Christophe Ginisty

Réfexions personnelles sur l'impopularité record de François Hollande


Rédigé le Mardi 12 Novembre 2013



Il ne se passe pas désormais une journée sans que les médias, suivis à la trace par les piliers des réseaux sociaux échangent des commentaires sarcastiques sur l'impopularité record de François Hollande, sondages à l'appui. 

Dans cette cacophonie assourdissante et sans vouloir un seul instant vous entraîner dans une discussion politique (et je vous serais reconnaissant de ne pas céder à cette tentation de faire du "bashing" facile pour l'actuel locataire de l'Elysée), je voudrais partager avec vous trois réflexions que m'inspirent ces conversations. 

L'impopularité n'est pas une info 
Même si vous allez me dire qu'à ces niveaux là, cela devient un fait de société, je prétends pour ma part que la notion même de popularité est incompatible avec l'exercice du pouvoir en temps de crise et dans la société française telle qu'elle est en 2013. Tous les dirigeants nationaux souffrent d'une désaffection immédiate et croissante du public dans ce pays qui a développé depuis des siècles une forme plus ou moins systématique de défiance vis à vis du pouvoir national.

Bien sûr, certains présidents ont dévissé plus vite que d'autres mais aucun n'est resté plus de quelques mois au dessus de la barre des 50%, de sorte de lui conserver une affection majoritaire. 

La France est un pays crispé et dont la majorité des citoyens n'éprouve pas la moindre sympathie pour la classe politique gouvernante, de quelque bord qu'elle se situe. Nous basculons d'une majorité à l'autre depuis des décennies avec une inconsistance stupéfiante. Cela en devient même un jeu. A peine untel est-il élu que les électeurs d'hier affichent leur déception pour sa gouvernance. C'est comme ça. 

Nous fustigeons le manque de longueur de vue de ceux qui sont au pouvoir. Que dire de notre consistance face à un vote et de notre patience face aux effets des réformes entamées ?  

Encore une fois, je ne dis pas que François Hollande mérite ou non son impopularité. Je m'en fiche.

Je dis simplement que ce n'est pas un critère qui m'intéresse. Et de même que je trouvais déviant le comportement de Nicolas Sarkozy qui avait un oeil rivé sur les sondages payés à coups de millions d'argent public, je ne veux me laisser aller à commenter la communication politique sous le prisme de ces études de popularité. Car c'est infiniment réducteur et trompeur. 

L'impopularité est hors sujet 
Que demande-t-on à un chef d'état ? De gouverner, pas d'être aimé. Le fait que François Hollande soit impopulaire me parait totalement étranger à ce que tout citoyen devrait retenir de l'actualité politique. 

La majorité des français ne l'aime pas et ne comprend pas son message. Et alors ? La seule conclusion que j'en tire pour ma part est qu'il ne sait pas communiquer et qu'il est totalement incapable de rendre intelligible son action. Il est en incapacité de communiquer pour rassembler autour de lui. 

C'est probablement le plus mauvais communiquant parmi tous les présidents de la Cinquième République, ça je vous le concède. De Gaulle avait l'autorité du père et du sauveur, Pompidou avait une agilité intellectuelle remarquable, Giscard était un surdoué et probablement le premier à évoquer une certaine modernité, Mitterrand était rassembleur et inspirant, Chirac avait une forme de proximité inégalée et Sarkozy suscitait l'admiration pour son énergie. Tous les prédécesseurs de l'actuel président avaient un don spécifique et exceptionnel. François Hollande ne l'a pas et pire, ne cherche pas à le développer.

Est-ce pour autant un mauvais président ? Je n'en sais rien. Je ne le sais pas encore car j'attends que le temps fasse son effet pour me prononcer. 

La popularité ne confie pas la légitimité 
Conséquence inévitable de ces torrents sondagiers qui pointent l'impopularité du chef de l'exécutif sur une pente savonneuse, certains commencent à s'inviter dans le débat pour réclamer la démission de celui qui a pourtant été régulièrement élu au suffrage universel. 

Non seulement c'est absurde mais une telle attitude est dangereuse pour la démocratie. 

Nous vivons dans un régime où la légitimité du pouvoir est encadré par deux choses essentielles : l'élection et l'existence de contre-pouvoirs. L'élection confère l'autorité de gouverner pour un temps déterminé et les contre-pouvoirs prévus dans la constitution en sont les garants permanents. 

A aucun moment, l'opinion en tant que phénomène ressenti peut jouer ce rôle. Si les français souhaitent exprimer cette désaffection en actions démocratiques, ils auront l'occasion et le loisir de le faire lors des consultations électorales dont les prochaines années sont parsemées. Qu'ils retrouvent le chemin des bureaux de vote et qu'ils se prononcent dans l'isoloir ! 

A l'heure des réseaux sociaux, et même si nous sommes entrés dans une époque où l'expression publique des citoyens n'a jamais été aussi débridée et prépondérante, nous devons prendre garde à ne pas faire de l'opinion l'ultime juge de paix de nos institutions à la barre du tribunal des popularités. 

Je le répète une nouvelle fois pour que les choses soient claires, cette note ne porte aucun jugement sur l'action du Président de la République et ne tente pas de le défendre de quelque manière que ce soit (et je supprimerai tout commentaire déviant sur ce terrain). C'est tout au plus une réflexion personnelle sur le prisme déformant de l'impopularité sur fond d'un vrai regret d'observer quelqu'un communiquer aussi mal. 

A suivre... 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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