Christophe Ginisty

Politique : que disent tous ces renoncements ?


Rédigé le Mercredi 6 Juillet 2016



Curieuse semaine que celle que nous venons de vivre au niveau politique marquée par une série de renoncements de la part de personnalités pourtant porteuses des espoirs de leurs supporters respectifs.

Même si l’on ne peut comparer les sensibilités et les aspirations, nous venons tout de même d’enregistrer la décision de Nicolas Hulot de ne pas se présenter à l’élection présidentielle et, outre-manche, les abandons consécutifs de Boris Johnson et de Nigel Farage.

S’il est tout à fait clair – et je le redis pour éviter toute pollution de mon propos – qu’on ne peut comparer idéologiquement les partisans populistes du Brexit et l’activiste écologique, il est tout de même possible, selon moi, de voir quelques similitudes dans cette séquence du point de vue de la communication.

Il y là en effet, l’affirmation d’un refus de leadership, comme si ce dernier était trop lourd à porter. Or, le leadership est la première des responsabilités politiques. 

Nicolas Hulot l’a écrit dans son communiqué de presse :
Ce que je ne peux pas, c'est endosser l'habit de l'homme providentiel et présidentiel. Je ne me sens ni suffisamment armé, ni suffisamment aguerri pour cela » alors même que le besoin est là comme sa prose le précisait en amont : « Ce que je vois, c'est une société inquiète, fragmentée et désabusée par les crises qui la traversent et par l'absence de réponse politique. Mais ce que je vois aussi, c'est un élan pour inventer un monde meilleur, plus juste et solidaire. 
Dans les cas de Farage et Johnson, même si les mots sont moins lyriques, on ressent aussi le même aveu d’impuissance face à l’ampleur de la tâche, ces deux-là se satisfaisant d’avoir foutu le bordel, érigeant le chaos qu’ils ont provoqué au rang de l’accomplissement d’une vie.

Ces trois séquences sont très fortes et en disent long sur l’état de nos démocraties. Elles sont à contre-courant de la dialectique politique traditionnelle où les prétendants se bousculent au portillon pour nous faire croire qu’ils ont les épaules pour être les hommes de la situation et sauver le monde.

Mais ces postures ne sont pas pour autant nouvelles et nous devons nous souvenir des renoncements de Raymond Barre et Jacques Delors dans les années 90.

L’ancien Premier Ministre de Valery Giscard d’Estaing fut tenté par l’aventure présidentielle mais y mit un terme en 1995 par une communication laconique qui rappelle celle de Nicolas Hulot :
« Les conditions ne me paraissent pas, à l’heure actuelle, réunies pour la mise en œuvre de la politique que je crois nécessaire pour la France. J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. Je souhaite en outre ne pas compliquer une situation politique complexe et confuse. Je n’ne continuerai pas moins à suivre avec vigilance l’évolution de la France dans le seul souci de l’intérêt général. »
Le communiqué de Jacques Delors lu sur le plateau de l’émission d’alors, 7sur7, reprend cette inspiration.
Extraits : « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle (…) je crois que mon pays a besoin de profondes réformes, notamment pour rénover la démocratie, encourager la participation des citoyens, lutter contre le chômage et l'exclusion, et donc rétablir le lien social, assurer la cohésion de notre pays, sans oublier le caractère vital pour la France de demeurer l'inspiratrice d'une Europe puissante et généreuse à la fois (…) La question qui se posait à moi était dès lors de savoir si, dans l'hypothèse où je serais élu président de la République, j'aurais la possibilité et les moyens politiques de mener à bien ces réformes indispensables. Après avoir longuement réfléchi et consulté, je suis arrivé à la conclusion que l'absence d'une majorité pour soutenir une telle politique quelles que soient les mesures prises après l'élection, ne me permettait pas de mettre mes solutions en œuvre. »
Ce qui est désespérant à chaque fois dans cette succession d’aveux anticipés d’impuissance est qu’ils portent en eux les germes de la trahison de l’opinion publique, comme si celle-ci ne comptait pas (ou pas assez). Delors et Barre étaient au top de leur popularité, Farage et Johnson étaient auréolés d’avoir fait triomphé leur combat, quant à Hulot, il jouissait d’une formidable affection populaire et était crédité d’un niveau élevé d’intentions de votes.

Ces renoncements sont également l’illustration d’un certain manque de courage, sans doute inspiré par un principe de réalité qui fait prendre conscience à l’homme politique que c’est peine perdue que de se lancer dans l’arène, mais absolument détestable à assimiler lorsque l’on est un simple citoyen animé par des idéaux démocratiques purs et porté par l’espoir que le combat politique peut faire émerger un monde meilleur.

Ce que tous les candidats putatifs devraient comprendre, c’est que la victoire n’est pas la seule chose qui puisse compter. Le combat en lui-même est vertueux.

Abandonner car on comprend que l’on ne gagnera pas, c’est fondamentalement renoncer à donner de l’importance à ses convictions en refusant de les porter pour qu’elles soient au cœur du débat public dans des confrontations publiques hyper médiatisées que la campagne provoque inévitablement.  

Abandonner ainsi, ce n’est pas uniquement renoncer à la victoire, c'est renoncer à ses idées. On ne peut leur donner corps en restant sur le bord de la route (et les histoires de Barre et Delors le confirment). 

Il nous reste à espérer que ceux qui iront à la bataille auront quelque chose de fort à nous proposer. Je n'en suis pas si sûr mais nous verrons. 

A suivre…
 

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Commentaires articles

1.Posté par Jean-Pascal le 06/07/2016 17:38
que ce soit pour Farage comme pour Hulot ils savent bien qu'ils peuvent être des générateurs de prise de conscience, pour l'un que l'Europe est depuis le début parti sur des mauvaises bases impossibles à rattraper sauf à repartir de 0, ce qui est mon avis, et pour l'autre que nous sommes en train sacrifier nos enfants et les leurs en pillant nos ressources avec une vision court termiste suicidaire.
Ils savent aussi la force de la sphère financière et industrielle qui pilote politiques et media et son jusquauboutisme s ils arrivaient à devenir autre chose que des faires valoir ou des poils à gratter

2.Posté par Gissinger le 20/07/2016 07:20
Merci de cette phrase qui me fait réfléchir
"Abandonner ainsi, ce n’est pas uniquement renoncer à la victoire, c'est renoncer à ses idées"

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