Participez avec David Abiker à l'enterrement de la finance mondiale


Rédigé le Jeudi 16 Avril 2009


Participez avec David Abiker à l'enterrement de la finance mondiale
On ne présente plus David Abiker, auteur, journaliste, chroniqueur sur France info et plein d'autres choses encore. A l'occasion de la sortie de son prochain livre, le Dictionnaire posthume de la finance mondiale, David Abiker a ouvert un blog (http://davidabiker.typepad.fr/dicoposthumefacts) sur lequel il a demandé à quelques blogueurs d'écrire la définition à leur manière d'un mot lié à cette funeste finance.

Si vous souhaitez y participer à votre tour, rien de plus simple, envoyez lui un message et proposez votre définition.

J'y ai participé en donnant une définition de "T comme trader". Voilà ce que j'ai écris :

Marionnettiste des bourses en folie, le trader est un animal à sang bordeaux, 1er grand cru classé, outrageusement riche du fait de jouer très vite avec l'argent des autres en pariant alternativement sur la montée ou la chute d'une valeur cotée quelque part, pourvu qu'elle soit cotée. Le trader est le triste symbole d'une époque où celui qui gagne n'est ni celui qui produit ni celui qui transforme, ni même encore celui qui fait du bien à ses congénères.
Habitant dans une grande ville où l'on parle anglais, il vit en loft avec une belle femme très dépensière qui s'habille aussi en Prada, a un ami psy, au cas où, cultive le costume sombre, s'assoie à son bureau avec une grande tasse d'un demi litre de café filtré pour tenir plus longtemps les yeux ouverts sur ses écrans, aime et comprend les chiffres comme d'autres la poésie de Rimbaud, vend et achète plusieurs fois par jour l'équivalent du PIB du Soudan en moins de temps qu'il n'en faut aux réfugiés pour aller trouver un point d'eau.
Malgré son rôle essentiel dans le fonctionnement de la finance mondiale, le trader n'est pas un héros. On ne le connaît que quand il se plante ou quand il arnaque. Ou bien les deux. C'est souvent les deux. Ne comprenant pas qu'on puisse le stigmatiser et lui refuser ses bonus, lui qui a parfois rapporté à sa banque nouricière plus d'argent que l'épargne totale des comptes de dépôts du petit peuple, il déambule désormais comme une âme en peine dans les rues de sa grande ville, contraint de laisser au placard ses costumes rayés hors de prix pour porter des jeans et des baskets et redevenir, le temps d'un plan de relance, un passant comme les autres.


               Partager Partager

Christophe Ginisty
Notez

Commentaires articles

1.Posté par Pierre Guillery le 17/04/2009 00:38
Hey Christophe, je ne savais pas que tu avais une expérience suffisante du monde des traders pour en parler avec ce bel aplomb. J'ai lu ta contribution. Hum... Curieux, j'ai été voir sur le blog d'Abiker cette idée de "Dictionnaire", pour mieux comprendre cette histoire d'enterrement de la finance.

Ben voilà : je ne comprends rien. Je me demande à quoi Abiker veut en venir, en sollicitant des gens qui reproduisent des idées reçues. Parce qu'à part celui de Maitre Eolas, j'ai trouvé des billets manifestement écrits par des gens qui manipulent les poncifs - parfois avec raison sur le fond, mais poncifs quand même. Comme j'essaie de ne pas m'emporter à propos de sujets que je ne connais pas, je vais en rester aux traders, donc - parce qu'il se trouve que je le connais pas mal. J'ai été teneur de marché chez Bankers Trust entre 1990 et 1992, à Paris (MONEP) et à Londres (LTOM) et assistant du patron d'une trentaine d'agents de change chez Indosuez auparavant. Je connais ce monde de l'intérieur, et de l'extérieur.

