Christophe Ginisty

Présidentielle : pourquoi personne n'ose être disruptif ?


Rédigé le Dimanche 18 Décembre 2011



Présidentielle : pourquoi personne n'ose être disruptif ?
En observant les débuts de la campagne des présidentielles, outre la relative pâleur des candidats qui constituent pour le moment l'offre politique qui va être proposée aux français, je n'arrive pas à comprendre pourquoi aucun des candidats n'ose une stratégie de disruption.

La disruption, c'est une stratégie qui fut théorisée par des publicitaires (et notamment Jean-Marie Dru de BDDP) au début des années 90 dans le but de faire sortir des marques de la monotonie. C'est une stratégie qui vise à provoquer une attention immédiate et forte du public, grâce à un message qui sort de l'ordinaire et semble jaillir brusquement de nulle part.

Dans un ouvrage sur le sujet, on pouvait lire les définitions suivantes.

"La disruption est un catalyseur d’imagination, une alternative à l’uniformisation de la pensée, un agent du changement, un accélérateur de l’anticipation."

Quand est-il essentiel d'avoir recours à cette stratégie ?

Lorsque l'information est massivement monotone et uniforme et lorsque l'on n'arrive pas à se faire entendre par une stratégie de séduction "traditionnelle."

Je pense notamment aux petits candidats qui ont très peu accès aux grands médias et qui ne parviennent pas à se faire remarquer du corps électoral.

Comme ils sont peu présents, ils n'apparaissent pas dans les intentions de vote des divers sondages consacrés à l'élection et comme ils n'apparaissent pas dans les sondages, ils n'intéressent pas les médias. C'est un cercle vicieux absolument épouvantable, un truc de la poule et de l'oeuf où rien ne semble pouvoir créer de surprise dans un ballet médiatique conventionnel.

Je serais en situation de devoir conseiller l'un de ces petits candidats, je recommanderai urgemment de réfléchir à une stratégie disruptive.

Mais, me direz-vous, c'est quoi une stratégie disruptive en matière de campagne électorale et que pourraient-ils faire pour la mettre en oeuvre ?

C'est tout simple. Il faut dans un premier temps arrêter de suivre "bêtement" l'actualité et la commenter de manière polie et attendue. Polie parce que l'on veut être absolument consensuel et attendue parce que l'on veut être fidèle à son image.

En matière de disruption, il ne faut pas suivre mais créer l'actualité par des propos qui interpellent les gens (et en premier lieu les journalistes), soit parce qu'ils sont choquants, politiquement incorrects, outranciers, ou encore anachroniques et inhabituels. Il faut oser sortir des traditionnels sentiers battus pour avoir une chance d'obtenir un traitement médiatique majeur.

Peu de gens savent et osent faire ça. La plupart des personnalités politiques ont tellement peur de déplaire qu'ils répugnent à adopter une posture qui serait identifiée comme fortement clivante. Et puis il y a autre chose: nous sommes progressivement entrés dans une société où la parole est aseptisée, une société qui fait peser une pression énorme sur chaque prise de parole.

Du coup, ils restent dans l'anonymat des sondages, fustigeant un système médiatique qui ne s'intéresse pas à eux et grommelant contre ce qu'ils prennent pour une injustice.

Moi j'ai plutôt envie de paraphraser Desproges qui proposait à la fin de son spectacle de "d'avoir une pensée pour ceux de mes camarades du spectacle (de la politique?) qui n'ont actuellement aucun travail sous prétexte qu'ils n'ont aucun talent (de communicant). Merci pour eux !"

Allez, cadeau, retrouvez le sketch de Desproges.


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Commentaires articles

1.Posté par Invité le 19/12/2011 21:01
Je salue votre remarque sur la nécessité d’être disruptif ces temps-ci (non parce que c’est une fin en soi, mais parce que le contexte le demande). Par contre je ne partage pas votre constat de l’absence de candidat dans ce domaine.

Quand le candidat du Front de gauche parle de SMIC à 1700 €, de salaire maximum et d’un écart des salaires au sein d’une entreprise qui doit obligatoirement être compris entre 1 et 20, pour ne citer que ça, je trouve ça pas mal disruptif, pour ma part. :)

Ça fait des mois qu’il en parle, mais les médias ne retiennent que les « capitaine de pédalo » et autres contre-péteries. Preuve s’il en fallait que toutes les formes de disruptions ne sont pas en mesure de briser le cercle vicieux de l’invisibilité des petits candidats.

Merci pour le rappel à Desproges !

2.Posté par Christophe Ginisty le 19/12/2011 21:18
Dans la notion de disruption, il y a aussi l'idée d'efficacité.

Si cela ne fonctionne pas, c'est que ce n'était pas suffisamment puissant comme proposition. Donc, pas disruptif du tout.

Il faut donc que le candidat dont vous parlez revoie sa copie.

3.Posté par invité n°2 le 14/02/2012 16:50
Ce que je n'ose pas croire, je me l'interdis
ce que j'ose croire, je le crée
ce que je crée est de ma responsabilité

bonjour à tous,

je suis tombée sur cet article en cherchant à imager mon credo voir les phrases ci-dessus. Et bien j'ajoute mon grain de sel. Je crois bien que seuls les vainqueurs peuvent vaincrent, et oui ! il faut imaginer un monde nouveau en faisant des choix radicalement différents.

Est-ce continuer à maintenir les gros salaires dans la fonction publique, est-ce continuer à verser des aides aux non chercheurs d'emploi, est-ce en versant des garanties aux banques ?

le système peut être différent, oui, il faut le vouloir et le créer et le faire vivre.

4.Posté par jacques le 17/02/2012 19:43
Autant l'article sur les caricatures de Sarko m'a laissé froid autant je trouve celui ci intéressant, c'est un mot que l'on pourra supprimer bientot du dictionnaire tant le politiquement correct l'emporte et ce malheureusement bien au dela de la seule sphere politique

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