Christophe Ginisty

Relations publics : un métier qui devient enfin passionnant


Rédigé le Dimanche 9 Décembre 2012



Relations publics : un métier qui devient enfin passionnant
Le titre de ma note du jour peut vous paraître surprenant venant de quelqu'un qui fait ce métier depuis plus de 20 ans mais l'honnêteté intellectuelle m'oblige à faire cet aveu : le métier que j'exerce commence vraiment à me passionner.

Il était temps, me direz-vous et vous aurez raison. Car je dois aussi vous faire une confidence, cela n'a pas toujours été le cas.

Quand j'ai débuté avec la création de ma toute première agence, Rumeur Publique, je n'avais pas été formé aux RP. J'imaginais que ce métier serait le meilleur moyen pour moi de participer à la modélisation de l'opinion en travaillant à la source de l'information. Aider des organisations à se faire connaître en établissant un dialogue constructif avec les journalistes, je trouvais cela plutôt plaisant.

Je dois bien l'avouer, ce n'était pas très compliqué non plus. Ma passion pour les nouvelles technologies, ma combativité naturelle et mon goût pour la stratégie et la négociation étaient presque suffisants pour me permettre de réussir dans mon projet.

Au fil des années — et je sens que je multiplie les confessions ce soir — je me suis parfois ennuyé en faisant ce job. Je trouvais tout cela assez répétitif et un peu trop facile. Pire, je ne voyais pas vraiment ce que mes clients pouvaient retirer de ces relations parfois un peu convenues avec des journalistes surrestimant régulièrement la nature et l'amplitude de leur pouvoir.

Puis le web est arrivé. En 1996 d'abord pour moi (première connexion) puis il s'est développé d'années en années. Ce n'est pas la bulle qui m'a passionné mais l'adoption par le plus grand nombre.

Vinrent les années 2004-2005 et le décollage de ce que l'on a appelé le web 2.0, le web participatif.

La chance incroyable que j'ai finalement et que le web 2.0 a totalement bouleversé mon métier. Il a absolument tout changé, tout remis en cause.

Finies les stratégies verticales où l'on maîtrisait le temps, le média, où l'on donnait des infos "sous embargo" et où l'étendue de son carnet d'adresses était le principal fond de commerce. Finies ces heures pendues au téléphone à faire du phoning idiot pour savoir si le journaliste avait bien reçu notre communiqué de presse et s'il comptait en faire quelque chose ou se rendre à la conférence du lendemain.

Même si ces tâches-là se font encore dans les agences, elles ne sont heureusement plus l'alpha et l'oméga des RP et nous pouvons tous en rendre grâce au web.

Depuis quelques années, la transformation devient de plus en plus radicale et c'est assez impressionnant.

Le terrain de jeu n'a plus rien de commun avec ce qu'il était et la principale conséquence de tout ça est que les relations publics sont devenues passionnantes. Chaque jour apporte son lot de surprises, les circuits de l'information sont d'une complexité inouie, les choses vont à une vitesse qui impose une toute autre gymnastique intellectuelle. Bref, c'est devenu passionnant !

C'est compliqué, c'est tendu, incompréhensible et injuste parfois mais c'est ça qui est beau !

Je ne me suis jamais autant éclaté à faire ce métier et c'est avec cet enthousiasme que je m'apprête à prendre la présidence de l'International Public Relations Association en janvier prochain et à organiser la conférence RepuationWar à Paris.

Je ne sais pas si tous les autres professionnels des RP pensent la même chose que moi car j'en croise parfois certains qui vivent cette opportunité comme une menace mais je les encourage vivement à mettre à jour leur logiciel pour comprendre qu'ils sont devant une opportunité incroyable et qu'ils sont au bon endroit au bon moment.

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par Sophie Ryan le 14/12/2012 12:06
Note pertinente en effet sur l'évolution de nos métiers et qui n'est pas prête de s'arréter...Pour rebondir sur l'aspect "menaçant" du web, je vous confirme que cela peut être vécu comme tel quand on n'est pas issu de la génération Y. J'essaie moi même de m'y former car cela me passionne et afin de ne pas 'rester sur le quai' de ce formidable changement mais les réticences viennent parfois curieusement de l'intérieur (management agences).
Je n'ai pas pu assister à votre intervention à l'IABC de mardi mais j'espère qu'il y aura d'autres occasions d'échanger sur le sujet...

