieille de 25 ans) ? Des catalogues qui ne proposent que les artistes à la mode ? Des morceaux à l'unité à 1 euro, pardon, à 1.30 euros désormais ? C'est ça l'évolution ??? C'est dommage d'en arriver là, mais une industrie qui ne sait pas évoluer doit disparaître, les majors sont devenues inutiles. Les salarié(e)s des majors en patiront, mais pas de souci pour les gros pontes qui continueront leur lobby auprès des gouvernements. Quant aux artistes, ils seront obligés de faire des concerts pour fidéliser leur public, et pour rentrer du cash, et ne pourraient plus vitre sur les rentes d'un seul succès. Quelle triste vie, ça donne presque envie de devenir ouvrier sur un chantier ! Un peu de bon sens (pas celui de Rachida Dati, le vrai) suffit à faire le rapprochement "téléchargement public" : pourquoi ne pas profiter des technologies pour vendre directement la musique à son public ? Ca nécessite quelques centaines d'euros d'investissement pour un serveur dédié et un nom de domaine. L'artiste empoche SON argent (voir les nouveaux modèles de business comme Jamendo par exemple, l'artiste touche tout le don sauf 50 cts fixe qui servent à l'hébergement, soit 9.50 euros sur un don de 10 euros !), au lieu des miettes généreusement laissées par ses exploitants qui se goinfrent sur son dos depuis des années. Et pour ceux qui ne rencontreraient pas de succès, pourquoi devrions-nous continuer à les payer (ce qui nous attend avec la licence globale, gérée par... les mêmes majors, avec les gros comme Johnny qui rafleront la mise). Bienvenue dans la vie réelle, là où n'importe quel salarié qui ne réussit pas son boulot est prié d'aller voir ailleurs... C'est peut-être ça l'exception culturelle française : je ne connais pas d'autres secteurs où le client/public est puni et obligé de payer ! Et qui prive tout tout un foyer d'un droit (bientôt ?) fondamental pour une simple bêtise d'ado !

Pour finir, une petite requête : cessons de qualifier ces pratiques de "vol" : si je vole le cd à la FNAC, le magasin est lésé car il perd une vente. Si je télécharge un album, ça s'appelle de la contrefaçon, en aucun cas du vol !

7.Posté par JF le démocrate le 10/04/2009 21:16
Personnellement, je ne suis pas très musique, donc les MP3, je m'en fous un peu.
En revanche, je suis cinéphile. J'ai une petite bibliothèque de DVD (bien sûr déjà obsolète avec l'apparition du blue-ray), constituée de DVD achetés à ce que je considère le juste prix, c'est à dire généralement à 9,90 euros. Est-ce que ce sont pour autant de mauvais films? Non, il s'agit de chef d'oeuvres qui sont vendus en discount, parce que les frais (énormes) de marketing sont déjà amortis. En revanche, il ne me viendrait même pas à l'esprit d'aller acheter le dernier navet qui vient de sortir au plein tarif, c'est à dire entre 25 et 30 euros...
A noter que dans ce cas, il existe toutefois une combine toute simple que le projet de loi HADOPI ne pourra jamais empêcher: louer le DVD en question - en général ce n'est pas bien cher - ... et le copier. Et là, on n'est même plus dans le domaine du téléchargement illégal, même si on demeure dans celui du "piratage". Les protections actuelles sont incassables? Allons-donc, je connais un logiciel - que je ne citerai pas -, en libre téléchargement sur Internet, capable de copier n'importe quel DVD actuel en qualité DVD...
Mais naturellement, je ne l'ai jamais utilisé, ou alors seulement pour le tester... -)
HADOPI, pas HADOPI, le plus sage serait quand même que les Majors comprennent qu'elles doivent s'adapter niveau prix. Alors, peut-être que les acheteurs reviendraient...

8.Posté par Yannick le 11/04/2009 03:06
Ce n'est pas un débat de gauche, ce n'est pas un débat de droite, ce n'est rien du tout finalement. HADOPI. C'est seulement le résultat de notre irresponsabilité face à la création.
Je suis navré d'avoir voté UMP mais si la population n'était pas aussi conne, on en viendrait pas à des mesures aussi radicales.
Les mecs comme vous Christophe pensent qu'à soigner la politique, alors que non ce n'est pas la priorité. Il faut d'abord penser à éduquer les gens. Parce que je suis désolé, mais nous vivons dans un pays de cons, et beaucoup de personnes ne savent pas ce que c'est d'avoir un minimum de savoir vivre.
Si des mesures radicales arrivent jusqu'à nous, posez vous la bonne question...

9.Posté par Yannick le 11/04/2009 05:19
Mais comme d'habitude vous n'allez pas répondre...

