Christophe Ginisty

Réflexions personnelles sur les enjeux du "tous pourris"


Rédigé le Dimanche 7 Avril 2013



Réflexions personnelles sur les enjeux du "tous pourris"
L'affaire Cahuzac n'en finit pas de faire couler de l'encre et quelque chose me dit que nous sommes loin, très loin d'en avoir terminé. Je prends les paris que nous allons dans les prochaines semaines avoir des révélations qui vont faire passer l'ancien ministre du budget pour un stagiaire.

Les français vont aller de surprises en surprises et ce ne sont pas les pétitions valeureuses mais naïves lancées ici ou là qui vont changer les choses.

D'abord parce que le sujet est trop grave pour qu'il soit traité par une pétition et d'autre part parce que ces initiatives sont pour la plupart instrumentalisées par des leaders politiques de second plan qui se servent de la colère populaire pour l'incarner au vol et tenter de retrouver le chemin vers des médias qui les avaient oubliés.

Personne ne s'y trompe.

Nous allons entrer dans une séquence beaucoup plus longue que nous le pensons et l'indignation des français va prendre de l'ampleur autour d'un amalgame certes insupportable mais inévitable : ceux qui nous dirigeants sont tous pourris !

Mais arrêtons-nous deux secondes sur cette expression pour en percevoir la portée réelle. Que signifie-t-elle au fond et que doit-elle nous apprendre au moment de concevoir une stratégie de communication pour la combattre ?

Je pense que nous devons avoir présent à l'esprit deux choses fondamentales.

Tous pourris, c'est déjà et avant tout "tous pareils"
S'il y a bien quelque chose qui ne s'embarrasse pas du clivage droite/gauche, c'est bien la certitude que la "pourriture" ne connaît pas de limite ou de frontière sur l'échiquier politique national.

Lorsque les gens s'expriment et affirment que leurs dirigeants sont tous pourris, c'est qu'ils ont acquis la certitude que tout le monde était à mettre dans le même sac.

Il faut dire qu'ils ont raison de le croire, ne serait-ce que par le profil de ceux qui sont aux commandes.

Presque tous diplômés de la même école, issus des mêmes rangs de la fonction publique, les hommes et les [rares] femmes qui forment la classe dirigeante est tout sauf représentative de la population française.

Jaloux de leurs privilèges, convaincus que le pouvoir leur revenait de droit, ils ont disposé un plafond de verre au dessus des citoyens pour mieux les empêcher de les concurrencer dans l'accession au pouvoir politique.

Les plus hautes fonctions ne sont pas accessibles à l'idée de même de diversité et c'est l'un des terreaux sur lequel le "tous pourris" se développe si puissamment.

Pour avoir une chance de lutter contre la défiance généralisée, il faut présenter aux français une réaction qui consistera à briser ce plafond de verre et se nourrir de l'apport de citoyens dont l'engagement sera en partie la clé du problème.

La classe dirigeante évitera la gangrène en laissant la diversité l'enrichir... et la sauver.

Dans "Tous pourris", il n'y pas que des politiques, il y a aussi des journalistes
Il serait imprudent de croire que l'accusation "tous pourris" ne vise que les gouvernants en place ou plus généralement les seuls hommes et femmes politiques.

Non, cette accusation englobe le pouvoir dans l'ensemble de sa manifestation médiatique et elle inclut des journalistes qui sont à la fois les partenaires et les faire-valoir des personnalités politiques.

On a beaucoup disserté dernièrement sur les attaques de Jean-Michel Aphatie contre Mediapart. Mais il n'est pas le seul à mettre en cause. On pourrait y ajouter tous ces journalistes qui ont refusé de traiter le sujet, d'enquêter à leur tour et qui n'ont pas voulu faire confiance à la rigueur du travail de leurs confrères du journal en ligne.

Ces journalistes tellement proches de ceux qui nous dirigent qu'ils en sont devenus les amis, les confidents silencieux et les médiateurs complaisants, plus préoccupés à proposer un divertissement de qualité que de réaliser une interview serrée à la recherche de la vérité.

Si nos dirigeants actuels veulent se sortir de cette crise par le haut — ce que j'appelle sincèrement de mes voeux —, ils ne pourront pas faire l'impasse de ces deux paramètres.

Les mesures symboliques, fortes ou faibles, ne suffiront pas. Les gens ne se nourrissent pas uniquement d'informations mais aussi de croyances. Il faut agir sur ces croyances.

Il faudra traiter la question de la diversité en renouvelant massivement le personnel politique, de sorte que plus personne ne pourra faire d'amalgame. Il faudra également traiter la question de la connivence politique/journaliste et y mettre un terme pour véritablement s'éloigner d'une logique de caste.

Les dirigeants actuels ont cette responsabilité. S'ils s'y attèlent, ils entreront dans l'histoire pour avoir réussi à changer la politique française. S'ils refusent ou contournent cette opportunités, ils rentreront également dans l'histoire mais pour avoir fait le lit de mouvements populistes.

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par Cassandre le 24/06/2013 14:43
Bonjour Monsieur,

Ce que vous écrivez dans cet article rejoint pour beaucoup les réflexions présentées dans le film "Les Nouveaux Chiens de garde" il me semble...
http://www.lesnouveauxchiensdegarde.com/
Le titre de l'article,"tous pourris", parce qu'il est ostensiblement dogmatique, grossier et caricatural, laissait toutefois attendre une mise en cause de ce jugement "populaire". Pourtant il n'en est rien, comme si, après la réflexion, force était de constater que, pour une fois, il fallait quitter les discours des "justes milieux" et admettre, voire s'emparer du dogmatique-grossier-caricatural "tous pourris".
Est-ce la votre conclusion ? Et dans ce cas, quelle est la suite ?

Cordialement,
Cassandre

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