Christophe Ginisty

Réflexions sur le départ de Benoït XVI et la crise de réputation de l'église


Rédigé le Dimanche 3 Mars 2013



Réflexions sur le départ de Benoït XVI et la crise de réputation de l'église
La décision de Benoît XVI de se retirer est décidémment l'une des décisions les plus modernes qu'un pape ait prise depuis de très nombreuses années.

Et voyez-vous, elle n'en finit pas d'avoir des conséquences intéressantes à observer du point de vue de la communication.

Parmi elles, la crise de réputation est sans doute celle qui me passionne le plus.

Tout ceci vient d'un mécanisme bien connu. En temps de gouvernance normale, personne ou presque ne se pose des questions sur l'institution. Mais lorsque le moment de la relève arrive, l'opinion se focalise sur l'image, comme si les gens avaient automatiquement besoin de faire un point d'étape avant de passer à la suite.

C'est vrai pour toutes les organisations, que ce soit des entreprises, des associations ou des institutions. La séquence de succession est toujours un moment d'examen de conscience en public pour l'organisation en question. Et les gens comptent les points et observent.

Je ne suis pas un grand fan de Benoît XVI ou de la papauté en général. J'ai une façon très personnelle de vivre la chose religieuse qui ne laisse que peu de place aux institutions et hommes d'église. Et de toute manière, ce n'est pas le lieu ici pour discuter de cette partie intime de mes convictions.

Mais je dois avouer que je suis épaté par ce que la démission de ce pape a permis de provoquer dans la société.

Ce soir, je suis tombé sur cette dépèche publiée sur le site du Parisien :

"Le cardinal britannique Keith O'Brien, connu pour ses positions anti-homosexuelles et accusé par des prêtres de conduite indécente, a fait dimanche son mea culpa pour un "comportement sexuel" inapproprié, un geste rare qui intervient au moment où l'Eglise s'apprête à élire un nouveau pape.

Le cardinal avait annoncé le 25 février sa démission de son poste d'archevêque de Saint Andrews et Edimbourg (Ecosse) et sa décision de renoncer à participer au conclave destiné à élire le successeur de Benoît XVI.
 
Il avait à cette occasion demandé "pardon à tous ceux qu'il avait offensés", mais n'avait fait aucune allusion aux allégations dont il était publiquement l'objet depuis la veille.

Dimanche, le religieux, âgé de 74 ans et tenu comme tous les prélats catholiques au voeu de chasteté, a reconnu, dans un communiqué, avoir eu un comportement sexuel inapproprié au regard de ses fonctions.

"Ces derniers jours, des allégations faites contre moi sont devenues publiques", a déclaré le cardinal. "Au début, je les ai contestées en raison de leur caractère anonyme et imprécis. Cependant, je souhaite saisir cette occasion pour reconnaître que mon comportement sexuel a été parfois en-deçà des standards qu'on attendait d'un prêtre, d'un archevêque et d'un cardinal", a-t-il ajouté.
"A ceux que j'ai offensés, je présente mes excuses et demande pardon", a poursuivi le cardinal, qui a annoncé son départ à la retraite."


Sans vouloir m'étendre sur les faits, je trouve qu'il est plutôt réjouissant d'obtenir enfin les excuses de ce type de personnage et, excuses qui sont à mettre entièrement au crédit de la démission de Benoît XVI.

Le pape avait-il conscience qu'il provoquerait ce type de "confessions" en annonçant son départ ? Est-il tout simplement parti car il ne pouvait plus cautionner les agissements dont il avait connaissance ? Ou sommes-nous en train de fantasmer alors que sa seule motivation serait inspirée par une santé précaire ?

Nul ne peut le dire à la place du principal intéressé mais je suis épaté par la fertitlité de séquence que nous vivons. 

Mais puisque nous sommes sur un blog qui traite principalement de communication, arrêtons-nous deux secondes sur ce que cela nous apprend en matière de gestion de la réputation.

La leçon que nous devons tirer de cet épisode est que la nouveauté se nourrit de disruption et que la disruption se nourrit de rupture.

Lorsque l'on veut changer une réputation, provoquer un choc dans l'opinion qui puisse amener autre chose, il faut organiser le renouvellement de la direction.

Trop peu de leaders ont le sens de l'intérêt général de leur organisation. Ils aspirent juste à la diriger le plus longtemps possible pour continuer de jouir des attributs du pouvoir comme ce qui est en train d'arriver au Medef avec le putch désolant de Laurence Parisot.

Or, et c'est que nous arpprend Benoït XVI, on peut rendre un immense service à son organisation en la quittant. Par l'attention soudaine de l'opinion publique et la puissance de la pression médiatique, on contribue ainsi à lui donner l'opportunité d'évoluer et de nettoyer sa réputation.

Car il est bien connu que les organisations doivent survivre à celles et ceux qui les dirigent.

A suivre...

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