Propos de Ségolène Royal : La presse est-elle condamnée à se faire avoir encore longtemps ?On n'est plus dans la politique, on est dans la pipolitique. On est pas dans le débat, on est dans la provoc. On pourrait croire la manoeuvre un peu trop grossière pour "prendre" et bien non, la presse tombe encore une fois dans la panneau.
Je n'ai pas franchement envie de commenter les propos de Ségolène Royal ni même sa stratégie de communication empruntée au candidat Sarkozy des années 2005-2007. Je n'ai pas envie de m'appesantir sur cette façon de provoquer l'opinion publique pour exister et fixer l'agenda. Et si je n'ai pas envie de le faire, ce n'est pas tant pour me démarquer que pour affirmer mon ras le bol de cette mécanique dans laquelle la presse politique se laisse prendre.
Ce matin, j'étais en conférence de presse avec François Bayrou pour la présentation de la liste Ile de France pour les européennes et ça n'a pas loupé, des journalistes lui ont demandé de réagir sur les propos de la présidente de la région Poitou-Charentes. On pouvait certes s'attendre à cette question mais le problème n'est pas tant qu'elle ait été posée que le fait que ce soit la seule info que les journalistes aient retenu. Faites un test, tapez "Bayrou" dans Google news et vous ne trouverez presque que cela. On se fait suer à réunir des candidats qui viennent se présenter devant les journalistes pour une élection majeure et la seule reprise de taille concerne cet épisode grotesque de pipolitique. Ce soir, en rentrant d'un rendez-vous, j'écoute France Info et rebelote, une dizaine de minutes de débat entre Jean-Marie Colombani (www.slate.fr) et Pierre Haski (www.rue89.com) sur la question du jour : "Ségolène Royal a-t-elle perdu la tête ?" On s'en fout ! Tout cela m'agace et franchement, j'ai parfois envie de me demander qui a perdu la tête ? Est-ce l'ancienne candidate à la présidentielle ou est-ce la presse qui fait ses choux gras de déclarations outrancières et vides de sens. Qui est malade ? La politique ou l'image qu'on en donne dans les médias "chauds" avec un panurgisme consternant ? J'imagine que vous avez une petite idée de ce que j'en pense à la seule façon avec laquelle j'ai posé la question. Ségolène Royal (ou n'importe quel opportuniste outrancier) pourra continuer d'exister tant qu'on lui prêtera de l'attention et qu'on mettra automatiquement en Une ses délires. Et qu'on ne me sorte pas la parade traditionnelle des journalistes blessés qui, face à de telles critiques, vous arrêtent tout de suite avec condescendance pour vous dire : "Ah, mais moi Môssieur, si j'en parle, c'est parce que ça intéresse les français". Tu parles, Charles ! Je ne suis vraiment pas certain que les français n'aimeraient pas qu'on élève un peu le débat et qu'on leur parle des problèmes de leur quotidien et de la manière avec laquelle on va les en sortir. Non, franchement, cette énième histoire me navre et cela me donne une triste image de l'état du débat public en France. Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 20 Avril 2009
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