Hier soir se tenait une soirée débat que l’association WebDiversity que je préside avait le plaisir de co-organiser avec la Maison des métallos de la Ville de Paris. Près de 70 personnes répondirent présent à l’appel et la soirée, rythmée par les interventions de Thierry Crouzet (1) et Thierry Vedel fut, je le crois, d’un très bon niveau.
Je ne vais pas en faire ce matin l’exégèse tant il est difficile de résumer ce qui s’est dit pendant deux heures au fil des échanges avec la salle mais un moment m’a tout particulièrement intéressé.
Une jeune femme de l’assistance prit en début de débat la parole pour apporter un commentaire. Elle dit à peu près ceci :
« Bien écoutez, ce soir, j’ai appris quelque chose. J’ai appris que des gens avaient cru que le web leur permettrait de changer le monde et qu’ils avaient nourri de l’espoir autour de cette promesse. J’en suis très étonnée car, pour moi, le web n’est rien d’autre qu’un outil et je ne comprends pas bien cette espérance.»
Cette intervention fut pour moi une révélation.
Cette jeune femme qui, à vue de nez, était dans sa vingtaine (et pardon si je me trompe) venait sans le savoir de m’apporter la réponse à une question que je me posais depuis longtemps : « pourquoi les jeunes n’utilisent pas plus que ça le web pour faire entendre leur voix dans la cité et pourquoi n’en font-ils pas un territoire de revendication plus véhément ?»
Digne représentante de la fameuse « génération Y » (2), cette jeune femme ne mesurait certainement pas le potentiel du réseau pour l’avoir toujours connu dans son environnement quotidien.
Et je me dis finalement que nous qui sommes d’une autre génération (X), nous qui avions connu le monde avant le web, nous qui l’avons vu éclore et se répandre dans presque toutes les couches de la société, nous sommes peut-être plus à même d’en appréhender l’incroyable potentiel. Un peu comme quelqu’un qui a connu la faim et qui apprécie d’autant plus les plaisirs simples de la satiété.
Alors il me revient ces phrases des anciens, ceux qui avaient connu la guerre et qui nous interpellaient pour que nous respections le seul privilège de disposer d’une nourriture élémentaire symbolisée par un simple morceau de pain.
Bien sûr, il faut se garder de faire des généralités abusives et cette jeune femme n’a revendiqué hier soir aucun statut représentatif de sa génération et n’a parlé qu’en son nom.
Malgré cela, je crois qu’il y a peut-être là une piste de réflexion.
Nous qui avons connu les temps de disette médiatique, enfants de la télé et presque uniquement de la télé, nous qui n’avions pas la possibilité de nous exprimer et d’être entendus autrement que de manière confidentielle, nous qui n’avions aucune chance de pouvoir interagir directement avec les tenants du pouvoir politique, nous savons à quel point le web citoyen fut générateur d’espoir insensés.
Nos enfants le savent peut-être moins.
Et c’est vrai que quand je vois mes filles aînées dans leur relation avec le web, je réalise qu’elles ne se posent presque jamais la question du potentiel intrinsèque de cette révolution citoyenne. Elles ne voient pas Internet sous cet angle.
Elles le prennent effectivement comme un outil leur permettant de rester connectées avec leur tribu, de dialoguer avec leurs parents à distance (et accessoirement de lire le blog de papa), de chercher de la matière pour alimenter un devoir de classe, de visionner la vidéo de leur série préférée,…
Même si je conçois qu’elles appartiennent à un milieu privilégié non nécessairement représentatif de la population mondiale, leur utilisation du réseau est très utilitaire car il est devenu une commodité, au même titre que l’électricité ou l’eau courante dans la maison.
La promesse primaire – presque primitive – qui a émerveillé les gens de ma génération a disparu au profit de la conscience de l’usage immédiat.
Et c’est peut-être là qu’il faut rechercher la réponse à la question que nous posions hier : le web citoyen tel que nous l’avons rêvé est-il une grande illusion ? Nos rêves de révolutions citoyennes sont-ils enfouis dans la banalité ?
Je n’ai pas la réponse à ces questions que je laisse ouvertes pour le moment.
