Christophe Ginisty

Nuit debout : chronique d'une fin programmée


Rédigé le Jeudi 28 Avril 2016



J’ai longtemps hésité avant d’écrire une note sur le mouvement Nuit Debout qui est né de la contestation contre la loi travail et s’est installé symboliquement sur la place de la République à Paris.

Je dois vous dire que le sujet m’a inspiré à de très nombreuses reprises, sans que je sache vraiment quoi en penser.

Il y eut tout d’abord le révolutionnaire qui ne sommeille jamais trop longtemps en moi, l’activiste conscient de l’urgence d’une profonde remise en cause des piliers de nos vies politiques qui fut assez ravi de voir des français tenter de mettre leur intelligence en commun pour donner naissance à un monde meilleur, aussi utopique soit-il.

Mais il y eut aussi le spectateur critique, qui ne dort jamais que d’un œil et qui ne put s’empêcher de se désoler de l’infinie naïveté des participants, rassemblés sous la promesse d’un idéal démocratique égalitaire, heureux d’agiter les bras au-dessus de leurs têtes comme les enfants miment les marionnettes, convaincus de l’éventualité de partir d’une virginale feuille blanche, citoyens libres et apolitiques revendiqués mais en réalité prisonniers involontaires d’un projet extrémiste et intolérant dont l’exégèse a éclaté dans les propos  choquants d'un Frédéric Lordon galvanisé par sa soudaine notoriété. En faisant le tour du net, cette nuit a vu le jour.

Je pense que certains sont sincères et ont nourri réellement l’espoir de participer à l’édification d’un nouveau projet qui passerait par l’écriture d’une nouvelle constitution, la théorisation de nouveaux rapports sociaux, un monde meilleur maladroitement symbolisé par ces dalles de béton rapidement descellées pour y faire pousser je-ne-sais quoi. Sous les pavés, les courgettes ?

Bien sûr qu’il faut inventer une nouvelle société mais peut-on le faire par des prises de parole de deux minutes en mode tweet qui réduisent la pensée créative à un fast-food idéologique, sans structure, sans projet, sans leader mais aussi sans l’autorité nécessaire pour bannir ceux qui entendent profiter de la situation pour tout péter dans le quartier ? S’il faut un service d’ordre, ce n’est pas pour virer un philosophe médiatique aussi réac soit-il mais pour empêcher que des crétins s’écartent de la nécessité d’une refondation pour se shooter à l’adrénaline d’une baston générale.

Et puis, de vous à moi, j’en ai assez que les seuls mouvements citoyens significatifs soient animés par des gens qui sont contre quelque chose et ne se rassemblent pas sur une vision positive, qui ont besoin de l’indignation préalable et un peu facile contre un pouvoir fébrile et impopulaire aux projets de loi mal construits.

C’est tellement facile d’être contre mais tellement exigeant de créer quelque chose. Je n’irai surtout pas cautionner les propos scandaleux de Nicolas Sarkozy qui déclarait dernièrement que les gens de Nuit Debout n’avaient rien dans la tête. Je dirais pour ma part, qu’ils n’ont encore rien formulé de constructif et potentiellement durable.

Moi aussi, je suis contre plein de choses : les racistes, les intégristes, les populistes, les despotes, les pédophiles, les cumulards, les professionnels de la profession, les méchants, le public qui se « Cyril-Hanounase », les taxis parisiens, les hooligans, les gens qui restent à gauche dans les escalators, les chaussettes dans les sandales, les baskets à talons compensés, les endives au jambon,… Cela définit-il ce à quoi j’aspire ? Non, pas vraiment !

Je le confesse (et je l’ai même écrit en haut de la colonne de droite, c’est vous dire si j’en suis conscient depuis un bon bout de temps), je suis un idéaliste compulsif. Je suis convaincu que le mouvement qui réussira à produire un changement profond dans nos sociétés sera celui dont la puissance évocatrice mobilisera les envies, au-delà de nos indignations légitimes, qui parlera à ce qu’il y a de meilleur en nous plutôt que de raviver le pire.

Peu importe qu’il dorme ou non de la nuit, qu’il se tienne assis, accroupi ou debout, il évoquera l’envie de regarder plus haut et surtout plus loin. Il élèvera les consciences au lieu de les cliver.

A suivre (en tout cas j'espère)...

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Commentaires articles

1.Posté par Jean-Pascal le 29/04/2016 07:40
tout pareil...à part pour les endives au jambon

2.Posté par Christophe Ginisty le 29/04/2016 07:55
On dit les chicons là où j'habite :-)

3.Posté par gaudin christian le 26/05/2016 10:55
plat du jour = 49.3
béchamel (onctueuse et appétissante)= campagne de séduction
jambon (goût commun)=débat parlementaire
endive ( composé à 95% d'eau ;5% de matière nutritive,amère)= décret d'application

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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