Christophe Ginisty

Présidentielle : Demandez le programme ?


Rédigé le Lundi 17 Avril 2017



A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, je voudrais revenir sur l’un des points qui me fascine le plus dans la communication politique et c’est le rôle réel joué par le programme des différents candidats.

Il y a là un incroyable paradoxe qui en dit long sur le fonctionnement réel de la démocratie.
 
Véritables pierres angulaires de la proposition politique, conçus, écrits, formalisés pour devenir les supports du débat, fruits de la mobilisation de dizaines d’experts de la société et d’exégètes de l'idéologie, les programmes sont en réalité assez secondaires dans les choix que font les électeurs. Pour certains, ils ne comptent pas du tout.
 
A priori, on pourrait penser et même espérer que les candidats seront jugés sur ce qu’ils proposent et que les électeurs auront à cœur de lire cette littérature abondante avant de se rendre au bureau de vote. Une infime minorité de gens procède ainsi et ce, pour cinq raisons principales à mes yeux.
 
La fidélité à un camp
Il y a des gens qui votent à gauche, d’autres à droite, qui l’ont toujours fait et qui le feront toujours. Peu importe le candidat, peu importe le programme, certains font de leur ancrage sur l'échiquier politique une doctrine, reléguant tout le reste au rang d'accessoire.
 
On l’a vu tout au long de cette campagne et notamment dans la foule des supporters de François Fillon, les personnes interrogées ont souvent justifié leur vote futur en rappelant leur attachement quasi viscéral à cette droite conservatrice héritière de l’UMP et, plus loin, du RPR. Que le candidat soit bon ou pas, empêtré dans des affaires ou vierge de tout ennui judiciaire, ils voteront pour lui.  
 
Le manque de culture économique
La science économique est au cœur des programmes des uns et des autres, partant du postulat que c’est ce qui intéresse le plus les gens et que les électeurs sont captivés par les éléments moteurs de l’activité économique qui auront un impact positif sur leur compte en banque. Or, si cette assertion est vraie, très peu de gens ont la culture nécessaire pour comprendre la technicité des mesures préconisées.
 
Faites un sondage autour de vous et vous vous rendrez rapidement compte que très peu de gens maîtrisent ces sujets. Demandez juste aux autres membres de votre famille ou à vos amis d’expliquer ce que veulent dire les mots (PIB, CICE, RSA, Point d’indice, ISF, SRU,…) et vous comprendrez que le débat se situe ailleurs.
 
La fainéantise
Lire de manière exhaustive un programme, cela prend un temps fou, alors imaginez si nous devions lire tous les programmes des 11 candidats qualifiés ! En plus de notre manque de culture sur l’une ou l’autre des matières couvertes comme évoqué ci-dessus, cela nous prendrait des mois.
 
Les électeurs ne le font évidemment pas. Dans le meilleur des cas, ils se contentent de lire les extraits du programme de celui ou celle pour qui ils s’apprêtent à voter, histoire de ne pas paraître complètement incultes lorsqu’ils auront à argumenter leur choix. Ceux qui s'aventurent à lire le programme d'un autre candidat sont rarissimes. Ils se contentent souvent des résumés qu'en font leurs proches pour aiguiser leurs critiques.  
 
La personnalisation à outrance
Comme disait l’autre, l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme (ou d’une femme) et d'un peuple. L’incarnation de la campagne par un individu est plus important que le programme dans l’esprit des électeurs. On peut le regretter mais c’est ainsi. La personnalisation d’une élection comme celle-ci est absolument déterminante faisant alternativement office de repoussoir ou d’aimant.
 
Nicolas Sarkozy a perdu en 2012 (et à la primaire de 2016) parce que les gens rejetaient sa personnalité. Jean-Luc Mélenchon fait aujourd’hui une percée remarquable, pas parce que les français sont devenus communistes mais parce que sa personnalité crève l’écran. Emmanuel Macron a pu rassembler autour de lui des dizaines de milliers de supporters avant même d’avoir publié le moindre programme car il incarnait le renouvellement et l’audace dans une posture symptomatique du centrisme.
 
La recherche d’une mesure symbole
Point corolaire d’un peu tout ce qui précède, les électeurs ne vont pas lire les programmes mais vont se servir des médias pour résumer un programme auquel ils adhèrent ou qu’ils rejettent à une ou deux mesures phares.
 
Prenez le pauvre Benoît Hamon. Il a dit plein de choses mais on ne retient que son idée controversée de revenu universel. De Jean-Luc Mélenchon, on retient la belle idée d’insoumis si proche de la culture française. François Fillon a été englué dans des attaques maladroites contre l'assurance maladie, Emmanuel Macron est devenu l’homme de la suppression de la taxe d’habitation, là où Marine Le Pen règne en chantre de la lutte contre l’immigration. Tout cela est évidemment réducteur mais c’est ainsi que se prennent les décisions à l'aune du vote. 
 
Alors oui, on peut toujours demander le programme et se livrer à des exégèses savante mais, soyons-en parfaitement conscients, ce n’est pas sur ça que les gens iront — ou n'iront pas — se prononcer dimanche prochain.
 
A suivre…  
 
 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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