Je dois dire que ça fait bien longtemps que je n'avais pas lu un tel concentré de lieux communs sur "les traders" ; quelques éléments solides égarés au milieu d'un scénario digne du Bucher des Vanités. (Toi aussi, tu voulais en venir où en écrivant cela ? Pourtant, tu as sans doute des copains ex-traders, Christophe, qui auraient pu t'aider à mieux viser. Surprenant.) Mais je ne suis pas sur que cela soit très utile de s'attaquer à des idées reçues, surtout en ce moment. Quoique.

Parce que les gens, tes lecteurs, gagneraient sans doute à mieux comprendre ces traders dont tu parles - dans la vraie vie. D'abord, la définition. Il y a deux sortes de "traders". Les vrais et les faux, c'est-à-dire les brokers. Un broker achète ou vend pour le compte d'un client, et gagne une commission. En théorie, il ne prend aucun risque. (J'ai toujours trouvé que c'est un job sans intérêt, très con pour tout dire.) En fait ces brokers sont des vendeurs (d'ailleurs en anglais, la langue des traders, n'est ce pas, on parle de salesman) et AMHA (IMHO en VO) leur seule valeur ajoutée c'est leur carnet d'adresse - et leur bagout. Surtout maintenant que les criées sont automatisées.

Les traders, les vrais, sont des teneurs de marché : les gens qui fournissent la liquidité aux acteurs de l'économie "réelle". Ils prennent des "positions" ; à la hausse, à la baisse, souvent en même temps dans des combinaisons déterminées par leurs "positions de risque" - en fonction de la "volatilité" qu'ils ont vendu. Ils sont rémunérés par la différences entre l'offre et la demande, vu que parfois ils sont l'offre et parfois ils sont la demande. Les teneurs de marché ne prennent jamais partie, ils sont toujours "en face" de quelqu'un qui veut jouer à la hausse, ou à la baisse, ou, etc... En gros, ils vendent un service - comme les gens qui vendent de la communication, ou ceux qui organisent les relations de presse.

Tu as raison, Christophe, ces vrais traders s'éclatent ; ils aiment le risque (plus que les chiffres) et travaillent avec - en même temps ils les comprennent. Contrairement à ceux qui leur donnent des ordres : les chefs d'équipe, les patrons, les (soit-disants) controlleurs qui ne controlent rien parce qu'ils ne comprennent rien. Le problème central c'est le contrôle des risques, et la régulation des activités de trading - pas le comportement individuel des traders. C'était déjà arrivé avec Barings, il y a longtemps : une position "erreur" (connerie de trader) qui devient un gouffre (absence de gestion des patrons de l'équipe) et qui finit par faire exploser la banque (les boss de la banque ne savent pas ce qu'est la volatilité, ennuyeux).

Le problème ce sont les types qui décident de commercialiser des produits "innovants" auxquels ils ne comprennent pas grand chose (souvent inventés par des génies des maths français, d'ailleurs) simplement parce que les commissions sont juteuses - et que les produits en question sont "non régulés". Enfin bref, tout ça est beaucoup, beaucoup plus compliqué que tu ne le décris, Christophe.

Quant à la vie des traders, elle, est souvent plus simple et moins glamour que tu ne l'écris. Bien sur, certains ressemblent (et ressemblent toujours, d'ailleurs...) aux caricatures. Mais la plupart, non. Dans mon expérience, on rencontre des tas de gens atypiques, plutôt . M'enfin... En général, on n'a pas de bureau, mais plutôt un bout de desk encombré devant des écrans (là, rien à dire, on a bien des écrans). Mais bon... A propos, tu aurais aussi pu évoquer la poudre blanche et les gays dans ta vision du monde du trading. Ca aurait rajouté aux poncifs, mais au moins ça aurait été un peu plus vrai. Bon, enfin voilà, juste dans mon expérience...

Désolé d'être abrupt : cela fait 20 ans que j'entends des âneries sur les traders, alors voilà.

A mon avis, retenons que le problème est (et reste, malgré les gesticulations du G20) dans l'absence de compréhension des risques, des produits financiers qui portent ces risques, et dans l'absence de régulations qui en découle. A cela se greffent des gens sans scrupules (la nature humaine), et d'autres qui ne savent pas prendre leurs responsabilités (idem), les conflits d'intérêts, etc. Enfin, voilà, tout ça est compliqué.

