Christophe Ginisty

Montréal, Bruxelles, Londres... la France en mieux ?


Rédigé le Jeudi 11 Juin 2015



A votre avis, quel est le point commun entre Montréal, Bruxelles et Londres ? Une Reine ou un Roi quelque part dans son palais ? Un hiver rigoureux ? Ne comparons pas ce qui n'est pas comparable, l'hiver canadien supplante les autres, et de loin !

Non, selon moi, le véritable point commun est le fait que ces trois villes y abritent une énorme communauté de français qui ont quitté leur pays pour tenter d'y couler des jours qu'ils espèrent meilleurs. 

Ces dernières semaines, j'ai eu l'opportunité de passer du temps dans chacune de ces métropoles au contact de français qui avaient émigré là-bas et je dois dire qu'il est frappant d'écouter les récits de ces expatriés volontaires, heureux et parfaitement épanouis au quotidien sur leur terre d'accueil. Sans me lancer dans la moindre tentative statistique, sans vous embarquer non plus dans un propos alarmiste et forcément polémique sur une hypothétique fuite des forces vives, je crois que nous sommes néanmoins en face à une vraie tendance. J'ai discuté avec des français moyens et pas assez fortunés pour avoir voulu y planquer leurs lingots et j'y ai découvert une douce lassitude de la société française, de son pessimisme endémique, de sa médiocrité politique. Je n'y ai pas vu du "french bashing" beaucoup trop facile mais une simple volonté de vivre autre chose. Sans critiquer, sans cracher dans la soupe maternelle. Juste pour vivre mieux. 

Montréal est une ville qui "aspire" littéralement les français pour s'assurer que ses origines symbolisées en partie par la fleur de lys de la Province du Québec y soient toujours vives. C'est une ville amoureuse de notre belle langue et si ses habitants sourient de notre arrogance (sic), ils respectent au plus haut point leurs origines françaises en placardant sur chacune de leurs voitures le très important "Je me souviens." Un ami me disait il y a quelques jours : "Lorsqu'il y a des élections dans le pays, le sujet de l'insécurité n'est pas un sujet et le clivage ne s'opère pas sur ça." Que c'est beau un territoire où les gens n'ont pas peur les uns des autres ! Environ 150 000 français y vivraient. 

Ma fille aînée y a étudié ces quatre dernières années et y a obtenu un brillant bachelor en Sciences Politiques. Je suis très fier d'elle et j'aurais tellement de choses à dire sur le système éducatif... mais ce n'est pas le sujet. 

Le Maire de Londres et le Premier Ministre Britannique se sont récemment réjouis de cet article de la BBC indiquant que la capitale de la Perfide Albion était désormais la 6ème ville de France, forte de ses centaines de milliers de résidents. Au-delà de la provocation de bonne guerre et des tentatives de démonstration  de l'inexactitude de cette affirmation, il y a là un phénomène qu'il serait stupide de ne pas observer. Les français que j'y ai rencontrés et avec lesquels j'ai discuté de leur implantation déclarent pour la plupart avoir été attirés par le dynamisme économique de Londres, par son aspect cosmopolite et international plus vibrant et enfin par cette forme de libéralisme économique propre au modèle anglo-saxon, aux antipodes de notre bon vieux protectionisme à la française. 

A Bruxelles, ce sont plus de 50 000 français qui y ont établi résidence selon les derniers chiffres rendus publics en 2012, constituant ainsi le plus important groupe d'immigrés dans la capitale Belge. S'il est de bon ton de dire que c'est pour des raisons fiscales que nos compatriotes se sont retrouvés là, je pense que c'est au contraire pour des questions liées à la qualité de vie et à la douceur des rapports sociaux dans la société bruxelloise. Les conditions fiscales avantageuses ne concernent que les impôts sur les plus-values alors que le travail salarié, tout comme le statut de travailleur indépendant y est plus taxé qu'en France ! 

150 000 à Montréal, 300 000 à Londres et 50 000 à Bruxelles, au total près d'un demi million de français auraient choisi l'une de ces trois villes pour y poser leurs valises. 

Encore une fois, mon propos n'est pas de cracher dans la soupe ni de dire un peu trop rapidement que l'herbe est plus verte ailleurs mais je suis par contre convaincu qu'il y a là un vrai sujet que les leaders français, qu'ils soient à la tête de collectivités, d'entreprises ou d'universités devraient étudier avec la plus grande attention. Quand on réalise que la population du Grand Londres croit deux fois plus vite en volume que celle du Grand Paris, que Montréal et Bruxelles bénéficient d'une population particulièrement jeune (44% des Montréalais ont 35 ans et l'âge moyen à Bruxelles est de 37,6 ans), on se dit que ces capitales ont de sacrés atouts à mettre en avant. 

Il y a dans la culture française la nostalgie d'un passé glorieux où nous étions le centre du monde, intellectuellement et politiquement et cela a pesé pendant des siècles sur la formation de l'arrogance dont on nous fait procès à l'étranger encore aujourd'hui. Mais le monde a changé. La France possède toujours des trésors incomparables dans sa géographie, sa culture et son modèle social solidaire mais elle a néanmoins besoin de se remettre en cause et d'affronter la mondialisation avec un peu plus de pragmatisme qu'elle ne le fait aujourd'hui. Des centaines de milliers de ses compatriotes sont partis vivre à l'étranger et à l'heure où des partis populistes voudraient nous faire croire que l'immigration est le danger qui nous menace, il serait bon de réfléchir si ce n'est pas au contraire l'émigration — c'est-à-dire la fuite — qui constitue un danger. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par Jean-Pascal le 12/06/2015 14:44 (depuis mobile)
La médiocrité de notre classe politique : c''est. La triste cause réelle et profonde de cette situation. Et ce n''est pas prêt de changer.

2.Posté par Christophe Ginisty le 13/06/2015 11:30
Je suis assez d'accord avec toi, Jean-Pascal, mais pas totalement. Les classes politiques belge, canadienne et britanniques trainent elles aussi de lourdes casseroles. Mais le corps social est sans doute moins déchiré qu'en France.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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