Qu'est-ce qu'on gagne à ne pas reconnaître sa défaite ?
C'est une question que je me pose depuis dimanche soir et la soirée électorale que j'ai suivie avec attention. On assiste depuis des années au même type de gesticulations : les vainqueurs objectifs gloussent mais sans triomphalisme pour éviter le péché d'arrogance. Quant aux perdants, ils évitent de reconnaître leur défaite, comme si l'attitude était indigne et exclue du dialecte politique.
En termes de communication, ça pose une sérieuse question quand même. Et je me demande sincèrement quels sont les ressorts de cette résistance au réalisme. Quelle est la mécanique qui se cache derrière cette posture ? Car j'ai eu beau écouter et lire, ni les membres des listes UMP, ni les membres des listes MoDem, les deux grandes familles de perdants de ce premier tour n'ont concédé le moindre territoire. En fait, il existe une tradition en communication qui consiste à ne jamais perdre la face en public. La télévision est un spectacle, une émission politique est un show scénarisé et tout le monde s'entend pour essayer de donner le meilleur de lui-même. Il faut être positif, se montrer résistant, indestructible. C'est un truc dont je parle dans mon livre (à sortir en avril prochain), la télévision ne met pas en avant des hommes et des femmes dans toute leur humanité, elle crée des personnages qui se comportent en super-héros. Ils n'ont rien à gagner à se montrer indestructibles mais cela fait partie du jeu. Je trouve cette posture stupide et stérile. Comme peuvent l'être toutes les tentatives de nier publiquement une évidence. En faisant cela, on s'éloigne du téléspectateur qui réalise à quel point il ne vit pas dans le même monde et avec les mêmes codes que celui ou celle qu'il regarde à la télé. Car dans sa vie de simple citoyen, quand il est en situation d'échec, il ne peut le nier. Les hommes politiques gagneraient en proximité s'ils se comportaient parfois comme de simples citoyens. En ne cherchant pas à dissimuler la peine de devoir affronter un échec, ils provoqueraient une forme d'empathie rassurante chez les électeurs. Ils auraient tout à gagner à reconnaître leurs défaites. Rédigé par Christophe Ginisty le Mercredi 17 Mars 2010
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Petite chronique énervée contre ces leaders qui se moquent de leurs militants




