Pourquoi la baisse des actions Facebook est à la fois rassurante et scandaleuse ?


Rédigé le Lundi 21 Mai 2012


Pourquoi la baisse des actions Facebook est à la fois rassurante et scandaleuse ?
Le monde de la finance mondiale et de l'Internet sont en émoi : l'action Facebook introduite la semaine dernière sur le Nasdaq est en chute libre pour se retrouver en dessous de sa valeur d'introduction à l'heure à laquelle j'écris cette note.

J'imagine que celles et ceux qui ont acheté doivent se morfondre en voyant leurs rêves de fortune immédiate s'évanouir. Moi je trouve que cette "correction" est plutôt une bonne nouvelle.

Sans présager d'une tendance à plus long terme dont j'ignore tout, si l'action devait continuer de descendre, j'y verrais le signe d'un refus des investisseurs de se laisser aller à la production d'une nouvelle bulle speculative, comparable à celle qui a explosé au début des années 2000.

Car ce fut un épisode particulièrement sanglant que je ne souhaite pas revivre.

Souvenons-nous de la folie générée par l'introduction en bourse de Netscape, premier nagivateur en termes de parts de marché à l'époque. Puis de l'introduction de Yahoo!, sans oublier la valorisation de AOL qui lui avait permis de mettre la main sur l'un des géants des médias, le groupe Time Warner.

On connaît la suite.

Quand tout ceci a volé en éclat, il n'y a pas eu que des milliardaires qui ont pris le bouillon, il y a eu un nombre incalculable de fonds de pensions qui ont été ruinés et qui ont entraîné dans leur chute des millions d'investisseurs et d'employés rémunérés aux stock-options. Des milliers d'entreprises ont déposé le bilan et produit des chômeurs par millions.

Moi qui étais à la tête de mon agence de relations publiques à l'époque, j'ai dû procéder à un règlement judiciaire avec tout un tas de conséquences douloureuses telles que des licenciements économiques et la perte d'une parcelle de crédibilité sur le marché.

C'était vraiment une période détestable et si elle n'avait évidemment rien de comparable aux grandes crises systémiques mondiales telles que celle de 1929, il n'est vraiment pas souhaitable que l'épisode se produise une nouvelle fois.

La semaine dernière, quand j'ai suivi l'épisode de l'introduction sur le marché de Facebook, j'ai vraiment craint que les investisseurs fassent la même erreur et soient gagnés (perdus ?) par la même inconscience coupable qui les avait fait spéculer au-delà de tous les ratios acceptables.

Où est le scandale dans tout ça, me direz-vous ?

Tout simplement dans l'épisode qui a précédé l'introduction. Car si l'action a été mise en vente au prix où elle l'a été, c'est que les investisseurs qui détenaient les actions avant leur introduction en bourse l'ont décidé. Et s'ils l'ont décidé, c'était pour tenter de valoriser de manière exceptionnelle leur investissement passé.

Les boursicoteurs d'aujourd'hui sont presque les victimes de gens ou d'institutions qui sont gavées bien avant la mise sur la marché. Ils ont créé un buzz infernal en promettant une valorisation supérieure à 100 milliards de dollars.

Ca a fonctionné, des millions de gogos y ont cru et ce qui se produit aujourd'hui n'est presque plus le problème des investisseurs historiques. 

Ils ont réalisé un jackpot inimaginable et ce sont les seuls à avoir gagné de l'argent.

Finalement, ils ont réussi à faire croire au monde que Facebook valait plus de 100 fois son bénéfice. Même si l'avenir nous apporte la preuve que c'était un mensonge, c'est bien joué.


               Partager Partager

Christophe Ginisty
Notez

Commentaires articles
Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Privé | Politique | Destinations | Inclassable | Livre | Pensées | Mon blog | Mémoires | IPRA | Conférences