Christophe Ginisty

Pourquoi l'échec de la prestation de François Hollande sur M6 était prévisible ?


Rédigé le Mardi 18 Juin 2013



Pourquoi l'échec de la prestation de François Hollande sur M6 était prévisible ?
De l'avis de la plupart des observateurs, l'intervention télévisée de François Hollande sur M6 dimanche dernier n'a pas atteint son objectif. La plupart des analystes parlent même d'échec d'une stratégie de communication qui se voulait pourtant à l'écoute des reproches qui ont été faits au président depuis son arrivée au pouvoir : il ne parle pas assez, il ne fixe pas l'agenda, on ne sait pas ce qu'il fait,... 

Du coup, j'imagine son "staff" de communicants concocter, tout fiers, une "riposte" qui devait marquer les esprits et accessoirement des points dans l'opinion. 

La stratégie ? Changer d'émission, de format, de chaîne. Sauf que ce qu'ils ont préconisé puis fait était en réalité une fausse bonne idée.

Pourquoi se sont-ils plantés ? Sans doute parce qu'ils ne prennent pas le problème par le bon bout. Après tout, ce sont des journalistes et pas des professionnels de la communication. 

Décryptage.

Prenez un Président de la République dont la popularité est très faible, dont les commentateurs ont diagnostiqué une parole inaudible. Eh bien, en bons journalistes qu'ils sont, que font-ils ? Ils préconisent de déplacer le discours ailleurs, comme s'il suffisait de le transporter sur un autre plateau pour que la magie opère. 

Dans sa chronique publiée sur le Plus du Nouvel Obs, Philippe Moreau-Chevrolet évoque la prestation du président de la République dans des mots sans ambiguïté : 

"Le problème, c'est que le président de la République "n'imprime pas". Pourquoi ? Parce que, sur le fond, François Hollande ne dit toujours pas où il veut aller. Il se refuse à dire clairement ce qu'il imagine pour la France, en 2017, au terme de son mandat. Un terme qu'il ne mentionne quasiment jamais. Comme si, au fond, le temps lui appartenait.

Il ne dit pas non plus ce qu'il ressent. Ce qu'il pense réellement. Face à la détresse des jeunes chômeurs, sa réponse est purement technique. Presque administrative. Comme si la situation dramatique des 18-25 ans, dont plus d'un quart se retrouve aujourd'hui au chômage ne le concernait pas.

Bref, François Hollande ne prend pas de hauteur et ne se met pas non plus à la hauteur des Français dans sa communication. Il flotte, littéralement. Il fait plus penser dans son discours à un porte-parole du gouvernement, ou à un commentateur de la vie politique, qu'à un président de la République."


Je suis assez d'accord avec cette analyse. Il y a un manque cruel et récurent de prise de risque et d'émotion propres aux leaders empathiques chez François Hollande. Ce dernier a une approche "informationnelle" du discours et de sa mission lorsqu'il lui est demandé de s'exprimer. Il répond par des faits, des démonstrations, il est dans l'exposé en mode bon élève qui a appris sa leçon.

Il est quelque part impeccable dans ce registre.  

Et c'est là que l'on ressent toute l'influence (excessive selon moi) de ceux qui le conseillent. Sa dialectique est celle du journaliste là où l'on attendrait une posture beaucoup plus émotionnelle et vibrante inspirée par le côté dramatique de la situation économique et politique de notre pays.  

Sans en faire des tonnes comme un Nicolas Sarkozy, ce n'est pas le fond que François Hollande doit travailler mais la forme. Et ça, je doute que ses conseillers soient à même de lui apporter, compte tenu de leurs parcours professionnels. 

Au risque de faire bondir les puristes de l'information, il manque à François Hollande cette capacité à incarner le rôle qu'il est sensé jouer. Son problème n'est pas de se télétransporter d'un studio à l'autre et de changer de chaîne. Son problème n'est pas non plus de savoir réciter son texte et d'être au point sur son argumentaire. Non, son problème est principalement un problème d'attitude, de posture, d'incarnation comme je le disais à l'instant. 

C'est comme si les français regardaient un film devant lequel ils auraient le sentiment embarrassé que le directeur de casting s'est égaré dans le choix de l'acteur pour le rôle principal. 

Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que François Hollande n'est pas capable de faire le boulot et ma chronique n'est pas là pour juger du bienfondé ou non de la politique de celui qui gouverne la France (et accessoirement pour qui j'ai voté). 

Je ne parle ici que de communication et je dis simplement que François Hollande n'est pas dans la posture où les français l'attendent et que cela crée une réaction de rejet dans l'opinion. La communication est toujours constituée d'au moins deux paramètres, le fond et la forme, et il est suicidaire de ne s'intéresser qu'au fond. 

C'est là toute la limite des journalistes devenus conseils en communication. Ils sont dans la plupart des cas incapables d'améliorer la forme dans l'expression de ceux qu'ils conseillent. 

Le président que les français veulent voir dans un contexte aussi grave de crise économique, crise morale, crise politique, crise internationale n'est pas ce personnage tout en dedans qui répond gentiment, presque timidement aux interpellations d'un journaliste-présentateur. Ils veulent voir un combattant, un visionnaire audacieux avec des accents d'empathie réelle qui permet de connecter celui qui parle à ceux qui écoutent. 

Un président de la république était sur le plateau. Sur la forme, on avait l'impression de voir un secrétaire d'état. 

Encore une fois, je suis convaincu qu'il s'agit là d'un problème de communication. Le changement de chaîne n'avait aucune chance de fonctionner car ce changement de chaîne est un détail tout à fait insignifiant.

Tant que les conseillers du président ne s'attaqueront pas à ce qui permettrait de connecter à nouveau les français au chef de l'état, ils pourront toujours changer les chaînes, les présentateurs, les formats, rien ne pourra inverser la tendance du désintérêt croissant. 

Je l'ai déjà écrit ici, François Hollande n'aime pas la communication. Pourtant, s'il veut reconquérir le coeur des français, il va bien être obligé de s'y mettre. Et pour cela, il lui faudra prendre de la hauteur par rapport au fond et retrouver la voie vers un changement d'attitude.

Car en matière de communication aussi, le changement, ce doit être maintenant.

A suivre...  

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Commentaires articles

1.Posté par Thierry Derouet le 19/06/2013 10:05
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Ton analyse est juste. C'est vrai que j'avais l'impression de voir l'un de mes clients ressortir de mon média-training ;-) Mais franchement c'est quand même "flamby, le retour". Bref ce mec en conseiller d'état à nous pondre un rapport de 1000 pages, il est parfait. Pour les reste il est nul. Moi je préférais Sarko qui rencontrait des français pas d'accord avec lui et qui donnait le change en terme de sincérité. Une sincérité presque Pompidolienne. Mais Hollande là c'est quoi un vendeur d'assurances ? Moi je suis plus cruel que toi. Pour l'avoir croisé nez à nez pendant les présidentielles j'avais l'impression de croiser mon boucher. Il est sympa mon boucher, rondouillard, bonhomme, souriant... Mais je n'ai pas vu le charisme de la bête. Le petit Nicolas pour l'avoir aussi croisé nez à nez (j'ai eu la chance de les croiser presque tous) il a un charisme, il dégage une énergie, une volonté que j'ai également senti chez d'autres comme le Béarnais Bayrou, Ségolène que je n'aime pas mais qui en impose, la fille Le Pen qui fait de "Marine" une marque de fabrique. Non moi je ne crois pas qu'Hollande puisse changer. Le charisme on l'a ou on l'a pas. J'en ai croisé des patrons de boite et je savais quand j'avais affaire à un homme de pouvoir et quand j'avais en face de moi un mec normal, bon technicien, mais pas bon vendeur. Mais avec Hollande on a de nouveau monsieur 3%. DSK manque à la France, cruel destin pour celui qui avait trop souvent sa main dans son caleçon.

2.Posté par Jean-Francois Pascal le 19/06/2013 10:06
Il y a d'ailleurs un paradoxe: en choisissant de se retirer de l'excès d'incarnation reproché à Nicolas Sarkozy, François Hollande pensait apaiser le rapport du Président à l'opinion. En refusant de cliver (affirmation d'un style et d'un cap tranché), il génère pourtant un mécontentement diffus mais entêtant.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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