On & Off de la semaine : Première édition



On & Off de la semaine : Première édition
Désormais et chaque vendredi (enfin, j'essayerai de m'y tenir), je vous proposerai sur mon blog les tops et les flops de la communication de la semaine.

Il s'agira de revenir quelques instants sur ce qui m'a marqué de positif et de négatif dans l'actualité récente sous l'angle exclusif de la communication.

Le propos ne sera pas de débattre du fond mais plutôt de s'intéresser à la mise en oeuvre réussie ou ratée des messages.

Ce sera mon point de vue, rien que mon point de vue, avec toute la subjectivité et la perfectibilité qui vont avec. 

Le "On" de la semaine : la communication de Facebook

Lundi 15h30, un article sur le site du journal Métro allume la flamme et fait le tour du web à une vitesse record : il y aurait un bug sur Facebook qui aurait pour conséquence embarrassante de rendre publics des messages privés échangés au cours des années 2007/2008.

Le journal n'emploie même pas le conditionnel et affirme, péremptoire : "A Metro, nous avons constaté depuis 14h30 que des messages privés anciens, datant de 2007, 2008 et 2009, apparaissaient désormais directement dans la Timeline des utilisateurs. Ces échanges, destinés à rester entre deux personnes ou un groupe de membres sont donc désormais accessibles à l'ensemble des amis et connaissances sans que le propriétaire du compte n'ait fait une quelconque manipulation pour accepter ce changement d'état..."

La nouvelle se répand dans toutes les rédactions. Panique instantanée de millions d'utilisateurs et prise de parole quasi-immédiate de deux ministres du gouvernement, Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin pour dénoncer une préoccupante atteinte à l'intégrité de la vie privée. La CNIL se saisit de l'affaire et convoque les responsables du réseau social pour le lendemain. Bref, en quelques heures, l'hexagone s'emballe de manière totalement délirante.

Face à ce qui s'apparente à une crise éclair, Facebook va faire preuve d'un sang-froid remarquable.

Non seulement l'entreprise est sûre de con coup (ce que les gens prennent pour un bug n'est rien d'autre que la conséquence d'une évolution des règles de sécurité au fil des années) mais elle ne panique à aucune moment magré la déferlante d'attaques dont elle est immédiatement la cible.

C'est mon "On" de la semaine car très peu d'organisations auraient été capables d'un tel sang-froid. La plupart des organisations accusées même à tort d'une faute, villipendées par des membres du gouvernement auraient eu le réflexe de se justifier, de proposer des réponses alambiquées et complexes qui les auraient un peu plus enfoncées dans la culpabilité présumée.

En n'en faisant pas trop et en adoptant une attitude calme et ferme, en se contentant d'expliquer l'origine de la confusion, Facebook a contraint les "accusateurs" à se raviser eux-mêmes et à faire éclater la vérité sur ce qui s'était réellement passé.

Même si Facebook n'est pas un modèle de respect de la vie privée (j'en conviens), cette gestion de crise a été remarquablement orchestrée. Bravo !

Le "Off" de la semaine : Montebourg sur Sanofi

Lors de l'annonce, en début de semaine, du plan social opéré par Sanofi, Arnaud Montebourg a eu cette phrase catastrophique pour marquer, disait-il, sa satisfaction : "Je note qu'ils (Sanofi) ont suivi les recommandations du gouvernement"

Licencier 900 personnes, une recommandation du gouvernement ? Quand on est une entreprise qui fait des milliards d'euros de bénéfices et que l'on reçoit ainsi les félicitations d'un ministre de gauche chargé précisément du redressement de l'industrie, il y a là comme une incohérence de taille.

D'ailleurs, tous les observateurs ont été choqués par ce satisfecit, d'autant plus que le même Montebourg n'avait pas eu de mots assez sévères pour dénoncer le plan social chez PSA, alors que groupe automobile n'est absolument pas dans la même situation que le groupe pharmaceutique.

L'incohérence du ministre fut parfaitement résumée par Axel de Tarlé sur Europe 1, mercredi dernier (voir la vidéo ci-dessous).

Bien sûr, ce que voulait exprimer Montebourg est que le plan social de Sanofi aurait pu être beaucoup plus grave sans son intervention personnelle et que, lors des premières discussions avec le gouvernement, il était question de plusieurs milliers de personnes.

"Ils sont arrivés au mois de juillet dans mon bureau avec un projet de 2.500 destructions d'emplois. Je leur ai dis 'Quand vous gagnez cinq milliards de profits (...) vous ne pouvez pas détruire 2.500 emplois" avait-il déclaré sur BFM TV.

Peut-être, mais c'est là que la communication prend toute son importance.

Les gens n'ont que très rarement la connaissance complète d'un dossier et il faut toujours se méfier d'une prise de parole dans ce genre de situations. 

Tous ceux qui s'expriment publiquement doivent avoir une règle bien en tête : toute prise de parole sera sortie de son contexte. Il faut choisir ses mots en étant parfaitement conscient de cela.

D'ailleurs, le Ministre n'a pas tardé à faire machine arrière et à tout faire pour que l'on oublie sa gaffe. En tentant de rappeler pourquoi il avait dit ça, il fait depuis le milieu de semaine le tour des rédactions pour dire qu'il estime, avec tout le gouvernement, que "c'est encore trop."

Quoiqu'il en soit, cela mérite amplement mon "Off" de la semaine.

A vendredi prochain !

Rédigé par Christophe Ginisty le Jeudi 27 Septembre 2012

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Christophe Ginisty

Commentaires articles

1.Posté par Frédéric-Michel Chevalier le 28/09/2012 16:13
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Salut Christophe,

J'adore l'idée de ce nouveau rendez-vous hebdomadaire et je salue en toi cette passion qui fait, qu'après plus de 8 ans de blogging (tu étais parmi les premiers), ton imagination et ta créativité sont restées intactes. On n'est pas d'accord sur tout, mais c'est toujours avec grand plaisir que je lis tes analyses et j'apprécie ton franc parler, ton engagement et ta façon d'alimenter le débat. Ta principale qualité étant d'aiguillonner, de bousculer la pensée unique, sans jamais tomber dans le trash ni la provocation.

En ce qui concerne ton "On" de la semaine... Tout est dit. Je pense que cette affaire devra figurer dans les cas d'école pour alimenter nos interventions diverses sur la gestion des crises 2.0. Personnellement, je ne pense pas que les médias sociaux aient remis en cause les fondamentaux de la communication de crise. Les principes brillamment (et bruyamment) énoncé par André de Marco (ancien Dircom de Rhône Poulenc et évangélisateur de la communication de crise) au début des années 90 sont toujours aussi vrais. En revanche, le rapport au temps s'est considérablement accéléré et, avec lui, la pression, le stress.

Dans une société où la communication se gagne sur le terrain de l'émotion, il ne suffit hélas plus d'avoir raison pour emporter l'opinion. Il est clair qu'aujourd'hui, il est de bon ton de taper sur Facebook et de tout mélanger : le cours de bourse, le délit d'initiés, le désamour du public... L'occasion était trop belle pour allumer instantanément un bad buzz, amplifié immédiatement par les médias traditionnel. La communication de crise impose désormais réagir très vite, en temps réel, et ne pas se tromper de message, ni sur le ton, ni sur la forme. Dans cet exemple tu pointes donc la qualité plus que jamais essentielle pour faire face aux crises sur les médias sociaux : le sang froid !

Bon week-end !

2.Posté par Christophe Ginisty le 28/09/2012 17:18
Merci beaucoup, Fred, pour ton commentaire ! Cela me touche beaucoup.

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