Christophe Ginisty

Municipales : 7 erreurs de communication à éviter


Rédigé le Vendredi 14 Février 2014



A un mois désormais de la grande élection municipale et même si j'ai raccroché les gants de l'action politique personnelle, j'aimerais donner quelques conseils à celles et ceux qui se lancent dans la bataille et qui peaufinent leurs stratégies de communication. Je les vois évoluer sur les réseaux sociaux et s'agiter dans tous les sens comme un essaim d'abeilles au printemps et je dois avouer que les mêmes erreurs sont commises par beaucoup de candidats qui espèrent déloger les maires sortants. 

Alors, pour tenter de les aider un peu (et parce qu'il est sain de renouveler le personnel politique dans notre pays), voici 7 erreurs à éviter dans votre campagne électorale. 

1. Promettre le changement 
Cela va très certainement vous faire bondir mais c'est pourtant l'erreur la plus grave et j'en parle d'autant plus librement que je l'ai faite en 2008 lorsque je me suis présenté à Issy-les-Moulineaux. Permettez-moi de m'expliquer. Pour peu que vous les interrogiez, la plupart des gens sont heureux de vivre là où ils vivent car cela participe souvent d'un choix personnel. Ils aiment leur cadre de vie, leur quartier, là où ils ont leurs habitudes et même dans des cités compliquées, il y a chez la plupart de nos concitoyens un véritable attachement au lieu d'habitation.
Lorsqu'un candidat à la Mairie axe sa campagne sur la promesse d'un changement, il commet l'erreur de provoquer chez l'électeur une réaction anxiogène : les gens veulent tout sauf changer radicalement leur environnement communal. La plupart des citoyens font une confusion entre le cadre de vie qui leur plait, qu'ils ont choisi, et le maire qui dirige la commune. Ils ont le sentiment que c'est grâce au maire. C'est peut-être absurde (ça l'est sans doute un peu) mais le plaisir de vivre dans une ville est quasi-synonyme de l'attachement au maire qui l'a dirigée. 

2. "Votez pour moi"
S'il y a bien une élection où cette posture est suicidaire, c'est bien l'élection municipale qui est une élection de grande proximité. Encore une fois, les gens votent en fonction de leur cadre de vie qui est la chose la plus intime qui puisse être dans le coeur des électeurs puisque cela renvoie à la cellule familiale et à tout son environnement. 
Il ne faut donc par rechercher à développer des attributs qui se concentrent sur l'égo du candidat, mais inviter les électeurs à voter pour eux-mêmes, c'est à dire à voter pour leurs besoins. Et c'est d'autant plus important que le maire sortant s'est occupé d'eux à des degrés divers : il leur a donné des places en crèche, des accès à l'école, des transports pratiques, une voirie bien propre, des places en maison de retraites, la sécurité dans les rues, une jolie kermesse,... Si l'équipe sortante a été objectivement défaillante, il ne sert à rien de communiquer sur la personnalité d'un nouveau candidat. Il faut "angler" la campagne de manière exogène et se mettre dès le début au service des besoins identifiés. "Votez pour vous" me semble un bien meilleur slogan. 

3. Sans étiquette 
A moins d'être une star de la télévision ou quelqu'un de connu au plan national, l'invocation du candidat sans étiquette est aussi appétissant qu'un produit en vrac sans emballage car "sans étiquette" est compris par la majorité des gens comme "sans saveur" ou "sans courage politique." On peut le regretter des jours durant, le public aime mettre des étiquettes car cela le rassure psychologiquement. 
On comprend bien ce que veulent dire les candidats qui évoquent une absence d'étiquette politique, ils veulent rassembler au-delà des partis qui sont majoritairement rejetés par les français. C'est louable mais totalement inefficace. Depuis 1958, la France est fortement polarisée et les électeurs ont besoin de savoir dans quel camp se situe celui pour qui ils votent : à droite, à gauche ou aux satellites extrêmes de ces deux bords. Même le populisme est une étiquette ;-)
En réalité, il n'y a que le maire sortant qui peut à la rigueur se présenter sans étiquette car son étiquette à lui dans le coeur des électeurs, c'est la ville et la ville transcende l'échiquier politique national. 

