Christophe Ginisty

Pourquoi Nicolas Sarkozy n'est-il plus audible sur la crise économique ?


Rédigé le Mardi 24 Mars 2009

Ce soir, le Président de la République va tenter de faire de la pédagogie et d'expliquer une nouvelle fois sa politique économique pour lutter contre la crise. Le problème, c'est que la voix du président n'est plus écoutée et que son message a été décrédibilisé. Pourquoi ? Je pense qu'il y a trois raisons à cela.



Pourquoi Nicolas Sarkozy n'est-il plus audible sur la crise économique ?

Le Président de la République a trop parlé

Il suffit de se rendre sur le site de l'Elysée pour s'apercevoir que, depuis le début de l'année, Nicolas Sarkozy a prononcé très exactement 26 discours ayant une portée de politique intérieure (j'ai compté moi-même en prenant soin d'exclure toutes les interventions faites à l'étranger lors de visites officielles ou de sommets internationaux). Ce soir, nous aurons droit au 27ème discours en 83 jours, ce qui donne environ un discours de politique intérieur tous les trois jours.

Ce phénomène bien connu des professionnels de la communication s'appelle la saturation. Trop d'infos tue l'info et l'opinion publique ne peut plus rien retenir d'une succession de prises de parole sur tous les sujets gouvernementaux. Si cette omniprésence fait partie d'une stratégie voulue, histoire de démontrer que le président est aux commandes, elle se retourne contre lui en brouillant son message et en ne lui permettant pas de marquer les esprits par une ou plusieurs informations clés.

Le deuxième inconvénient de cette stratégie de prise de parole répétitive est de donner le sentiment que les paroles sont plus nombreuses que les actes. En tant de crise, on a certes besoin de détermination, de volonté politique et de communication pour expliquer tout cela mais le moment vient où l'opinion publique demande des actes forts. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, je dis qu'ils sont noyés dans les discours. Ce "parler trop" crée un déséquilibre dans l'esprit des gens qui ne leur permet plus de s'intéresser au concret.

Les décisions n'ont pas d'impact sur le quotidien

Je suis chef d'entreprise depuis plus de 20 ans maintenant. J'ai vécu différentes époques dans mon projet et même si je ne peux pas faire de généralité de mon cas personnel, je peux vous affirmer que, contrairement aux discours de notre cher Président, les banques ne prêtent pas aux entreprises.

J'ai moi-même fait appel à ma banque pour financer un projet dernièrement. Pas quelque chose d'énorme, une demande ponctuelle de financement et je me suis heurté à un interlocuteur qui m'a expliqué qu'en tant de crise, il se devait de redoubler de vigilance par rapport aux demandes qui lui étaient faites.

Car - et le Président de la République va en parler ce soir - j'ai eu le mauvais goût de restructurer mon entreprise, il y a maintenant 6 ans. Et ça, en France, cela vous marque au fer rouge et vous marginalise au ban de la société. En 2001, l'explosion de la bulle Internet a eu des conséquences importantes sur mon business. Nous avons essuyé les premières pertes de notre histoire et, fin 2002 sur les conseils de nos avocats, nous avons procédé à un redressement judiciaire pour sauver l'entreprise, ses emplois et ainsi repartir de façon beaucoup plus saine qu'avant.

Tout cela participe d'une procédure prévue par l'état, pour aider les entreprises à surmonter leurs difficultés. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le fait de passer par un redressement judiciaire n'avait pas de très graves conséquences sur votre développement. Ainsi, tant à titre personnel (gérant d'une entreprise) qu'à titre professionnel, je n'ai aucun accès au crédit, sous quelque forme que ce soit. J'ai restructuré ma boite, sauvé une trentaine d'emplois, remboursé toutes mes dettes comme on me le demandait, je suis toujours "fiché" par les banques comme une entreprise ayant eu un jour des difficultés, le redressement judiciaire est toujours présent au K-Bis de mon entreprise jusqu'à l'apurement total du passif.

Le Président de la république peut faire tous les discours qu'il veut, les décisions n'ont aucun effet sur mon quotidien de chef d'entreprise et les sacrifices considérables que j'ai faits ne me permettent pas pour autant de financer mon développpement.

Certes, ce n'est que mon expérience et, encore une fois, elle n'a pas de portée générale, mais je peux néanmoins en témoigner, c'est une expérience bien réelle.

L'image d'une présidence bling-bling est incompatible avec la proximité compassionnelle nécessaire en temps de crise

La plus grande erreur de communication de Nicolas Sarkozy a été, selon moi, cette fameuse nuit du Fouquet's le 6 mai 2007 au soir de son élection. En fêtant à sa manière sa victoire, en affichant son appartenance et son attachement à ce monde du luxe et de l'ostentation, il a créé une distance avec une partie de l'opinion publique, distance d'autant plus préoccupante qu'une crise majeure est venue l'amplifier.

Certes, il ne pouvait pas prévoir ce qui allait arriver et il a simplement profité d'une liberté de mouvement et d'action pour vivre sa vie comme il l'entendait, décomplexant brutalement les rapports des français à l'argent dans une société trop conservatrice. Il s'est vautré dans le luxe le plus absolu en pariant qu'il mettrait fin à une hypocrisie. Cela aurait pu passer si la crise n'était pas venue faire du bling-bling une insulte à la France qui souffre.

Pour toutes ces raisons, le Président de la République a perdu de son pouvoir d'influence sur l'opinion publique. Ce n'est pas seulement un divorce idéologique, c'est une cassure fondamentale dans la communication politique de Nicolas Sarkozy et tous les discours du monde ne pourront pas combler le fossé désormais immense.

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Commentaires articles

1.Posté par bénédictine le 24/03/2009 13:18
Tout à fait d'accord avec vous.
Nous savons également qu'un des moyens d'accompagnement au changement est l'exemple. Chiche ! Réduction des indemnités et autres faveurs accordées à Monsieur le Président de la République, et à ses ministres. Cela pourrait avoir de l'allure ! Et pour que la justice soit équitable pour tous, application de cette réduction à tous les députés et sénateurs. Tout cela est depuis toujours intégralement financé par des fonds publics. Période de "crise" oblige, personne ne doit être épargné en terme d'effort.
Bien cordialement.

2.Posté par Phil le 24/03/2009 17:30
Très bon article.

3.Posté par MaxF le 24/03/2009 18:55
On pourrait ajouter encore quelque chose, mais c'est probablement lié au 1er point (excès de communication) : le côté versatile de ses déclarations.
Il promet et propose à tout va sans respecter vraiment sa parole.
Exemples :
- "je serai le candidat du pouvoir d'achat"
- il voulait mettre en place des sub-primes à la française.
- le retour à Gandrange
- "j'irai chercher la croissance avec les dents"

Il finit par ne plus être crédible sur quoi que ce soit.
Si on ajoute les casseroles qu'il traine comme l'affaire Pérol, l'affaire Tapie, ses sautes d'humeur trop fréquentes et ses déclarations douteuses (comme celles sur la recherche), on comprend bien que personne ne veuille l'écouter.

4.Posté par Jerome le 25/03/2009 19:58
Merci Christophe pour ton analyse très juste.
Merci pour ton énergie autour du média social interactif.
;)
Amitiés alto-séquanaises.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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