Christophe Ginisty

Pourquoi les gens iraient-ils voter ?


Rédigé le Mardi 30 Mars 2010



Depuis la semaine dernière, le sujet à la mode chez les observateurs politiques est l'abstentionnisme. La moitié du corps électoral qui ne se déplace pas, ça fait 20 millions de personnes qui ne prennent plus la peine de faire leur devoir citoyen. Mais au lieu de les faire parler ces gens qui ne s'expriment pas, au lieu de leur prêter une inclinaison idéologique ou une autre, posons nous la vraie question : a quoi ça sert de voter ?

D'accord avec le fait qu'il faille mobiliser les abstentionnistes mais, de vous à moi, pourquoi les gens iraient-ils voter ? Pour changer les choses ? Soyons sérieux.

Les 48% des français qui ont voté aux régionales ont envoyé un série de messages clairs à la classe politique. Ils ont majoritairement émis le désir de soutenir des politiques de gauche. Comment le pouvoir a-t-il entendu ce message ? En faisant barre à droite.

C'est un exemple parmi d'autres mais il est à l'origine d'une lassitude profonde. Si je devais plancher sur les façons de convaincre les abstentionnistes de retourner dans les bureaux de vote, je serais bien emmerdé. Car tous les messages du type "chaque voix compte" ou "le bulletin de vote est l'arme démocratique" sont éculées et ne veulent plus rien dire face à un pouvoir qui ne change rien et n'écoute pas les citoyens.

Hier soir, François Fillon s'est félicité de réunir les parlementaires UMP. Et dans un discours soporifique de directeur des ventes qui harangue ses commerciaux, il a promis de ne rien changer et de garder le cap des réformes.

Comme si de rien était.

Or, c'est ce "comme si de rien était" qui est le ressort de l'abstention. La désespérance de la puissance citoyenne mêlée de fatalisme face à des dirigeants sourds.

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Commentaires articles

1.Posté par KaG le 30/03/2010 09:48
T'arrêtes d'anticiper mes billets, stp, hein ! Nan mais :)

Entièrement d'accord avec toi.
Autre point qui m'amuse beaucoup, les analyses des hommes politiques... "l'abstention était de droite", "l'abstention était à cause de ça ou ça", sans jamais une réelle remise en cause.
Et pour cause, ils s'en foutent tant que des gens votent...

2.Posté par Wuyilu le 30/03/2010 10:16
Oui Christophe et c'est là que la communication politique touche ses limites. Car il y aurait effectivement bien des moyens de faire revoter ces gens, mais il ne sert à rien de leur faire du storytelling si les réactions systématiques des décideurs témoignent d'un tel mépris des votes exprimés. D'un autre côté, je pense que si le vote était obligatoire, ou les bulletins blancs comptabilisés (avec un système d'invalidation de l'élection à partir d'un certain pourcentage), les citoyens souhaiteraient peser davantage sur la vie politique... cela devrait également s'accompagner d'une véritable autocritique du système médiatique et d'une réforme structurelle de celui-ci pour le rendre moins dépendant de l'audience et des intérêts privés. Enfin, je sais que je touche déjà la frontière de l'utopie....

3.Posté par ArnaudH le 30/03/2010 10:27
Tu le dis toi-même entre les lignes: en créant un enjeu véritable à chaque élection. L'hérétique insistait sur les clivages, il a raison. Il s'agit donc d'organiser une subsidiarité et des clivages visibles. L'un représente au préalable un travail de fond institutionnel sur la dévolution et les politiques affectées, l'autre un travail de fond programmatique. Les deux nécessitent une communication politique opérante, dont une sélection de candidats capables de faire passer ces deux idées. Si l'on regarde les pays où les enjeux macro-régionaux sont de taille (Espagne, Italie, Royaume-Uni, Allemagne) , on s'aperçoit que ces élections mobilisent. Je précise, dans le cas de l'Allemagne, il ne s'agit nullement de réflexes identitaires régionaux.

4.Posté par José le 30/03/2010 11:10
Peut-être faut il chercher une des raisons de l'abstention un certain 29 mai 2005, où 69,34% des électeurs sont allés voter ... avec au final le résultat que l'on connait !

5.Posté par Christophe Ginisty le 30/03/2010 11:48
José -> Absolument ! C'est un événement majeur qui participe à l'abstention.

6.Posté par Fotini le 30/03/2010 17:30
Si on pouvait effectivement comptabiliser véritablement les votes blancs qui expriment le fait que les votants ne se reconnaissent pas dans l'offre politique proposée, cela mobiliserait peut-être les abstentionnistes. Mais ce n'est pas sûr, malheureusement.

A moins qu'il n'y ait des représentants du vote blanc chargés d'exprimer les doléances des citoyens qui votent blanc.
Cela équivaudrait probablement à créer un parti 'blanc", qui aurait peut-être la force de faire du lobbying en faveur du changement de la représentation politique et de ses moeurs ?

7.Posté par Martine le 30/03/2010 17:55
Je vote nul ! Face aux interventions de Mme F !
Oups, je sors

8.Posté par Jarodd le 30/03/2010 20:25
Posons la question dans l'autre sens : pourquoi essayer de trouver des solutions ? Les politiques sont bien contents des scores de l'abstention : moins il y aura de votes, plus ils auront les mains libres pour faire leur politique sans avoir à se justifier ! Imaginez si 100% des inscrits s'exprimaient, ils auraient bien plus la trouille et auraient certainement plus de considération pour les électeurs !

9.Posté par Jarodd le 30/03/2010 20:26
J'ajoute que comptabiliser les votes blancs, si ça serait plus logique que de les mêler aux abstentionnistes, ne règlerait rien : que ferait-on si on avait 60% de votes blanc, et 40% d'exprimés ? On revote jusqu'à ce que ça change ? On ne met personne aux postes des élus ?

10.Posté par Fotini le 31/03/2010 10:05
@Jarodd

C'est tout le problème du vote blanc, si ça se réduit à un vote protestataire de facilité.

11.Posté par Jourdan le 03/04/2010 20:54
Je partage cette analyse.

12.Posté par Martine le 03/04/2010 22:33
@Jourdan,
J'attends toujours la réponse à ma question, sur un autre fil, ici meme...

13.Posté par Jourdan le 03/04/2010 23:24
@Martine,
Ma réponse est négative : il n'y a aucun lien de parenté avec le Jourdan de la liste UMP dont tu parles.
Bien à toi et à bientôt,

Pierre Jourdan, modem94

14.Posté par anonymous le 10/04/2010 23:08
Une analyse intéressante sur les élections :

Leçon de marketing électoral appliquée aux petites formations ou pourquoi Bayrou s'est planté
http://horizons.typepad.fr/accueil/2010/03/leon-de-marketing-lectoral.html

@Christophe Ginisty
Tu es conseiller municipal à Issy.
Or il me semble que tu as déménagé, participes-tu toujours au conseil municipal?
Et si oui , qu'a prévu Santini pour remplacer la taxe professionnelle à Issy ?

Cordialement.

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