2.Posté par Daniel Verbist le 15/12/2012 12:14
Je partage les opinions précédentes. On a effectivement changé de paradigme. Certes, le web 2.0 a rendu les choses plus passionnantes mais aussi plus stressantes. Ayant travaillé pour des organisations actives dans toute l'Europe et à l'échelle mondiale, j'ajouterai que la "zénitude" devient une condition essentielle pour exercer ce métier. D'abord, parce qu'il y a de plus en plus de crises. En effet, à tout moment, quelqu'un, dans le monde, poste un commentaire positif ou négatif sur votre organisation ou ses positions. Et il y a toujours bien quelqu'un de bien intentionné, dans vos propres "followers" qui vous demande de réagir immédiatement. De plus, en raison du décalage horaire, la machine ne s'arrête plus. Quand vous allez vous coucher, les américains continuent à travailler, suivis, vers 1 h du matin par les asiatiques et, quand vous vous mettez au travail, tôt matin, il y a déjà une foule de courriels, de tweets et de SMS à consulter. Une de nos tâches principales consiste maintenant à calmer le jeu et l'impatience de la hiérarchie, à privilégier le moyen terme par rapport a l'immédiateté qui est parfois nécessaire, s'il y a vraiment crise mais trop souvent inutile et gourmande en temps et en ressources. Ne pas réagir est parfois salutaire. Toutefois, il est alors souvent nécessaire d'expliquer à sa propre hiérarchie et à ses propres "troupes" qu'il vaut mieux laisser se calmer une tempête dans un verre d'eau que d'en rajouter et d'engendrer de nouvelles vagues. J'ai toujours eu la chance, ces 15 dernières années, d'être membre du comité de direction et de travailler en totale confiance et en ligne directe avec une Direction Générale qui acceptait ces règles du jeu et se mouillait aussi dès lors qu'une situation nécessitait vraiment une réaction rapide et au plus haut niveau. Je ne me prononcerai pas sur la question de savoir si cette évolution est juste ou non mais en tout cas, si le métier est plus ingrat, plus complexe et parfois plus tendu, il reste passionnant mais est aussi devenu beaucoup plus stressant. De fait, je connais pas mal de cas de réel "burn out" chez mes collègues des RP. Ne pas se laisser engloutir devient un maître-mot.

3.Posté par Bensaoud le 15/12/2012 22:36
Je souscrits à l'idée de Cristophe sur la métamorphose du métier sous l'effet du web. Un nouveau modèle de RP est à inventer, basé sur la capacité à tirer parti de ce medium puissant (qu'est le net), la réactivité et l'immédiateté qu'il impose, ...
Toutes mes félicitations à Christophe pour la présidence de l'IPRA.

4.Posté par Matthieu Sauvé le 21/12/2012 14:58
Bien d'accord avec les commentaires qui précèdent. Je crois qu'effectivement, les nouvelles technologies ont contribué à bousculer la donne, étant entendu que je crois que les professionnels des RP devraient commencer à focaliser un peu moins sur les outils et un peu plus sur les phénomènes sous-jacents qu'ils ont contribué à mettre en lumière. Si, par exemple, la relation (pour ne pas dire le rapport de forces) entre les entreprises et la société civile tend vers un rééquilibrage incontestable, c'est probablement en bonne partie en raison du fait qu'au cours des dernières décennies, le niveau d'éducation de la population a augmenté et avec, son esprit critique. Au-delà de l'armada techno, je crois donc qu'il faut nous intéresser, à titre de professionnels, à l'évolution de cette relation, qui fait que la propagande ou l'unidirectionnalité du discours ne sont plus possibles et que c'est vers un dialogue qui soit réellement mutuellement profitable entre les organisations et la société civile que nous devons regarder. Je fais ce métier depuis une... trentaine d'années et je suis d'accord avec Christophe : les années les plus passionnantes des relations publiques ne sont pas derrière, mais devant nous !

5.Posté par Boris Belobo le 24/07/2015 16:40 (depuis mobile)
Bonjour Monsieur Ginisty. Je suis un jeune étudiant camerounais en relations publiques, ma préoccupation est la suivante: dans un environnement où les relations publiques ne sont pas du tout connues ou du moins très peu...quelle est l''attitude avoir?

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