Libération de Florence Cassez : quand les médias lavent plus blanc


Rédigé le Vendredi 25 Janvier 2013


Libération de Florence Cassez : quand les médias lavent plus blanc
Quel événement que celui que nous avons vécu hier et avant-hier avec la libération et l’arrivée en France de Florence Cassez !

C’était un moment de communion médiatique assez spectaculaire mais, si l’on y regarde de plus près, c’était en réalité une foire à l'outrance médiatique qui ne grandit pas franchement ses protagonistes.
 
Décryptage.
 
Il y a d’abord le fond de l’affaire et la confusion des médias. Tout comme dans l’affaire Strauss-Kahn, les médias ont sombré dans le raccourci en confondant la fin technique d’une procédure avec le fait d’être innocenté, blanchi.
 
Il y a quelques semaines lors de l’accord qui fut entériné entre DSK et Nafissatou Diallo, une première salve de commentaires exposait le fait que l’ancien patron du FMI été « définitivement blanchi.» Or cette lecture de l’actualité était totalement erronée puisqu’en réalité puisque l’accord financier éteignait la procédure et évitait précisément que l’on s’intéresse au fond. Donc que l’on juge DSK pour les faits qui lui étaient reprochés.
 
Dans la libération de Florence Cassez, la même approximation est faite depuis 48 heures. Certains médias dissertent sur le fait qu’elle aurait été innocentée. Là encore, c’est faux, la Cour qui l’a libérée a juste invalidé les invraisemblables irrégularités de la procédure qui avait permis de mettre la jeune femme en prison.
 
Nul ne sait si elle était ou non coupable des faits qui lui étaient reprochés et la justice mexicaine n’a pas permis de répondre à cette question. Ce que l’on sait par contre — et c’est la seule chose qui ait été jugée — c’est que la mise en scène grotesque de son arrestation était un odieux trucage.
 
Mais l’emballement médiatique est passé par là, écrasant tout sur son passage, à commencer par la précision dans le rapport des faits.
 
Il y a ensuite l’incroyable couverture de son arrivée sur le sol français. Le fait qu’elle ait pris un avion de ligne d’une compagnie commerciale et non pas un avion affrété par la République est la seule différence ou presque qui distingue le retour de Florence Cassez de celui d’Ingrid Bettancourt en 2008.
 
Son arrivée entourée de Laurent Fabius, son cortège médiatique ahurissant, sa longue prise de parole dans le salon de réception VIP de l’aéroport, tout participe au statut d’héroïne nationale alors qu’il ne faudrait tout de même pas oublier que nous ne sommes pas en présence d’une prisonnière politique enlevée par un groupe terroriste mais d’une personne impliquée dans une affaire de droit commun liée au banditisme.
 
Il y a certes une annulation de la procédure comme je viens de le rappeler mais les causes (au sens premier du terme) ne sont pas semblables et il eut été heureux que les médias adaptent leur couverture en conséquence.
 
Là encore, nous sommes dans le tournis d’une communication excessive qui fait tout confondre et qui éloigne volontairement ou involontairement le téléspectateur de la notion même de discernement. La machine infernale médiatique s’emballe et emporte tout sur son passage pour ne montrer finalement qu’une sorte de messe visuelle outrancière au détriment du message.
 
Enfin et alors que je parle de communication, comment passer sous silence ces tentatives de récupération qui ont émaillé les quarante-huit dernières heures. Cette obsession des politiques de tout bord à vouloir s’attribuer les mérites de ce dénouement heureux était franchement pathétique.
 
A ce petit jeu, je vous renvoie à ce papier publié sur le site de la radio Europe1 qui montre toute la vigueur d’une récup qui s’apparente à l’hystérie d’un troupeau de hyènes qui se disputent une carcasse.
 
Ce soir, Florence Cassez sera reçue à l’Elysée par le Président de la République pour nous offrir un autre « beau moment » de communication. Le temps qu'il passera à débattre du mariage pour tous en sera écourté d'autant, comme si le sort judiciaire de Florence Cassez était plus important que la transformation historique de la société française avec l'adoption du droit pour tous de se marier (d'ailleurs, j'irai manifester dimanche en famille - si vous voulez qu'on s'y retrouve, faites moi signe).
 
Ce que m’inspire tout cela est un immense sentiment de confusion.
 
Je suis un professionnel de la communication et c’est parce que j’aime mon métier que je n’aime pas que la communication soit utilisée pour mentir.

J’aime passionnément l’information, la rigueur des faits, la finesse des analyses et c’est pour contribuer à rendre l’opinion plus éveillée et mieux éclairée que je fais ce métier. Et certainement pas pour l’assommer et lui faire croire des choses qui ne sont pas.
 
Ce matin, je comprends celles et ceux, toujours très nombreux hélas, qui critiquent les médias et « la com » en les accusant de travestir l’information au lieu de la transmettre. Car avec le traitement médiatique qui vient d'entourer la libération de Florence Cassez, les médias ne se sont pas grandis.
 
A suivre…
 
 Pour aller plus loin :
- Innocence de Florence Cassez : ce qu'a dit la justice mexicaine - Le Parisien
- Florence Cassez libre : la justice sur la selette - Courrier International
- Florence Cassez : libre mais pas innocente - Le Point


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Christophe Ginisty
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Commentaires articles

1.Posté par le journal de personne le 25/01/2013 19:26
Hors-loge

Florence Cassez... doit bien se demander de qui je me moque ?
Vous pouvez le lui dire aujourd'hui...
Je suis le hasard qui l' a mise dedans et le hasard qui l'a remise dehors...
C'est très bizarre... une hors-loge!

http://www.lejournaldepersonne.com/2013/01/hors-loge/://

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