Christophe Ginisty

Mariage pour tous : la guerre de la communication est ouverte


Rédigé le Mercredi 30 Janvier 2013



Mariage pour tous : la guerre de la communication est ouverte
Depuis hier, un nombre incalculable de commentateurs sur Internet et ailleurs comparent les débats parlementaires sur le mariage pour tous à ceux qui ont émaillé la même chambre en 1999 pour le PACS.
 
Certains vont même plus loin et remontent à 1975 en faisant référence à Simone Veil dans son combat pour la dépénalisation de l’IVG, des internautes n'hésitant pas à comparer cette dernière à Christine Taubira après le prononcé de son discours d’hier au pupitre de l'Assemblée.
 
Or, si c’est trois grandes réformes appartiennent à un domaine législatif voisin, la nature et la portée des débats sont totalement différentes aujourd’hui et ce en raison de la configuration du paysage médiatique.
 
Les médias et les réseaux sociaux changent la donne. L’impact des débats est amplifié dans un "live" assourdissant et passionné. Lhémicycle est devenu une agora publique où les parlementaires devront être prudents car l’écho donné à leurs interventions respectives sera considérable.
 
Pour résumer et faire simple, voici le contexte compliqué dans lequel ils évoluent du point de vue de la communication.
 
Les opposants se battent contre une partie non négligeable de leur électorat
Comme l’a montré une récente enquête réalisée par l'Ifop pour le site Internet Atlantico, les français sont favorables dans leur ensemble à 63% pour le mariage pour tous.

Mais ce qui est le plus frappant dans le résultat de cette étude, c'est le dispatch des opinions par familles politiques que l'on découvre dans le graphique ci-dessous.

Mariage pour tous : la guerre de la communication est ouverte
Comme on pouvait s'y attendre, les sympathisants de gauche sont les plus nombreux à se déclarer favorables au mariage pour tous (84%). Par contre, il est plus étonnant de noter que 41% des sympathisants de l'UMP se déclarent favorables à cette réforme et que les sympathisants du Front National y sont à 52%.

Il n'y a pas d'unanimité à droite et il serait ridicule d'affirmer le contraire.

Or, cette répartition des opinons pose un problème de communication de taille. Car en prenant la parole publiquement contre cette réforme, les députés UMP vont afficher un désaccord très embarrassant avec près de la moitié de leur corps électoral.

C'est la pire des difficultés que de communiquer à contre-courant de ce que pensent les gens qui vout soutiennent (ou tout du moins une partie d'entre eux).

A mon avis, cette difficulté va inciter un nombre croissant de parlementaires à choisir le camp de l'abstention comme l'a annoncé ce matin Bruno Le Maire, invité de Jean-Jacque Bourdin sur BFM-TV.

Car à l'heure des médias sociaux, tout est commenté en direct et chaque prise de parole devient le point de départ d'un psychodrame entre les parties prenantes. Même si tout était potentiellement public depuis des années, ce qui se passe aujourd'hui revient à faire entrer des millions de personnes dans l'enceinte même de l'Assemblée Nationale.

Les députés mêmes les plus obscurs sont exposés comme jamais sur un texte structurant pour la société française dans son ensemble et la communication est très délicate à aborder.

Les oppositions vont laisser des traces indélébiles
Internet n'est évidemment pas uniquement l'espace du direct, c'est aussi le support de la mémoire. Les déclarations tonitruantes, les petites phrases, tout va être consigné, conservé et resservi à la prochaine élection.
 
Les députés qui se seront montrés les plus virulents dans un camp comme dans l'autre devront répondre de leurs excès lorsqu’ils en appelleront à nouveau au suffrage des électeurs. Le débat autour du mariage pour tous est si essentiel et en même temps si clivant que leur outrance leur collera à la peau.
 
Internet et les réseaux sociaux vont enfanter des dizaines de « Christine Boutin », symbole de la lutte anti-PACS qui est toujours associée aux joutes spectaculaires et haineuses de 1999.
 
La difficulté de communication à laquelle les députés de l’opposition vont devoir faire face dans les prochains jours est de parvenir à faire connaître leur point de vue sans que ce débat ne leur laisse de trop traces.

Attention, les français sont aux aguêts sur les réseaux sociaux.

La surveillance est maximale et les faux-pas se payeront cher.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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