Christophe Ginisty

Les 3 terribles erreurs de la communication de François Hollande et du gouvernement


Rédigé le Lundi 11 Mars 2013



Les 3 terribles erreurs de la communication de François Hollande et du gouvernement
Les sondages se suivent et se ressemblent douloureusement pour la majorité au pouvoir : François Hollande et le gouvernement sont au plus bas dans les sondages, les français n’étant apparemment plus en situation de faire confiance à ceux qui les gouvernent.
 
Si l’on peut disserter des heures sur les raisons politiques de cette dégringolade, une chose me frappe et m’interpelle dans les commentaires que font les français : une bonne partie de ce qu’ils reprochent à leurs dirigeants actuels est du ressort de la communication. Ils ne critiquent pas la politique menée, ils ne la voient pas. 
 
Oui, car lorsqu’ils se plaignent de ne pas voir le cap, de ne pas distinguer la direction et qu’ils regrettent la confusion, tout ceci renvoie à la communication et dans la manière absolument déplorable avec laquelle le gouvernement communique.
 
Un problème politique ? Non, je crois que c’est juste un problème de communication. Un énorme problème de communication.
 
En réalité, le président de la République et le gouvernement travaillent, s’affairent mais ils le font de manière totalement désordonnée, indisciplinée et sans que les français puissent comprendre quoi que ce soit à ce qui est en train d’être entrepris.
 
L’exécutif commet trois erreurs qui plombent sa communication et rendent les sondages catastrophiques.
 
La première erreur est de n’accorder aucun crédit à la communication.
Je l’ai écrit à plusieurs reprises et notamment ici, François Hollande fait partie de ces hommes politiques qui méprisent la communication. Pour lui, communiquer c’est mentir, enrober, détourner de la vérité alors qu’en réalité, communiquer c’est transmettre à un récepteur en prenant conscience de ce qu’attendent celles et ceux qui reçoivent l’information.
 
Communiquer, c’est considérer l’autre et élaborer un message qu’il pourra comprendre. Communiquer, c’est respecter l’auditoire en se mettant à sa portée. C’est peut-être dégradant pour les esprits brillantissimes qui constituent le ciment de nos élites françaises mais c’est essentiel lorsque l’on préside aux destinées de millions de citoyens  plongés dans une crise d’une rare intensité.
 
Pour l’exécutif en place, communiquer devrait être une priorité d’autant plus grande que la situation est compliquée.

Or, depuis son élection, François Hollande n’a que faire de ce paramètre et avance sans s’en préoccuper. Il en subit aujourd’hui les conséquences.
 
La deuxième erreur est évidemment une conséquence de la première. Puisque le président ne communique pas, il ne dicte pas l’agenda.
C’est un reproche que l’on retrouve dans tous les sondages qui sont sortis ces derniers jours, personne ne voit où l’exécutif veut nous mener.
 
Il y a des directions qui sont évoquées puis contredites, on a le sentiment que les décisions sont prises en fonction des circonstances, bref, il y a peut-être une feuille de route mais elle est invisible, indécelable.
 
Nicolas Sarkozy étourdissait l’opinion en lui sortant une mesure choc tous les jours. C’était assez déroutant, ennivrant même, mais les français avaient le sentiment d’être dirigés par quelqu’un de volontariste et déterminé dans l’action (et Dieu sait que je ne suis pas fan du personnage et de son style !).
 
En ne communiquant pas, François Hollande semble être comme un bateau qui dérive au gré du courant, on ne voit pas où il veut nous emmener et cela crée un phénomène anxiogène dans l’opinion.
 
Le pire, c’est que je suis certain qu’il a une idée précise de la direction qu'il veut suivre. Mais il ne donne à personne la possibilité de le comprendre. C’est très déstabilisant.
 
La troisième erreur est une conséquence des précédentes : puisqu’il n’y pas de communication et puisqu’il n’y a pas d’agenda clair, la cacophonie gouvernementale prend de l’ampleur.
 
S’il y a bien un principe que tous les professionnels de la communication publique connaissent, c’est bien celui selon lequel il faut limiter le nombre de porte-parole et les former très rigoureusement.
 
Un gouvernement, c’est une équipe et cette équipe doit être organisée dans sa communication car elle doit servir le collectif et rien que le collectif.
 
Un des effets pervers de la non communication de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault est que tous les ministres y vont de leur improvisation et distillent au gré des interviews de promesses délirantes, non préparées et non assumées par l’équipe gouvernementale.
 
Cela donne une impression de bordel ambiant qui est très exactement l’inverse de ce que les gens attendent en situation de crise. Car lorsque les intempéries secouent le navire, tout le monde doit être à son poste, concentré et seul le capitaine doit apparaître à la manœuvre.
 
Les petites phrases sorties par des ministres tous plus gaffeurs les uns que les autres ont un effet désastreux sur la lisibilité de l’action publique et là encore, ce n’est pas tant un problème politique que de communication.
 
