Pourquoi le Front est-il devenu national ?


Rédigé le Lundi 23 Avril 2012


Pourquoi le Front est-il devenu national ?
Alors que la France se réveille ce matin avec la victoire de François Hollande je ne peux pas faire autrement que d'évoquer l'information cruciale de ce premier tour qui est le score hallucinant de Marine Le Pen.

Plus fort que son père en 2002, elle ne fait pas qu'augmenter considérablement le nombre de voix, elle marque un tournant dans l'histoire de sa formation politique en l'installant au coeur de la vie politique française.

Fini le temps où l'on pouvait regarder ce mouvement avec le mépris dévolu aux marginaux infréquentables : le FN est bel et bien devenu hier une formation politique de poids.

A qui la responsabilité ?

N'allez pas chercher bien loin. Si nous en sommes arrivés là, c'est en très grande partie à cause de la classe politique française qui ne veut pas se remettre en question depuis des décennies, une classe consanguine qui affiche une pratique du pouvoir aux antipodes de l'éthique, qui se repasse les postes comme d'autres les plats, qui verrouille le système pour mieux se prémunir de l'arrivée de générations et d'idées nouvelles.

Une classe corrompue, politiquement parlant et qui joue avec le feu tout en se cramponant aux prérogatives de son pouvoir.

Oui, cette classe politique est la mère de la colère des citoyens français qui ne croient plus dans ce qu'elle représente et qui apportent aujourd'hui leur voix à des formations populistes dans le crédo est précisément de briser le système.

En quelques années, avec la bénédiction silencieuse de nos élites coupables, le Front National et passé d'un parti d'extrême droite à un parti d'extrême colère qui rassemble aujourd'hui les suffrages d'un électeur sur 5.

Cela fait des années que je me bats contre le cumul des mandats, la longévité politique, la professionnalisation des fonctions électives, les conflits d'intérêts,... toutes ces dérives qui contribuent à geler l'action publique au profit de petits arrangements entre amis et qui font que ce pays ne se réforme pas.

C'est l'attitude de la classe politique au pouvoir qui est responsable du vote de dimanche. Si on ne règle pas cette situation, on va se retrouver avec des partis extrémistes au pouvoir.

Et nous en sommes peut-être à l'aube.

Car jusqu'à présent, nos "élites" regardaient le Front National avec une certaine condescendance, estimant qu'ils pourraient toujours le battre et que les français n'étaient pas dupes.

Les toutes prochaines échéances pourraient leur apporter la preuve du contraire. En rassemblant derrière son nom près de 7 millions d'électeurs français, Marine Le Pen sera l'arbitre du second tour mais également des prochaines élections législatives.

Alors je le redis, l'un des chantiers les plus urgents que le futur président de la République devra mener est la rénovation de la vie politique française et la régénération de la démocratie.

Ce n'est pas le chômage, l'insécurité et l'immigration qui créent le vote FN. C'est le sentiment que les partis au pouvoir sont dans l'incapacité de régler quoi que ce soit et que leur système de gouvernance les rend inopérants.

Il faut que François Hollande affiche sa détermination en la matière. Ce n'est pas un thème accessoire dont il faudra s'occuper une fois qu'on aura réglé les problèmes économiques, c'est un thème central et une oeuvre à réaliser pour prémunir les générations actuelles et futures d'un tsunami frontiste à la prochaine présidentielle.


               Partager Partager

Christophe Ginisty
Notez

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
1 2 3

Citoyenneté | PERSO | Libertés | Communication | WebDiversity | Culture