Christophe Ginisty

Pourquoi il faut soutenir Mediapart


Rédigé le Jeudi 5 Novembre 2015



Que l'on soit de droite ou de gauche, on est fondamentalement républicain lorsque l'on a eu la chance d'être élevé en France sous l'égide la liberté de l'égalité et de la fraternité.

Que l'on soit de droite ou de gauche, le modèle démocratique que les Montesquieu, Rousseau, Artistide Briand et autres ont érigé en ciment de notre vivre ensemble a  forcément un sens.

Et que l'on soit de droite ou de gauche, quand on est républicain attaché à l'esprit de la démocratie, on doit tout faire pour protéger la presse et conjuguer la liberté d'informer avec indépendance. 

Comme l'a écrit ce matin Edwy Plenel :
Mediapart vient de se voir notifier un redressement total de 4,1 millions d’euros pour la période allant de sa création en 2008 à début 2014. Ignorant nos arguments, le fisc nous applique rétroactivement une TVA discriminatoire pour la presse en ligne, de 19,6 %, puis 20 %, alors qu’elle est de 2,1 % pour toute la presse, quel que soit son support. Malgré notre recours devant la justice administrative, nous sommes dans l’obligation de payer. C’est pourquoi nous en appelons à votre solidarité.

A l'origine de ce redressement, une aberration d'un autre temps : un taux de TVA différent entre la presse en ligne et la presse papier, archaïsme voulu par les patrons de la presse dite "traditionnelle" qui n'ont pas supporté la concurrence que leur livraient les "pure players" de l'Internet comme Mediapart. 

Décision incompréhensible comme l'explique Edwy Plénel ce matin : 
Traduction du principe d’égalité consacré tant par la Constitution que par la Charte européenne des droits fondamentaux, le principe de neutralité fiscale interdit l’application d’une fiscalité différenciée à des activités de même nature. Alors que la presse écrite, qu’elle soit imprimée ou en ligne, s’adresse aux mêmes lecteurs, le fisc crée une distorsion de concurrence en nous appliquant une TVA près de dix fois supérieure à celle de nos concurrents imprimés. De plus, cette distorsion de concurrence pénalise la presse numérique indépendante ayant choisi, par son modèle payant, de dépendre de ses seuls lecteurs tandis qu’elle avantage les sites de presse gratuits et publicitaires, adossés à la presse imprimée existante, bénéficiaire du taux réduit de 2,1 %.

Non seulement tout cela n'a pas de sens mais cette amende colossale risque de porter un coup fatal à une publication qu'il est impératif de défendre. C'est ma conviction et voici les 3 raisons qui m'inspirent ce commentaire. 

1/ Sacraliser le pouvoir de la presse 
La presse est indissociable de la notion même de démocratie. Il n'y pas de démocratie sans presse libre et il est du ressort de l'état de créer les conditions dans lesquelles la presse va pouvoir exercer son rôle sur les citoyens en toute sérénité. Sans les régimes spéciaux et tout un tas d'autres exonérations qui sont accordés aux sociétés éditrices et à leurs journalistes, la presse n'existerait tout simplement plus dans notre pays et l'information des citoyens serait livrée en pâture aux seuls tenants des pouvoirs politiques et financiers au détriment de toute impertinence et liberté d'enquêter.

Protéger la presse, c'est nous protéger nous-mêmes de celles et ceux qui ont toutes les bonnes raisons du monde de nous manipuler et nous priver de tout discernement. 

2/ L'indépendance est le gage ultime de la liberté
Comme le Canard Enchaîné, Mediapart a fait le choix de n'avoir de compte à rendre qu'à ses lecteurs et de ne pas dépendre du bon vouloir de ses annonceurs ou de ses actionnaires. Dans un pays où la plupart des titres appartiennent malheureusement à des industriels dont les intérêts personnels semblent représenter des conflits d'intérêt manifestes, de Bouygues à Bolloré en passant par Drahi et Dassault, le journal en ligne fondé par Edwy Plénel et quelques autres est une bulle d'oxygène dans un paysage cadenassé par les affaires.

C'est un modèle économique évidemment très exigent et beaucoup plus compliqué à rentabiliser, mais c'est le prix d'une information non complaisante et qui ne s'embarrasse pas de connivences commerciales. 

3/ Cela n'a pas de sens de séparer le web du reste 
En 2015, cela ne fait absolument plus aucun sens de dissocier ce qui est sur le web de ce qui ne n'est pas. Nous vivons dans une société où la porosité entre ce qui est en ligne et ce qui est imprimé ou diffusé à la radio et la télévision est totale et permanente, et où ce qui compte n'est pas le support mais le contenu. Ostraciser une partie des journalistes parce qu'ils contribueraient à des publications en ligne est non seulement complètement crétin mais totalement aveugle de la manière avec laquelle nous avons accès aujourd'hui à l'information. 

Le devoir d'informer s'est toujours affranchi du support ou, pour être plus exact, les hommes ont toujours utilisé le support qu'ils avaient à disposition au moment où ils voulaient partager ce qu'ils vivaient, des fresques des temples de l'antiquité aux réseaux d'aujourd'hui. 

Mais j'entends certains d'entre vous me dire que tout ceci est bien gentil mais m'opposer qu'Edwy Plénel est un affreux gauchiste que c'est bien fait pour sa g... s'il se prend aujourd'hui un redressement.

Non seulement il a le droit d'avoir la sensibilité qui est la sienne, tout comme c'est le cas de chacun d'entre nous, mais lorsque l'on remonte l'histoire des révélations de Mediapart, on trouve la même énergie à dénoncer les dérives des ministres du temps de la présidence Sarkozy qu'à mettre les projecteurs sur les Cahuzac et autres Thévenoud de la présidence Hollande. 

Et puis, vous êtes-vous ne serait-ce qu'une fois posé la question de savoir pourquoi Mediapart avait été à l'origine de plusieurs affaires retentissantes ? N'avez-vous jamais réfléchi au fait que les autres médias n'avaient peut-être pas eu le courage de publier ce qu'ils savaient également ? Après tout, avec des dizaines de journalistes encartés, pourquoi les journaux traditionnels n'ont-ils jamais été capables de produire de telles enquêtes et de débusquer les lièvres d'une société corrompue dont Mediapart a fréquemment fait sa une ? 

Ce sont des questions que je me suis toujours posées et que je me pose encore tous les jours. 

Voyez-vous, au-delà de toute considération partisane, j'aime et je soutiens Mediapart parce que j'aime fondamentalement et viscéralement l'idée d'une presse indépendante et libre peuplée de ces chiens de garde qui seront les seuls à pouvoir maintenir notre démocratie éveillée. 

Soutenez Mediapart. Ne laissez pas disparaître ce qu'ils représentent. 

A suivre... 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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