Christophe Ginisty

Petite chronique d'un premier jour en Iran


Rédigé le Mercredi 23 Octobre 2013



Petite chronique d'un premier jour en Iran
Ne cherchez pas mes tweets ni mes statuts sur Facebook, je n'y ai pas accès depuis que je suis arrivé hier à Téhéran pour une visite de deux jours à l'occasion d'un symposium sur le thème "Intelligent Public Relations" que j'ai l'honneur de co-présider en ma qualité de président de l'IPRA (International Public Relations Association) pour l'année 2013 (cette note génèrera automatiquement un tweet et un statut Facebook du fait des réglages de la plateforme sur laquelle j'héberge mon blog). 

On ne va pas en Iran tous les jours, me suis-je dit quand j'ai pris l'avion au départ de Paris. D'ailleurs, je n'y étais jamais allé et j'avoue que j'étais piqué d'une curiosité inédite en m'envolant pour ce pays au centre de l'actualité du Moyen-Orient depuis la fin des années 70. 

Je m'y rends dans des conditions privilégiées, certes, et pour une trop courte durée pour avoir réellement le temps de découvrir le pays et toutes ses richesses. Cependant, je crois qu'il est assez instructif d'y être au coeur d'une conférence sur la communication, tant la communication, débattue par ceux qui en sont les artisans, exprime l'époque et en révèle ses aspérités. 

Cette conférence rassemble entre 500 et 600 personnes qui sont toutes responsables d'une fonction communicante au sein d'organisations iraniennes. Très peu de participants viennent d'autres pays selon les organisateurs. 

Oui, selon les organisateurs car, pour la première fois de ma vie de conférencier, il ne m'est pas recommandé de m'adresser directement au public et d'aller échanger avec eux. Je suis accueilli dans une salle "VIP" donnant directement accès aux coulisses de l'amphithéâtre qui accueille la réunion. A chaque pause, je suis invité à retourner dans cette salle pour me détendre, y prendre un café ou d'autres rafraîchissements en attendant que la conférence reprenne. 

Dans le même esprit, les prises de parole ne sont pas suivies d'échanges avec la salle mais de remarques du "comité scientifique" : un groupe d'individus, pour la plupart professeurs d'université, garnit une table installée sur scène à côté de l'orateur et, à l'issue de chaque intervention "keynote", ce sont ces experts qui esquissent un résumé de ce qui vient d'être dit et questionnent éventuellement l'orateur en question. 

Aucun bruit dans la salle, aucune main qui se lève, aucune interaction durant les pauses. C'est une atmosphère très spéciale, infiniment studieuse et rigoureuse. 

Hier, une oratrice anglo-canadienne a fait un speech sur les joies de la communication moderne et sur le fait que les réseaux sociaux avaient changé la donne (sujet et approche classiques) et un membre du comité scientifique lui a posé cette question fort à propos : "Mais comment fait-on quand on est privé et que l'on n'y a pas accès ?"

La privation, voilà bien une chose qui saute aux yeux quand on arrive en Iran. Oh, je ne parle pas des privations issues du suivi scrupuleux de règles de vie religieuse, mais de ces privations issues de l'embargo imposé par le reste du monde. On ne le ressent partout. 

Pas uniquement dans cet hôtel qui affiche fièrement ses étoiles mais dont la déco est restée figée au temps où l'on pouvait commercer avec l'occident et où son nom était avantageusement accolé à celui d'une chaîne américaine d'hôtellerie de luxe. Les privations sont dans toutes les conversations et c'est un leitmotiv qui suscite la réflexion à chaque instant. 

Mon propos n'est évidemment pas de discuter du bienfondé de cet embargo ni de tenir ici un discours politique, mais du strict point de vue de la communication, définir des stratégies d'expression et d'influence dans un tel contexte relève de la gageure. Et je suis moi-même assez embarrassé de faire une présentation des enjeux de la communication digitale à des gens qui n'ont pas la chance de disposer librement des mêmes ressources.

C'est une leçon d'humilité pour moi. C'est encore plus fort que de faire une présentation devant des gens ignorants de la matière que vous traitez. Car ces gens-là n'ignorent rien de ce que vous leur dites, ils n'ont tout juste pas les moyens techniques de pratiquer autant qu'ils le voudraient. 

On s'habitue tellement à la technologie que l'on oublie tout le temps comment était la vie avant. On s'habitue tellement à la puissance de feu des réseaux sociaux et à la vitalité bruyante des conversations que l'on n'a plus la moindre idée des moyens de faire de la communication d'influence sans ces outils. 

Ce matin, je vais tenter dans ma présentation de montrer que j'ai compris leurs enjeux. Et j'attendrai avec impatience les questions... du comité scientifique. 

A suivre...

               Partager Partager
Notez


Lu 1602 fois

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Privé | Politique | Destinations | Inclassable | Livre | Pensées | Mon blog | Mémoires | IPRA | Conférences



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme https://t.co/V33ua6UkFn
Mardi 6 Décembre - 11:39
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme: Hier soir, j’ai regardé attentivement la... https://t.co/RNF0sSpEt4 https://t.co/chZ53Eo2YO
Mardi 6 Décembre - 10:11
En même temps, il parait que réduire de 20km/h la vitesse à Paris, ça revient à aller en marche arrière https://t.co/ouRNnfcfV9
Lundi 5 Décembre - 13:21
@PolitiqueInfo au contraire, je trouverais ça très malin
Lundi 5 Décembre - 12:49
Allez, je parie sur Najat Vallaud Belkacem pour remplacer @manuelvalls à Matignon @najatvb
Lundi 5 Décembre - 12:39
Fait pas chaud en moto https://t.co/DFdoxOWc5O
Lundi 5 Décembre - 08:47

Recherche