Christophe Ginisty

Réflexions autour de ma "grande bouffe" informationnelle


Rédigé le Samedi 13 Juillet 2013



Réflexions autour de ma "grande bouffe" informationnelle
Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais je fais parfois des overdoses d'informations.

Oui, vraiment. Ce sont des moments très particuliers, des jours entiers où je ne peux plus absorber la moindre information d'actualité sans la rejeter immédiatement, instinctivement. Des jours où même les choses les plus graves ne parviennent pas à retenir mon attention plus de deux secondes.

Ce n'est pas du mépris pour le sort de mes congénères, juste un état passager d'ordre physique, mécanique même.

C'est vrai que je suis pratiquement toujours connecté avec un appareil mobile au réseau, que je m'informe en temps réel, que je considère même que ce doit être là l'une des toutes premières priorités d'un professionnel de la communication et je le répète à mes collaborateurs et mes élèves. S'informer ! Mais il y a des moments où ça ne passe plus. 

Rassurez-vous, il n'y a rien de grave dans ce que je vous raconte et je vais très bien et le moral est au top. Si je vous parle de ça, c'est que cela m'inspire plusieurs réflexions professionnelles que je voudrais partager avec vous. 

L'information est une nourriture 
On peut faire d'innombrables parallèles entre le fait de s'informer et le fait de s'alimenter. Les deux activités reposent sur le besoin d'assouvir un besoin naturel (Vous allez peut-être me dire à ce stade qu'on peut vivre sans information mais pas sans aliment et je vous dirai que je ne le crois pas). Et puis une information, ça se choisit, ça se prépare aussi et puis ça se mâche, ça s'absorbe et ça se digère.

Et comme dans le rituel de l'alimentation, la consommation d'information obéit à un rythme, subit le dictat de la gourmandise puis il arrive un moment où l'on n'a plus faim, où l'on s'arrête. Pas tous au même moment et j'avoue que moi qui vous cause, je serais plutôt en état d'obésité informationnelle tant je m'en enfile ! 

L'enseignement que l'on peut en retenir d'un point de vue professionnel est que lorsque l'on communique et que l'on veut susciter l'intérêt, il faut absolument intégrer deux notions : le nombre d'informations que l'on diffuse d'une part et l'intensité informationnelle du moment d'autre part. Il s'agira donc en permanence de veiller à limiter au maximum le nombre de messages pour les rendre digestes et de s'assurer que l'on n'est pas noyé dans une période de vacarme. 

La prolifération crée l'indifférence 
Le truc qui me fait me sentir coupable lorsque je suis en situation de saturation informationnelle, c'est que ce qui ce que distille l'actualité ne me fait plus ni chaud ni froid. C'est l'encéphalogramme plat, l'absence totale d'intérêt. 

Je ne parle évidemment que des informations qui me sont extérieures, celles qui alimentent les fils d'information ou les tweets des gens que je suis. Si je recevais une informations directement impliquantes, s'il arrivait quelque chose à l'un de mes proches, je sais avec certitude que mon appétit se réveillerait évidemment d'un seul coup. 

Mais si je souligne ici l'indifférence c'est qu'elle est absolument déterminante dans la capacité du public à traiter les informations. C'est d'ailleurs une technique de communication utilisée par certains gouvernants : afin de ne pas subir les affres d'une opinion scandalisée, on la sature d'informations, jour après jour, de sorte qu'elle ne fera même plus attention à ce qui se passe et laissera filer des choses réputées impopulaires dans l'indifférence générale. 

Le besoin de recul n'a jamais été aussi présent 
Internet a créé l'abondance et l'omniprésence. Il a favorisé l'éclosion d'une société de gens remarquablement informés en temps réel, qui savent tout ou presque et qui enrichissent l'instant de leurs propres contributions. C'est foisonnant, souvent passionnant, parfois désespérant, addictif et vertigineux. 

Bien sûr, libre à nous de nous déconnecter et d'attendre patiemment notre journal de 20h pour apprendre "ce que l'on pouvait retenir de l'information aujourd'hui !" Mais cette faculté est bien peu séduisante pour des utilisateurs qui trouvent finalement dans le web un endroit de plus grande diversité que cette mise en capsule rituelle. 

Ce que nous devons sans doute méditer de ce troisième élément est que nous allons devoir proposer aux personnes que nous informons de vrais moments de pause et de prise de hauteur.

Si nous voulons que les parties prenantes nous comprennent et se forgent une idée sur notre réputation, nous devons éviter de communiquer au même rythme que le web. C'est incompatible avec le discernement. Nous devons alterner et savoir prendre le web à contrepied et je crois que nous allons dans le futur assister de plus en plus souvent à des stratégies de communication qui vont jouer sciemment sur la déconnexion pour toucher leurs cibles. 

D'ailleurs, la mode de ce que l'on appelle le "brand content" fonctionne sur cette promesse de hauteur et la décline de manière très intelligente. 

Voilà ce que je voulais partager avec vous sur le sujet. L'excès d'information est nuisible pour la santé mentale. Sachons donc faire un break tout en restant vigilants.

Je vous souhaite une bonne fête nationale. Prenez soin de vous !

A suivre...  

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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