Alors, que faudrait-il faire pour en sortir ?
 
Il est urgent que l’exécutif reprenne les choses en main et se mette enfin à communiquer de manière ordonnée et volontaire.
 
Il faut qu’il considère le besoin de communication à son juste niveau et s’entourer d’une équipe "de combat" en la matière qui va rendre sa gouvernance lisible.
 
Il faut ensuite que le Président de la République fasse une intervention rapide et solennelle, qu’il s’adresse aux français pour exposer son cap. Il faut qu’il reprenne la main sur une image qui est en train de lui échapper.
 
Il faut enfin qu’il remette de l’ordre dans la communication de ses ministres, qu’il tape du poing sur la table et leur fixe des règles strictes pour mettre le plus rapidement un terme sur cette escalade d’improvisations contre productives. Ces derniers doivent apprendre à se taire ou du moins à demander l'autorisation avant de parler. 
 
Même si notre régime est une démocratie représentative, gouverner en temps de crise demande du soutien et de l’adhésion.

Il n’est pas possible de l’obtenir en négligeant les règles essentielles de la communication publique et pour moi qui ai voté pour cette majorité, je suis malheureux de la voir trébucher sur des pièges pourtant si connus. 
 

               Partager Partager
Notez


Lu 12569 fois

Commentaires articles

1.Posté par Jacques Blanchet le 11/03/2013 16:55
Étonnant, mais il est possible de faire le même constat sur la politique québécoise actuelle.

La communication, un problème de la gauche?

2.Posté par Virginie DEBUISSON le 12/03/2013 15:52
Belle analyse Christophe,

Je n'étais pas fan, comme j'ai pu le dire ici même, de la tendance hyper-communication du précédent gouvernement, mais là, je suis d'accord, on touche aux erreurs de débutant. Mon sentiment, au regard des reportages télévisés et des articles que je vois passer, c'est qu'on dirait que la communication actuelle du gouvernement actuel tient du monologue (enfin presque, puisque les ministres marchent en désordre, et se contredisent même publiquement). J'attendais de Sérillon un peu de cet ordre nécessaire, une mise en place de basiques, une réflexion propice à l'anticipation. Mais rien. Voire pire. Et nous assistons depuis 48H à un effet nouveau : les médias soulignent les distorsions entre les messages du candidat avec les non-messages du Président, en montrant des gens, qui ont pourtant voté pour la gauche, invectiver le chef de l'Etat sur des promesses non tenues. La caméra continue de tourner lorsque l'audacieux intrus est "exfiltré" par les forces de l'ordre. Et notre Président qui ne rebondit pas et poursuit sa visite. Je ne crois pas que l'impact de ces images soit bien analysé là-haut. Comme tu le dis, cette impression de désordre et de flottement, cette image de mur de verre entre le gouvernement et les citoyens, cette absence de clarté dans le message conduit à nourrir l'incompréhension et la crainte. On sait ce que ces deux choses peuvent engendrer sur les "masses" (je n'aime pas ce mot). Je n'ai pas voté pour ce gouvernement mais je reste citoyenne française, et ce que je voie me choque d'un point de vue professionnel, mais aussi en tant que française qui ne comprend pas bien où va finir le climat social de ce pays si rien n'est corrigé. Sérillon debout là dedans :) Je m'empresse en tous les cas de partager cette analyse ! Merci.

3.Posté par François Abraham le 12/03/2013 16:34
J'adore le passage « Communiquer, c’est considérer l’autre et élaborer un message qu’il pourra comprendre. Communiquer, c’est respecter l’auditoire en se mettant à sa portée. » Il s'applique à tout le monde, qu'on soit dirigeant ou pas, de gauche ou de droite (!), d'un organisme public ou privé.

À se répéter comme un mantra. Merci Christophe.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
1 2

Boulot | Web 2.0 | Analyse | Coups de com | Nouveautés | Chiffres clés | Communication de crise



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
@peter_otten @holmesreport Congratulations to the whole team! Well deserved
Mercredi 24 Mai - 10:06
RT @PatrickChWeber: It all comes from Manchester (Noel Gallagher) https://t.co/cBnReRddcd
Mercredi 24 Mai - 10:02
Well...#RogerMoore is my past as a fan, the 22+ victims in #Manchester were our future. Don't know what to say but I miss the future #RIP
Mardi 23 Mai - 21:11
@joodoo9 @willmcinnes @Brandwatch Of course I did. There is nothing I would want more than work for a leading online intelligence vendor
Mardi 23 Mai - 18:00
@willmcinnes @joodoo9 @Brandwatch Any chance to reply one day to the ones applying with faith and even more?
Mardi 23 Mai - 17:38
Avec des données @AgorepResearch inside ;-) https://t.co/3SlZbM1lnI
Mardi 23 Mai - 17:04

Recherche