Christophe Ginisty

Les mots qu'on aimerait ne plus entendre en vacances (et après)


Rédigé le Dimanche 31 Juillet 2016



Il est temps de faire un petit break au soleil de Provence pour quelques jours en famille. Comme je l'ai annoncé, je vais essayer d'avancer sur la rédaction d'un nouvel essai sur l'information et la désinformation à l'ère du web social. J'espère y arriver. Il y a tellement de choses à dire sur le sujet et ce truc me passionne tellement ! 

Alors, ce n'est pas franchement le farniente qui m'attend mais, au contraire, un programme de travail assez tendu si je veux aller au bout de mon projet. 

Ce matin, en préparant mon sac, je me posais la question : finalement, c'est quoi faire un break ? Ne plus consulter ses e-mails ? Ne plus allumer son portable ? Ne plus fréquenter les réseaux sociaux et se moquer des doigts de pieds en éventail et des verres de rosé que nos amis postent depuis leur lieu de vacances en guise de carte postale 2.0 ? 

C'est un peu tout ça, mais c'est aussi ne plus parler des mêmes choses, des mêmes sujets. C'est prendre de la distance sur des conversations et des mots dont la sonorité rythme notre quotidien professionnel et nous prouvent que nous sommes en mode "boulot" avec un cerveau toujours connecté à ce que nous essayons pourtant de quitter. 

Chacun a ses mots "boulot". Moi je vous propose une liste très personnelle de ceux dont je ne veux plus entendre parler pendant les deux prochaines semaines. 

Start'up 
Le premier qui me parle de sa start'up, je le fous à l'eau. Je déteste ce à quoi renvoie ce mot. On ne crée plus une société aujourd'hui mais une start'up. Parce qu'on est cool, qu'on est dans un monde hyper speed et que le web c'est génial, parce que ça va forcément décoller à toute berzingue, parce qu'on va payer ses employés au lance-pierres en les faisant bosser 15 heures par jour (avec quand même des pauses baby-foot, faut pas déconner) et surtout parce qu'on va faire des levées de fond de malade, assister à des conférences qui coûtent une blinde, et dépenser l'argent des autres en essayant de le faire le plus longtemps possible.

French Tech 
Celui-là, je ne l'aime pas non plus et il me provoque à peu près de même effet urticant que le précédent. Un jour, un communiquant ou un technocrate (ou les deux dans une réunion qu'on aurait dû mettre sur Youtube) a eu l'idée géniale de clamer haut et fort que la France regorgeait d'entrepreneurs qui allaient changer le monde, de vaillants aventuriers du business qui étaient vachement mieux que les gros américains lourdingues, qui avaient une approche unique, spéciale, française quoi, et qui allaient apprendre au monde entier comment on fait. Bref, la French Tech, c'est une idée efficace pour vendre des mètres carrés dans les salons internationaux et faire croire à des Présidents de région qu'ils hébergent la prochaine Silicon Valley en puissance, mais moi j'y vois surtout une version insupportable d'une arrogance 2.0 à la française. 

Stratégie 
Quittons l'univers impitoyable de l'entreprenariat pour revenir à celui non moins impitoyable de la communication, mon métier. Stratégie, c'est le champion du monde toutes catégories des tartes à la crème, le mot magique par excellence pour tenter de dissimuler une incompétence crasse et un cerveau de mollusque, un truc sensé rendre malin mais qui produit chez moi l'effet inverse. Dès qu'on ne sait pas qualifier une décision, une démarche, un projet mais qu'on tient néanmoins à lui donner de l'importance, on fout du "stratégique" partout. Et hop, le tour est joué, l'envoi d'un communiqué de presse devient une stratégie d'information et le prêt d'un produit à un blogueur une stratégie digitale. 

Digital 
Bon, je sais, je suis patron du digital pour le Benelux dans une grande agence de communication mais c'est uniquement pour expliquer à mes clients que le digital n'existe plus en tant que tel et qu'il n'est plus possible de séparer ce qui est digital de ce qui ne l'est pas dans les parcours d'achat des consommateurs ou dans l'information du public. Les technologies se sont tellement diffusées dans nos sociétés qu'elles sont partout, à chaque instant de nos vies, rendant désormais improductive la déconnexion totale. C'est pour ça que nous allons apprendre à ne plus utiliser ce mot (en plus en français, on devrait dire numérique, mais c'est une autre histoire). 

Influenceur 
En voilà un autre qui me court sur le système. Sous prétexte que telle personne a su séduire sporadiquement un public qui se compte en milliers de personnes, elle est adoubée au sein de l'ordre très prisé et un brin aristocratique des "influenceurs" dans une confusion constante entre audience et influence. Or, nous le savons bien si nous prenons le temps de nous poser la question, ce n'est pas parce que tel blogueur est lu par des centaines de personnes chaque jour qu'il influence qui que ce soit. Moi qui vous parle, et même si vous êtes environ 50,000 visiteurs uniques tous les mois sur ces modestes pages, je n'ai pas la moindre illusion sur le fait d'avoir un impact sur vos choix. Je vous informe, vous fais parfois réfléchir et, quand je suis en forme, je vous amuse peut-être, mais je ne vous influence pas. Je ne suis pas un influenceur.

Buzz
Les Chevaliers de la Table Ronde avait le Saint-Graal, les communicants d'aujou'd'hui ont le buzz. C'est bien simple, on ne conçoit plus de campagne, on crée de l'activation autour du truc malin qui va faire le buzz, rendre fou les influenceurs (sic), faire exploser la start'up (re-sic) de la French Tech (re-re-sic) au prix d'une stratégie (sic-encore) distruptive sur le digital (c'est bien simple, j'ai plus de sic).  

PowerPoint 
Bon, même si je me targue de ne plus être très loin du doctorat es-Powerpoint tant j'en ai créé des slides pour tout un tas d'occasions, la seule évocation du nom de ce logiciel créé par Microsoft a une puissance pavlovienne phénoménale qui me ramène immédiatement à ma chaise de bureau.avec l'innérable pression de la slide blanche. Donc il en va de ma santé mentale d'oublier pendant quelques jours la petite icône orange qui m'invite à lui cliquer dessus. 

Voilà mes amis. J'espère que vous aurez vous aussi l'opportunité de prendre du bon temps et de déconnecter. 

En ce qui me concerne, je vais réapprendre à conjuguer rosé avec piscine, soleil, famille, chaleur, cigales, lavande et bonheur tout simple. 

A suivre... 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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