10.Posté par Christophe Ginisty le 11/04/2009 09:38
Yannick -> Arrêtez votre cinéma, je réponds aux commentaires sur mon blog.

S'agissant de votre dernier commentaire, je ne vois pas en quoi il appelle une réponse de ma part. Vous écrivez "les mecs comme vous Christophe pensent qu'à soigner la politique". Je ne vois pas ce qui vous permet de l'affirmer. Moi je n'ai pas de "mission", je ne suis pas en croisade pour soigner la politique, je fais de la politique parce que j'ai envie de me battre pour mes idées, au service de mes concitoyens.

11.Posté par Gilles le 12/04/2009 11:37
Sur le problème particulier de la loi HADOPI, il m’apparaît que plusieurs sujets se superposent sur des niveaux indépendants; les traiter tous comme s’ils se situaient sur le même plan ne peut en aucun cas permettre d’avancer.
Sur le plan des œuvres et des créateurs:
- Il est évident que les droits des créateurs doivent être préservés sous un forme ou une autre, toutefois ces droits ont évolués depuis la création de la société des auteurs et compositeurs en 1777 par Beaumarchais, l’édition, la production et la distribution des œuvres prenant une part variable et croissante, surtout depuis leurs «industrialisations». Cela dit je doute que l’éditeur d’almanach du 19ème siècle ait reversé beaucoup de droit à l’auteur des chansons dont il reproduisait les paroles. Il nous faut inventer une forme compatible avec les pratiques de chaque époque.
Sur le plan des industries
- Les évolutions technologiques actuelles ont crée une situation nouvelle dans laquelle chacun peut récupérer une œuvre sur un support de qualité équivalente à celle proposée les industries sans obligatoirement payer le prix fixé par ces industries dans lequel est inclus la rémunération des droits du créateur.
- Les industries (« culturelles » ou tout autre) permettent la production et la distribution sur un support ad hoc et en plus ou moins grande quantité de « produits culturels », elle doivent accepter les lois de ce type d’activité : sommairement un produit naît, se développe et meurt et ce cycle dépend intimement du support choisi : c’est leur métier de s’adapter à ce cycle.
- Il n’y a pas les pauvres petites industries culturelles et les méchantes grosses industries des télécoms ce sont potentiellement les mêmes (voir objectivement rappelez vous AOL et Time Warner) quand elle sont état de faiblesse elles nous font croire à la pauvre petite chose que le destin et les méchants accablent et oublient les périodes fastes. On peut remarquer que ces « industries » ne sont absolument pas bouleversées quand les « révolutions technologiques » leur permettent d’accroître leurs marges et leur empreinte sur le marché: aucunes des « majors » actuelles ne s’est plainte de la disparition des petites salles de quartiers dans les années 70 ; elles ne se sont souciées ni de l’impact de l’achat d’un lecteur CD sur le budget du consommateur lambda, ni des conséquences sur les fabricants de platines, cellules et autres tourne-disques lorsqu’ils ont fait quasiment disparaître les vinyls. Comme quoi, il est étrange de constater que, telle la grenouille qui devient sourde lorsqu’on lui coupe les 4 pattes, l’industriel dont les marchés foutent le camp devient communiste.
- Tout support matériel des oeuvres est un produit obsolète et aucune loi ne pourra y changer quoique ce soit : c’est le métier des industries de créer de quoi le remplacer pas celui des législateurs.
Sur le plan de la loi :
- une loi inapplicable systématiquement n’est pas une bonne loi : ou elle ne sera pas appliquée et ne sert donc à rien et donne l’illusion d’une protection, ou elle sera appliquée partiellement (loterie), ou ne sera applicable qu’à ceux n’ayant pas les moyens de la contourner et remet, dans ces 2 cas, en cause la notion même de justice.
- Technologiquement HADOPI est inapplicable, d’une part parce que la mobilisation des moyens nécessaires à une application systématique est inenvisageable, d’autre part parce que les moyens de rendre indétectable les échanges de fichiers existent et sont déjà utilisés et plus par le pirate professionnel que par l'occasionnel. HADOPI ne permet pas de respecter les principes même de la justice : égalité de traitement de chacun, application uniquement à l’auteur des faits, décision d’un juge, possibilité de recours…
En conclusion être contre HADOPI n’a rien à voir avec être de gauche ou de droite ou d’ailleurs…
Cela ne signifie pas non plus être contre la juste rémunération des créateurs,
Cela ne signifie que s’opposer à un outil coûteux voire dispendieux, inutilisable, injuste et surtout totalement inefficace.

12.Posté par Fanal Safran le 12/04/2009 20:19
Que vont-ils nous préparer maintnant ?

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