Et puis, l'enterrement attendra. Mr Abiker a t'il remarqué la remontée des marchés récentes, et les résultats de quelques banques ? L'économie a besoin de financement. Un marché ça bouge, et aussi longtemps qu'il y a aura des marchés, il y a aura des teneurs de marché. Il vaudrait peut être mieux chercher les responsables du merdier actuel là où ils sont...

2.Posté par Christophe Ginisty le 17/04/2009 07:49
Pierre -> Il t'a sans doute échappé que le projet de David Abiker (comme de moi-même d'ailleurs dans ma petite contribution) n'était pas de réécrire le Larousse ni même un manuel académique pour les doctorants de Dauphine. C'est volontairement irrévérencieux et décalé et je crois bien que c'est fait exprès.

Maintenant, tu pourrais t'en assurer en contactant directement l'auteur, je t'ai indiqué son e-mail.

3.Posté par mry le 17/04/2009 07:59
Merci !... Je suis très content que tu relaies et que tu aies participé à notre opération.

4.Posté par Pierre Guillery le 17/04/2009 09:38
@ Christophe et Emery : Assurément je n'ai pas le sens de l'humour - ou pas celui de cet humour là (mais ça arrive, bien sur). Touché, donc.

Mais avouez bien : ce n'est pas en lisant l'intro d'Abiker, ni la tienne Christophe, qu'on comprend que c'est de la "déconne à plein nez". Décalé, ça c'est sur. Mais pas très clair. Et un doute me vient : j'attends la sortie du bouquin, le 7 mai, pour savoir si cette "opération", comme dit Emery, n'est pas plutôt un coup de promo pour ledit bouquin (question : c'est une farce le bouquin, ou pas? parce que publié chez Eyrolles, ça m'étonnerait, ils publient rarement des recueils de plaisanteries, non?), en appuyant sur des boutons dont on sait qu'ils seront efficaces, avec la coopération des "bloggeurs influents" dont Abiker se doutait bien qu'ils diraient ce qu'ils ont dit (sauf Eolas).

M'enfin, pour l'instant, cette remarque n'est qu'un procès d'intention, je sais... :) Sauf pour ceux qui ont lu le bouquin. Vivement le 7 mai ! Curieux...

Toujours est-il que les trucs "décalés, dans la déconne" sur des sujets graves qui impactent beaucoup de gens en ce moment, je me demande si c'est une bonne idée. Moi, je me suis senti touché pour des raisons que je suis sans doute seul à comprendre, donc ça n'a aucune importance. Mais peut être les gens qui ont perdu un job (Mittal...), ou leurs économies (Natixis...) vont réagir au quart de tour. Bon, sauf que sans doute ces gens là ne lisent pas le blog de Christophe remarquez, donc ce n'est pas grave...

Retour au buzz. Mettons que "ça a fonctionné" vers moi, car je m'intéresse maintenant à ce bouquin dont je n'aurais jamais eu l'occasion d'entendre parler autrement (un parmi les 742 titres publiés ou à venir sur la crise). Mais je ne vais pas l'acheter, juste le feuilleter - pour être en mesure de confirmer/infirmer (ici !) que c'était bien une farce... :) [Contrairement à celui de Versac, tiens Emery, que j'ai acheté et partiellement lu : un peu académique, mais très futé je trouve...].

Allez, vive le marketing viral sur les blogs !

5.Posté par Christophe Ginisty le 17/04/2009 10:03
J'ai aussi acheté le bouquin de Versac qui doit m'être livré aujourd'hui normalement.

6.Posté par aude nectar le 21/04/2009 22:12
Tout à fait, j'ai compris aussi que c'était volontairement décalé, sans cela je n'aurais pas choisi et écrit de cette façon sur la lettre Q comme...
Merci pour l'info sur Versac, je lisais son blog, je compte acheter son bouquin.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Boulot | Web 2.0 | Analyse | Coups de com | Nouveautés | Chiffres clés | ReputationWar | Communication de crise