Pourquoi est-il presque impossible de former des gens aux réseaux sociaux ?


Rédigé le Jeudi 13 Septembre 2012


Pourquoi est-il presque impossible de former des gens aux réseaux sociaux ?
S'il y a bien un truc qui s'apparente à la fameuse quête de Dom Quichotte et sa rencontre fatale avec les moulins, c'est bien la bataille permanente que des gens comme moi mènent depuis des années pour tenter d’intéresser quelques grands récalcitrants à l’importance des réseaux sociaux.

En ce bas monde, il y a trois types de personnes, ceux qui sont nés dedans, ceux qui s’y sont intéressés et les autres.

Le problème, c’est que ces "autres", ceux qui n’y ont trouvé aucun intérêt, ne se sont pas contentés de passer leur chemin, ils ont développé une forme de dédain haineux à l’encontre de tout ce qui s’y passait. Ils ont justifié leur absence d’intérêt par des déclarations définitives sur la futilité grotesque de ces espaces où se créait néanmoins un nouveau lien social en leur absence.

Tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes si l’évidence ne les avaient pas rattrapés et si nous qui faisons de l’évangélisation, n’étions pas forcés aujourd’hui de les former pour les aider à rattraper un retard considérable.

Or, ces formations ne servent à rien !

Que les innombrables formateurs qui sévissent sur le sujet daignent me pardonner ce jugement tranché qui risquerait de mettre à mal la fertilité de leur carnet de commandes mais je le répète, on ne peut pas former quelqu’un qui ne s’intéresse pas aux réseaux sociaux et, pour deux raisons.

La compréhension de la matière repose sur l’expérimentation
On peut toujours balancer des chiffres, des stats, des infos sur qui fait quoi online, sur les habitudes des « likers », sur les socio-types, j’en passe et des études, sur la « netiquette », éduquer sur le jargon et expliquer ce qu'est un "poke", on ne fera jamais comprendre la réalité de ce phénomène à quelqu’un qui ne l’utilise pas intensément pour lui-même et par lui-même.

Apprendre Facebook, Twitter et LinkedIn a un type qui n’a jamais créé de profil et qui n’a jamais expérimenté la vertu relationnelle ou la pénibilité de ces outils est voué à l’échec. C’est comme tenter d’apprendre à nager à une enclume.

En revanche, il est possible et même utile de concevoir des formations qui démontrent tout l’intérêt que peuvent avoir ces réseaux dans la gestion de la réputation, ceci afin de déclencher la volonté de s’y plonger et de les utiliser.

L’utilisation est si comportementale qu’elle en est singulière et existentielle
La deuxième raison qui rend la formation aux réseaux sociaux aussi inefficace est qu’il s’agit là d’une activité guidée par les comportements individuels. Chacun utilise les réseaux sociaux en fonction de ses intérêts personnels et professionnels, chacun y poursuit une quête individuelle et tout cela fait que les usages sont infiniment singuliers.

Tenter de former les gens aux réseaux sociaux, c’est un peu comme si vous vous mettiez en tête de former les gens à marcher dans les rues. Il y en a qui se baladent, d’autres qui courent après un train qu’ils ont peur de louper, d’autres encore qui vont au boulot, qui en sortent, qui en ont plein les bottes, qui ont mal au pied, au dos, qui ont froid,…

Chacun se comporte différemment sur les réseaux sociaux en fonction de son état, son environnement, son but dans la vie et à l’instant présent.

C’est cela qui fait leur richesse. C’est aussi cela qui les rend leur approche complexe.

Poursuivre l’objectif de former les gens à l’utilisation des réseaux sociaux est aussi délicat que de les former à « être » et ce n’est pas franchement la mission première d’un conseil.

En presque 10 ans d’existence du phénomène, le meilleur conseil que j’ai pu donner à des gens qui me demandaient de les former aux réseaux sociaux a toujours été de leur recommander de les utiliser de la manière la plus spontanée possible et de revenir vers moi avec leur retour d’expérience.

Ce n’est qu’à partir de ce stade que l’on peut démarrer un processus de formation.


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Christophe Ginisty
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Commentaires articles

1.Posté par Claude Benard le 14/09/2012 05:46
Facebook
Merci de ce post extrèmement pertinent. et fin dans l'analyse.

J'ai sur mon profil FB un vieux proverbe qui est très "pédagogique" :)

“I hear, I forget.
I see, I remember.
I do, I understand.”

African proverb.

