Christophe Ginisty

Remaniement : Un cramé nommé Desir


Rédigé le Samedi 12 Avril 2014



Ce qui vient de se passer cette semaine avec la polémique autour de la nomination de Harlem Désir est un événement très caractéristique de la gestion de la réputation et peut nous apporter quelques enseignements intéressants.
 
Que s’est-il passé en réalité ?
 
Harlem Désir a été choisi et désigné pour entrer au gouvernement de Manuel Valls en dépit d’une réputation assez unanimement partagée de mauvais Premier Secrétaire du Parti Socialiste. Du coup, les observateurs ont pris cette nomination pour une exfiltration assez choquante sur le thème : « On promeut un looser en lui confiant un poste stratégique à quelques semaines des élections européennes. On offre un portefeuille ministériel de premier ordre à quelqu’un qui n’a pas fait ses preuves dans une mission de moindre importance.»
 
Après vous avoir dit que ces propos n’engagent que ceux qui les ont tenus et sans vouloir un seul instant débattre du fond, en quoi cela doit-il nous inspirer ?
 
Je pense pour ma part que cette polémique est le résultat d’une absence de communication et pas d’un échec réel. Car, finalement, nous qui jugeons, qu’en savons-nous du bilan de Harlem Désir à la tête du parti socialiste ? Rien ! En tout cas, moi je n’en sais rien. Je ne sais pas s’il a été bon ou mauvais, s’il a correctement dirigé l’appareil, s’il s’est bien comporté avec les cadres et les militants. Je sais une seule chose : il n’a jamais réussi à communiquer correctement et faire entendre sa voix.
Il a été silencieux, totalement inaudible depuis qu’il est à la tête du parti.

Mais la vraie question que nous devons nous poser est la suivante : est-ce que quand on est un piètre communicant, incapable de se faire entendre, on est automatiquement un mauvais dirigeant ? Vous voyez où je veux en venir.
 
Dans la société de la sur-information et de la sur-médiatisation dans laquelle nous vivons, oui ! L’absence de visibilité dans une fonction publique est synonyme de nullité pour les parties prenantes. Vous n’êtes pas visible ? Vous êtes mauvais ! CQFD. C'est ainsi que Harlem Desir s'est cramé.
 
Je ne cherche ni à défendre Harlem Désir ni à me mêler des affaires gouvernementales, mon point consiste juste à vous faire mesurer la puissance de cette mécanique qui n'est pas uniquement politique. 
 
Il y a quelques années encore, certains de mes clients chefs d’entreprises ou grands patrons me disaient : « pour être heureux, vivons cachés ! » C’est un luxe que personne ne peut plus s’offrir aujourd’hui car le seul fait de vivre caché attise les plus vifs soupçons.
 
L’opinion publique est devenue boulimique d’informations et se sur-informe à chaque instant. Dans ce contexte, elle ne comprend pas qu’une organisation ou qu’une personnalité soit absente de ce théâtre quotidien. Une entreprise qui ne communique pas ou qui fait preuve d’opacité sera automatiquement suspectée de cacher des choses indignes et ne tardera pas à susciter tous les fantasmes au sein de sa communauté. Une personnalité qui n'est plus dans les fils d'info est rapidement enterrée, oubliée, méprisée. En 2014, la vieille maxime de nos grands-mères est devenue : « Pour vivre heureux, vivons visibles (ou lisibles).»
 
L’information est un droit du public. Ce dernier a pris conscience de la puissance des outils qui sont à sa disposition et il a besoin d’accéder à tout moment à cette information pour être rassuré. Et même s’il n’y accède pas, il a besoin de savoir qu’elle est disponible, au cas où.
 
Certainement submergé par les responsabilités, d'un naturel timide, soucieux de ne pas en rajouter pour ne pas pénaliser l’action d’un gouvernement issu en grande partie de sa formation politique, Harlem Désir a choisi une communication a minima. Il a été discret et à mesure que la popularité de l’exécutif  s’effondrait, il a sans doute choisi de ne pas en rajouter par des postures qui auraient pu mettre le feu aux poudres. Il a pris soin de ne pas la jouer « chef de bande » et n’a pas exposé un ego sur-dimensionné. Personnellement, je trouve ça plutôt sage et sensé. Le problème est que cela lui vaut aujourd’hui une réputation d’incompétent national qui va le suivre comme un énorme boulet à trimbaler.
 
C’est l’une des grandes complexités de la gestion de la réputation et quelque chose que certains de mes clients ont vécu. On est souvent jugé sur des impressions que notre attitude inspire et ces impressions sont parfois très loin d’une réalité que l’on aurait pourtant aimé mettre en avant. A côté de ce que l’on dit, c’est souvent ce que l’on émet qui compte et qui va agréger les éléments de réputation.
 
Il y a là une injustice insupportable mais, que voulez-vous, la société d’aujourd’hui impose que nous sachions communiquer. Ce n’est plus une option, c’est une obligation. L'ère des médias sociaux nous a transporté sur la scène d'un théâtre permanent et nous sommes tous sous les feux des projecteurs de notre écosystème, grand ou petit. Les mauvais communicants sont et seront de plus en plus exposés d’un point de vue réputationnel.

C’est ce le prix que vient de payer Harlem Désir à mon avis.
 
A suivre… 

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Commentaires articles

1.Posté par gab master le 17/04/2014 09:08
Tout à fait Mr Désir est jugé sur ce que disent de lui les médias et non sur ses compétences et son bilan en tant que sécrétaire général du PS.

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