Pour aller plus loin :
(1) Point introductif de Thierry Crouzet
(2) A propos de la génération Y
Je ne vais pas en faire ce matin l’exégèse tant il est difficile de résumer ce qui s’est dit pendant deux heures au fil des échanges avec la salle mais un moment m’a tout particulièrement intéressé.
Une jeune femme de l’assistance prit en début de débat la parole pour apporter un commentaire. Elle dit à peu près ceci :
« Bien écoutez, ce soir, j’ai appris quelque chose. J’ai appris que des gens avaient cru que le web leur permettrait de changer le monde et qu’ils avaient nourri de l’espoir autour de cette promesse. J’en suis très étonnée car, pour moi, le web n’est rien d’autre qu’un outil et je ne comprends pas bien cette espérance.»
Cette intervention fut pour moi une révélation.
Cette jeune femme qui, à vue de nez, était dans sa vingtaine (et pardon si je me trompe) venait sans le savoir de m’apporter la réponse à une question que je me posais depuis longtemps : « pourquoi les jeunes n’utilisent pas plus que ça le web pour faire entendre leur voix dans la cité et pourquoi n’en font-ils pas un territoire de revendication plus véhément ?»
Digne représentante de la fameuse « génération Y » (2), cette jeune femme ne mesurait certainement pas le potentiel du réseau pour l’avoir toujours connu dans son environnement quotidien.
Et je me dis finalement que nous qui sommes d’une autre génération (X), nous qui avions connu le monde avant le web, nous qui l’avons vu éclore et se répandre dans presque toutes les couches de la société, nous sommes peut-être plus à même d’en appréhender l’incroyable potentiel. Un peu comme quelqu’un qui a connu la faim et qui apprécie d’autant plus les plaisirs simples de la satiété.
Alors il me revient ces phrases des anciens, ceux qui avaient connu la guerre et qui nous interpellaient pour que nous respections le seul privilège de disposer d’une nourriture élémentaire symbolisée par un simple morceau de pain.
Bien sûr, il faut se garder de faire des généralités abusives et cette jeune femme n’a revendiqué hier soir aucun statut représentatif de sa génération et n’a parlé qu’en son nom.
Malgré cela, je crois qu’il y a peut-être là une piste de réflexion.
Nous qui avons connu les temps de disette médiatique, enfants de la télé et presque uniquement de la télé, nous qui n’avions pas la possibilité de nous exprimer et d’être entendus autrement que de manière confidentielle, nous qui n’avions aucune chance de pouvoir interagir directement avec les tenants du pouvoir politique, nous savons à quel point le web citoyen fut générateur d’espoir insensés.
Nos enfants le savent peut-être moins.
Et c’est vrai que quand je vois mes filles aînées dans leur relation avec le web, je réalise qu’elles ne se posent presque jamais la question du potentiel intrinsèque de cette révolution citoyenne. Elles ne voient pas Internet sous cet angle.
Elles le prennent effectivement comme un outil leur permettant de rester connectées avec leur tribu, de dialoguer avec leurs parents à distance (et accessoirement de lire le blog de papa), de chercher de la matière pour alimenter un devoir de classe, de visionner la vidéo de leur série préférée,…
Même si je conçois qu’elles appartiennent à un milieu privilégié non nécessairement représentatif de la population mondiale, leur utilisation du réseau est très utilitaire car il est devenu une commodité, au même titre que l’électricité ou l’eau courante dans la maison.
La promesse primaire – presque primitive – qui a émerveillé les gens de ma génération a disparu au profit de la conscience de l’usage immédiat.
Et c’est peut-être là qu’il faut rechercher la réponse à la question que nous posions hier : le web citoyen tel que nous l’avons rêvé est-il une grande illusion ? Nos rêves de révolutions citoyennes sont-ils enfouis dans la banalité ?
Je n’ai pas la réponse à ces questions que je laisse ouvertes pour le moment.
Pour aller plus loin :
(1) Point introductif de Thierry Crouzet
(2) A propos de la génération Y















Mon objectif : faire entendre plus distinctement la voix des RP dans le monde





Actualité en débats