Encore bravo pour ce post et la conclusion

2.Posté par Aime38 le 14/09/2012 14:22
Merci pour cette analyse qui mérite d'être affinée :
Il a effectivement des gens qui sont plus ou moins nés dedans et qui apparemment se posent peu de questions sur la façon dont ils utilisent les réseaux sociaux dans la mesure où ça satisfait bien certains de leurs choix de vie.
Il y a aussi des gens qui ne comprennent pas à quoi ça sert et qui se voient mal y perdre leur temps.
Il y a des gens qui ont besoin d'y retrouver des amis, de la famille, des associations, et aussi des clients ou des fournisseurs mais qui n'aiment pas trop ce mode de communication et de partage.
Enfin, il y a aussi des gens qui ont parfaitement compris à quoi ça sert, à qui ça sert, comment ça fonctionne et qui en ont peur et préfèrent totalement éviter y laisser des traces : ils ont peut-être raison.

Je me demande de quelle région d'Afrique anglophone vient le proverbe du premier commentaire, la première phrase me semble inexacte "I hear, I forget." L'Afrique compte de nombreuses traditions orales, dont la transmission de proverbes ; les africains ont de grandes traditions polyglottes, certains pays comme le Cameroun comptent plus de 200 langues (cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Languages_of_Cameroon:// ) ; je dirais j'entends et je m'efforce de retenir ... évidemment, l'écriture et les images permettent de mieux fixer les connaissances : je vois et je me souviens ... Je fais et je comprends mieux ... c'est particulièrement vrai en informatique et pour les usages internet.

3.Posté par Toujas le 16/09/2012 11:24
je suis à la fois né dedans et je m'y suis également intéressé,
-je me suis intéressé au phénoméne des blog dés sa naissance
-j'ai un profil linked in depuis des années (ca m'interesse d'ailleurs de savoir comment tu as trouvé ton numéro de membre)
et je continue de penser que les réseaux sociaux sont d'un intéret quasi insignifiant et que ce que l'on y trouve est à 99,9% à jetter
Le souci c'est que l'on nous a tellement fait bourré le mou avec ça qu'on se sentirait presque coupable de ne pas adherer à cette mascarade
Pire encore on est quasiement obligé d'entrer dans la cavalcade. A mon corps défendant je vais être obligé d'ouvrir un compte facebook non pas pour avoir des amis dieux m'en preserve mais tout simplement parceque c'est devenu le seul moyen d'obtenir certaines infos (restos hotels,groupes de musiques )
La montagne a accouché même pas d'une souris et il faudrait appeler ça un phénoméne. Perso je trouve que ça fait un peu office de nouvel opium du peuple
Même les entreprises qui pourtant se sont déjà brulés les doigt lors des début d'internet sont en trainde replonger. Au moins cette fois ça ne leur coutera pas trés cher

4.Posté par ABaral le 11/10/2012 13:06
Hum... je ne suis pas franchement d'accord avec cette analyse qui met dans le même sac tous les "autres". La raison est simple: on peut certes s'intéresser tout de suite à un produit. Mais ce n'est pas toujours le cas, parce qu'on peut avoir une vision erronée d'un produit et du coup, ne pas en comprendre l'intérêt. Certains perçoivent les réseaux sociaux comme une espèce d'espace gigantesque d'où émane un brouhaha infernal qui les fait fuir - en ignorant qu'à l'instar d'une radio du 20ème siècle, on peut tourner le bouton pour se mettre sur la bonne fréquence. En questionnant en amont les intérêts, en fabriquant une interface qui y répond pour démontrer ce qu'on peut obtenir, on arrive à capter l'intérêt de pas mal "d'autres". Ensuite, on apprend à manipuler les outils.

Deuxième point et non des moindre, ne faisons pas l'erreur de mettre tous les réseaux sociaux dans le même sac. On peut détester tweeter et adorer facebook, ou être un pro de tumblr et se détourner de pinterest. Bref, chaque réseau a ses propres usages qui ne fonctionnent pas avec tout le monde. Perso, celle qui passe pourtant pour une geek reste allergique à twitter. Ce flot de gazouilli d'une phrase à l'url écourtée dont on ignore la provenance au 1er coup d'oeil, avec une info jamais vérifiée pour des questions de rapidité m'exaspère. Mais je comprends qu'on adhère. Idem pour d'autres réseaux que j'adore et que certains boudent. Or, les "autres" ignorent tout des spécificités de chaque réseau, amalgament les possibilités que chacun offre et du coup, tout est flou dans ce qu'on peut y faire. C'est là souvent la grosse erreur des formateurs rencontrés. C'est de travailler sur tout en même tant sans avoir identifié l'angle d'attaque en fonction de son interlocuteur. J'initie pas mal de personnes "en amateur" et ça m'amuse de voir à quel point il est facile de convaincre quand on trouve le bon hameçon, avec des mots qui ne soient pas dignes d'un geek ou d'un nerd... là aussi, il y a souvent un problème d'image et de vocabulaire qui intimide les réfractaires...


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