Christophe Ginisty

Pourquoi le mouvement des indignés ne fonctionne pas en France ?


Rédigé le Jeudi 17 Novembre 2011



Pourquoi le mouvement des indignés ne fonctionne pas en France ?
Ce n’est pas faute d’avoir de bonnes motivations, mais le mouvement des indignés fait un flop total en France et ne parvient pas jusqu’à présent à mobiliser les foules. Alors, je me suis posé la question de savoir pourquoi il en était ainsi et, au fond, je pense qu’il y a quelques raisons simples pour le comprendre.

Un mouvement qui ne vient pas de chez nous.

Tous ceux qui ont une expérience internationale vous le diront, les français sont abominables lorsqu’il s’agit d’appliquer une idée qui ne vient pas d’eux-mêmes. C’est un casse tête constant pour les directions européennes (et je sais de quoi je parle) qui ne parviennent pas à comprendre pourquoi les français ne sont jamais d’accord pour faire comme les autres, font tout pour bosser dans leur coin dans le mépris total des consignes qui viennent d’ailleurs. Or, en l’espèce, les indignés est un mouvement qui vient d’Espagne, qui a des racines dans la situation particulière de ce pays et auxquelles nos chers compatriotes ne s’identifient pas.

Ceux qui ont introduit ce mouvement en France ont tout simplement oublié de faire un truc essentiel : expliquer aux français et de manière très spécifique pourquoi ils devraient se révolter. S’en prendre à la finance mondiale, à Wall street, passe au dessus de la tête du français moyen à une altitude stratosphérique.

Non, le français aime qu’on lui parle de lui et ce n’est pas parce que l’économie est mondialisée que ses problèmes quotidiens le sont aussi.

Implanter un mouvement de contestation de manière incantatoire en se contentant de dupliquer ce qui existe par ailleurs est la principale erreur que les indignés français ont, selon moi, commis.

Un mouvement qui place la barre trop haut

Les revendications des indignés sont tout à fait légitimes et je les partage en partie. Mais elles sont tellement ambitieuses qu’elles apparaissent totalement inatteignables. Supprimer la finance mondiale, le libéralisme sur lequel elle est assise, abattre le capitalisme source d’inégalités et de comportements immoraux, tout ceci est un combat juste mais plus du domaine du fantasme que de la réalité.

Or, pour convaincre les gens de se mobiliser, il faut leur présenter des objectifs qu’ils pensent pouvoir atteindre du fait de la mobilisation.

Allez dans une usine et demandez aux ouvriers de se mettre en grève pour obtenir un doublement de salaire et vous n’aurez personne pour vous suivre. Mettez le curseur sur une augmentation de 5% et un allongement minimal des pauses  et vous aurez toute l’usine derrière vous.

La qualité et la quantité de la mobilisation ne dépendent  pas uniquement de la légitimité de la revendication mais aussi de la conscience que les gens ont du réalisme du but à atteindre.  

Ce que nous avons à perdre est le rempart des gouvernants contre notre rébellion

Pour qu’un mouvement révolutionnaire puisse prendre de l’ampleur, il faut a minima que les gens qui l’animent soient dans une situation où ils n’ont plus rien à perdre. Or, notre société repose depuis des décennies sur un modèle d’assistanat qui maintient les citoyens dans un confortable silence guidé par la prudence et la peur de perdre ce que l’on nous donne par ailleurs.

Entre les allocations, les revenus de solidarité, les indemnités, les exonérations, les aides européennes, le produit des niches fiscales, le pouvoir maintient les citoyens dans une situation de dépendance constante qui les fait réfléchir à deux fois avant de s’engager de manière absolue dans une lutte contre le pouvoir.

Les étudiants et autres activistes qui constituent le cœur de la mobilisation des indignés n’échappent pas à ce constat. Ils ont beaucoup à perdre en organisant ce type de mobilisation. Ils installent des tentes à la Défense mais ne les occupent que quand ils ont le temps, entre deux amphis. C’est un peu caricatural, certes, mais il me semble néanmoins que leur mobilisation est loin d'être absolue.

C’est pour cela que j’ai souvent imaginé que le prochain vrai mouvement révolutionnaire en France viendrait un jour des banlieues, là où les gens n’ont plus rien à perdre, tant leur situation est désespérée.

Je pense que ces trois raisons expliquent en partie pourquoi les Indignés de France ne prend pas. Il y a peut-être aussi le fait qu’ils n’ont pas de leader identifié et médiatique mais je pense qu’un tel personnage aurait naturellement émergé si le mouvement avait pris. L’absence de leadership est plus une conséquence qu’une cause.

En tout cas, c’est bien dommage que cette juste cause n’ait pas plus d’écho dans l’opinion publique.

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Commentaires articles

1.Posté par Lude le 17/11/2011 09:44
Y a pas que ça :
- Ils sont super jeunes et super inexpérimentés ; on ne croit pas une seconde qu'ils représentent une solution de remplacement crédible
- Ils refusent la "starisation" (pas de leader, pas de porte-parole officiel, c'est chacun son tour). Aucun mouvement ne peut fonctionner comme ça (cf le point précédent !)
- Les gens ont peur de perdre leurs économies, proposer de "détruire le système" n'envoie pas exactement un signal rassurant !
- etc.

2.Posté par Gérard Foucher le 18/11/2011 17:05
Il y a peut-être aussi le fait qu'en allant, par exemple, à la Défense, on risque à tout moment de se prendre un coup de matraque sur la gueule, non ?
On y pense, à la violence d'état ? Les ordres viennent d'en haut, non ? Qui protège qui ?

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