4. Voter pour une liste 
Déjà, vous êtes moins célèbre que le maire sortant que tout le monde connaît mais si vous décidez de vous la jouer "on est un collectif, on se présente tous ensemble et personne n'est le chef de personne", vous êtes certain de diluer votre anonymat relatif dans celui encore plus abyssal de vos colistiers. 
Même si l'élection municipale est une élection de liste, et même si vos colistiers aspirent à avoir leur photo sur les documents de campagne, n'en faites pas trop ! Le premier pilier de votre stratégie de communication doit consister à vous faire connaître vous et si vous y réussissez, vous aurez fait la moitié du chemin. 
Je mesure à quel point ce conseil sera très impopulaire dans les réunions de militants mais faites moi confiance, travaillez votre image en premier. Et ce n'est pas contradictoire avec le conseil n°2 : vous devez vous faire connaître et axer votre prise de parole sur les besoins des habitants. 

5. Croire en la magie des réseaux sociaux 
Je sais, nous vivons une époque où tout le monde est sur Facebook, Twitter, où Barack Obama s'est fait élire au terme d'une campagne fantastique sur les médias sociaux, mais non seulement vous n'êtes pas Barack Obama (ce que je regrette personnellement avec vous) mais on ne crée pas une dynamique politique locale sur les réseaux sociaux en quelques semaines. Si vous n'êtes pas déjà influent avec des centaines d'amis ou de followers, la page que vous vous apprêtez à lancer sur Facebook ne rassemblera jamais au-delà du groupe de vos sympathisants déjà acquis ou des membres de votre famille. Elle attirera aussi sporadiquement vos opposants qui auront la consigne de vous marquer à la culotte pour mieux surveiller vos faits et gestes et c'est tout ! 
Une bonne stratégie de communication online va moins consister à créer des espaces à votre gloire que d'aller communiquer chez les autres, là où les conversations sont déjà denses et nombreuses. L'ouverture d'un blog ou d'une page Facebook à deux mois de l'échéance ne changera pas le résultat de l'élection. Mettez votre énergie ailleurs. 

6. Critiquer
Il n'y a rien de moins mobilisateur que quelqu'un qui critique tout le temps. Ça fatigue et ça lasse à la longue. Partant du principe que les électeurs ont tous leurs galères quotidiennes, des journées chargées et que la politique se pratique quand ils ont un peu de temps libre, le soir ou le week-end, quand ils sont tranquilles en train de faire leurs courses sur le marché, il faut être en mesure de les interpeller en leur proposant quelque chose de positif et d'entraînant. 
La critique ne l'est pas et, là encore, c'est une erreur que j'ai commise en 2008 : nous étions dans une posture de critique permanente et presque systématique. Nos sympathisants adoraient et en étaient galvanisés mais cela fatiguait visiblement le reste de la population qui nous voyait comme des mauvais coucheurs, jamais contents de leurs sorts. Pire, nos critiques n'étaient pas les leurs et nous ne nous retrouvions pas sur le même terrain d'entente. 

7. Parler des autres 
Quelle tentation permanente, quand on est le candidat au renouvellement et à l'alternative, que de parler toujours du maire sortant et de son équipe ! De ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils n'ont pas fait, de ce qu'ils ont caché,... Ca dure des heures et cela ne fait pas avancer votre campagne. 
Il ne faut jamais oublier que la communication passe (ou ne passe pas) dans une fenêtre de temps extrêmement réduite. Vous avez quelques secondes à peine pour transmettre un message et faire une bonne impression. Pas plus. Il est donc primordial d'utiliser l'intégralité de ce temps pour parler de vous et permettre aux électeurs de savoir qui vous êtes et ce que vous avez dans le ventre.
Ne soyez pas obsédés par les autres, les électeurs sont assez grands pour remettre votre discours en perspective. De toute manière, ils le feront dans l'isoloir.  

Voilà ce que j'avais envie de partager avec vous. J'espère que ces quelques conseils en inspireront certains car, encore une fois, on a bien besoin de renouvellement du personnel politique dans ce pays !

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par Henri le 20/02/2014 14:48 (depuis mobile)
Très globalement d''accord ! Cependant, promettre le changement peut aussi se libeller différemment que faire "autre chose", mais plutôt en soulignant que l''on fera "différemment", voire simplement que l''on fera ! Sous entendu compréhensible de bcp..

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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