Christophe Ginisty

Pourquoi est-ce si difficile d'exister médiatiquement quand on fait de la politique en France ?


Rédigé le Lundi 7 Novembre 2011



Pourquoi est-ce si difficile d'exister médiatiquement quand on fait de la politique en France ?
Il y a des moments où mon âme de professionnel de la communication souffre en pensant à tous ces candidats à la présidentielle qui ont décidé de se lancer dans la bataille mais dont on n'entendra sans doute plus parler avant que la campagne officielle ne soit lancée et que les temps de parole ne soient équitablement répartis et surveillés par le CSA.

Je sais qu'ils doivent vivre un calvaire pour tenter en vain d'exister et je mesure à quel point c'est compliqué, voire impossible.

C'est une situation qui pose problème d'un point de vue démocratique car cela empêche le citoyen d'être correctement informé au-delà des grandes formations dont les leaders squattent les plateaux de télévision. Et lorsqu'un "petit candidat" parvient à se faufiler sous le feu des projecteurs, on en fait tout un plat, comme lors de la réception de Poutou du NPA dans l'émission de Ruquier, On n'est pas couchés.

En réalité, s'il est si difficile de se faire entendre dans les médias en France lorsque l'on fait de la politique, c'est pour au moins quatre raisons.

La première vient du manque de diversité dans les médias de masse français. Le développement de l'audiovisuel s'étant fait pendant des années autour de deux chaînes principales, l'information "mainstream" n'existe que si l'on est présent sur l'une ou l'autre des ces chaînes. Et là, l'espace est réduit. Il n'y a qu'une alternative, le 20h00 qui reste la grand-messe française par excellence ou  des émissions événementielles programmées par les chaînes (type A vous de juger) mais dont la périodicité ne permet pas un débat en continu.

La deuxième raison est le manque de diversité dans le personnel journalistique et dont le journal Le Monde s'est fait écho dans un récent papier. Les mêmes éditorialistes occupent littéralement les médias qui comptent et font le même numéro à la télévision, la radio ou la presse écrite, offline et online. Piliers de l'information politique depuis parfois des décennies, gardant jalousement leur position, ils ont établi des relations de connivence très forte avec les personnalités qu'ils interviewent et ne sont pas franchement ouverts à la nouveauté, fut-elle représentative d'un courant de pensée émergeant.

La troisième raison est sans doute à rechercher dans la très faible influence de la presse écrite en France. Contrairement à nos voisins anglo-saxons par exemple, point de salut chez nous en dehors du petit écran ! Les tirages des quotidiens ne dépassent jamais les centaines de milliers d'exemplaires alors que c'est en millions que se comptent les diffusions outre-manche. Et l'on retombe dans les travers énoncés précédemment, la faiblesse de la presse écrite contribue à renforcer le pouvoir de l'audiovisuel.

La quatrième enfin est sans doute la très faible place donnée à la politique dans les principaux médias audiovisuels qui préfèrent miser sur les divertissements et les fictions plutôt que de programmer à des heures de grande écoute des questions sur l'organisation de la vie dans la cité. Du coup, pour parler politique, il faut aller dans des émissions de divertissement et là, on est confronté à une logique d'audience qui n'a que faire de l'équité.

Pour ces quatre principales raisons (et il y en a d'autres, je sais que vous allez me le faire remarquer), rares sont les personnalités qui réussissent à émerger dans l'opinion publique en matière d'offre politique. C'est particulièrement criant en ce début de campagne pour la présidentielle oùes candidats se déclarent au 20 heures puis disparaissent pratiquement du radar, aussi rapidement qu'ils y sont apparus.

Pour être présents dans les médias, il faudrait qu'ils déploient une stratégie opportuniste reposant sur des stratégies de rupture.

Mais rares sont ceux qui savent le faire.

               Partager Partager
Notez


Lu 1846 fois

Commentaires articles

1.Posté par Dave96 le 08/11/2011 23:20
La faute aux medias, ou au public qui prefere les divertissements et qui se moque a juste titre des petits partis qui n'auront jamais d'impact sur leur quotidien.

J'avoue que si j'avais regarde l'emission de Ruquier avec Poutou cela aurait ete pour rigoler un bon coup, et avoir une anecdote a resortir au cafe du lundi matin sur ces dynosaures.

Christope ton constat est le bon. Il explique pourquoi des gens pourtant valables comme Lepage (a mon avis) vont au casse pipe a l'election presidentielle, et a la limite ne sont pas des candidats legitimes.

Ce constat que je partage n'est pas pour rien dans mon diagnostic que dans les elections nationales, il n'y a point de salut en dehors du bipartisme.

La cause en est que la multiplicite des candidatures pour un seul poste complique beaucoup le choix du citoyen et a la limite brouille le message des candidats qui y vont avec des chances de l'emporter.

Les petites candidatures sont a moins avis interessantes sur le plan des idees: mais ce n'est pas l'objet de la campagne presidentielle. Les elections ont une autre finalite qu'offrir un podium a des groupuscules.

Il leur reste a faire des manifs, a faire le tour de france en 2CV, a courir nus dans les stades de foot, ou je ne sais quelle action qui leur apportera du buzz. Bref a faire de la vraie com' active et ne pas se contenter de jouer aux passagers clandestins d'une election qui n'est pas la leur.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
1 2

Démocratie | Valeurs | Poléthique | Gouvernement | Parti Socialiste | UMP | Sarkozy | Communication | MoDem | Présidentielle 2012 | Numérique



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme https://t.co/V33ua6UkFn
Mardi 6 Décembre - 11:39
Manuel Valls : la gauche sans lyrisme: Hier soir, j’ai regardé attentivement la... https://t.co/RNF0sSpEt4 https://t.co/chZ53Eo2YO
Mardi 6 Décembre - 10:11
En même temps, il parait que réduire de 20km/h la vitesse à Paris, ça revient à aller en marche arrière https://t.co/ouRNnfcfV9
Lundi 5 Décembre - 13:21
@PolitiqueInfo au contraire, je trouverais ça très malin
Lundi 5 Décembre - 12:49
Allez, je parie sur Najat Vallaud Belkacem pour remplacer @manuelvalls à Matignon @najatvb
Lundi 5 Décembre - 12:39
Fait pas chaud en moto https://t.co/DFdoxOWc5O
Lundi 5 Décembre - 08:47

Recherche