Non, Hadopi n'est pour rien dans la baisse du piratage
Période électorale oblige, les différents protagonistes s'expriment sur les mesures symboliques du quinquennat de Nicolas Sarkozy et, parmi elles, figure la loi Hadopi et l'institution qui fut créée pour lutter contre les téléchargements illégaux.
Récemment, des voix se sont élevées dans le monde de la création pour saluer l'initiative du président Sarkozy et affirmer, chiffres à l'appui, que le piratage avait baissé en France. il n'a pas fallu attendre très longtemps avant que les membres du camp présidentiel attribuent ces bons chiffres à la mise en place de la Hadopi. Pascal Nègre, patron de Universal Music Europe a accordé une interview à l'excellent magazine Challenges dont je reproduis ici certains propos : "Le plus dur est derrière nous. Les ventes numériques ont une progression très rapide, + 25% en 2011, et les ventes de disques n’ont baissé que de 8%. Cela permet de limiter l’érosion du marché aux alentours de -3%." "Hadopi a le grand mérite d’avoir convaincu un grand nombre d’adeptes du "peer to peer" d’acheter leur musique, de façon pédagogique, sans trainer des jeunes devant les tribunaux" Il y a quelque chose qui me gène dans ces propos. C'est l'amalgame qui est fait entre une tendance positive et la création de la Hadopi, comme s'il y avait un lien de cause à effet entre les deux. Je ne le crois pas une seule seconde. En dehors de l'affection que je porte à Eric Walter qui dirige la Hadopi et qui est un véritable pro de l'Internet, ma conviction est que ce n'est pas la haute autorité qui a réglé le problème (si tant est que le problème soit réglé) mais la communication que l'on a fait autour de sa mise en place. A force de rabacher que télécharger n'était pas bien, que c'était un délit, que les artistes y perdaient leurs chemises, on a sensibilisé des millions de familles en France et, peu à peu, la question est arrivée dans les conversations au sein du foyer. Je prétends que ce n'est pas Hadopi qui a rempli sa mission mais tout le dispositif de communication qui a entouré sa création puis son installation. Si ce que je dis est vrai, c'est la preuve que l'éducation est plus forte que la répression. Car la communication participe au devoir d'éducation quand la répression n'est en réalité qu'une supercherie. Hadopi est une armée de gendarmes armés de pistolets à eau mais ils n'ont pas eu besoin d'intervenir puisque les gens ont peu à peu compris que la légalité était préférable à l'illégalité. Cette histoire m'inspire deux morales. La première est que les gens sont beaucoup plus honnêtes que les pouvoirs publics s'obstinent à le prétendre communément. La deuxième est que ce n'est pas le gendarme qui règle les problèmes mais l'information que l'on diffuse. . Pour le reste, la politique de Nicolas Sarkozy est toujours obscure en matière de développement du numérique en France et ce n'est pas en s'obstinant à se fantasmer en policier du net qu'il pourra faire avancer le numérique (légal) en France. Rédigé par Christophe Ginisty le Jeudi 2 Février 2012
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