Christophe Ginisty

ReputationTime 2016 : ma conclusion sur ce que les 'Transformers' nous apprennent


Rédigé le Dimanche 20 Mars 2016



Troisième et avant-dernière note retour sur la conférence ReputationTime qui avait lieu le vendredi 11 mars à Paris, voici une transcription résumée des propos que j'ai tenus pour conclure l'événement. Comme toute conclusion qui se respecte, j'ai voulu proposer des ouvertures, des pistes de réflexion pour permettre aux participants de rentrer chez eux avec des idées plein la tête. 

J'ai ainsi proposé 4 enseignements principaux que je livre aujourd'hui à votre sagacité.

1. Ceux qui dirigent ont perdu le monopole du leadership 
Il existe une confusion constante dans le langage courant entre la notion de dirigeant et celle de leader. Ceux qui sont à la tête des entreprises, des gouvernements, des partis politiques, des médias, que sais-je encore, s'auto-proclament leaders du seul fait de la fonction qu'ils occupent. Je crois que c'est une grave erreur 

Pour moi, la notion de gouvernement/direction est une illusion. Quelque soit le pays que nous habitons, ceux qui sont en charge des affaires publiques ou des grandes entreprises ne dirigent pas, ils sont en réalité dirigés (et font tout pour essayer que le dissimuler) !

Réfléchissez deux secondes aux marges de manoeuvre que peut avoir un Président de la République Française (ou de tout autre pays) face à la mondialisation, la finance, la "real politique",... C'est une chimère totale que de croire qu'il est au commandes et qu'il a une marge de décision sur les questions fondamentales. Il n'en a pas et, tel un pantin qui décore un prince saoudien — parce que c'est peut-être le représentant d'un régime monstrueux mais c'est avant tout un client —  il se contente de donner l'illusion d'un pouvoir réel. 

C'est la même chose pour les chefs d'entreprises cotées en bourse qui doivent rendre leurs copies tous les trimestres à des actionnaires qui n'attendent que du fric et des taux de croissance à deux chiffres. Comment croyez-vous qu'ils concilient cette fréquence infernale avec la nécessité d'inventer une stratégie à long terme ? Ne cherchez pas, ça n'existe pas. 

Pour les politiques comme pour les capitaines d'industrie, la nécessité de plaire est en conflit permanent et frontal avec le courage de faire. Ils tentent de satisfaire le plus grand nombre mais tout le monde le sait, l’innovation est rarement le fruit d’un compromis. 

2. La créativité est une capacité innée de l’espèce humaine  
Ça m'énerve tous ces gens qui louent périodiquement la créativité comme si c'était un incroyable talent, un truc mystérieux venu d'on-ne-sait-où et quasi divinement accordé à certains 'élus' et pas à d'autres. Les 'Transformers' nous le démontrent, la créativité fait partie de la nature humaine, je dirais même de la nature animale. 

Les 'Transformers' ne sont pas des surdoués, ils agissent d’abord par urgence de la nécessité et comprennent instinctivement que la capacité d’adaptation préside à l’agilité. Le grand Darwin prophétisait que les espèces capables de survivre étaient celles douées de capacité d'adaptation. Eh bien c'est la marque de fabrique de ces transformers. Ils sont confrontés à une difficulté, un blocage, une surdité administrative, qu'à cela ne tienne, ils vont inventer la solution en se servant du web social pour la matérialiser.

Il suffit d'avoir des enfants pour le savoir. Avant même de maîtriser l'usage de la parole et être en possession de tous ses moyens de discernement, un enfant est la créativité même. Il porte cela dans son être le plus profond. Ce n'est que lorsque la société va vouloir l'éduquer que celle-ci va tout mettre en oeuvre pour lui ôter cette capacité innée. 

Mais chassez le naturel, il revient au galop, la résignation morbide n’est pas dans la nature humaine et personne n'a l'intention de se laisser détruire. 

3. La foule est devenue un média à part entière 
Le vrai nouveau média, ce n'est pas le média online en opposition au média papier ou audiovisuel. Le vrai nouveau média, c'est la foule. Si l'on n'a pas compris ça, on n'a rien compris de la révolution à l'émergence du web social.

Depuis une grosse dizaine d'années, animés par la volonté de créer un lien social en ligne pour profiter des fonctionnalités les plus envoûtantes des réseaux sociaux, les internautes ont colonisé un espace qui leur appartient singulièrement et dans lequel ils modifient fondamentalement leur rapport à l'information et, par extension, au leadership.

Sur la toile,  ils ont créé des liens où les émotions prédominent sur l’information et où les mécanismes incantatoires en mode 'top-down' ont cédé la place à la confiance dans « ceux qui sont comme moi » et où l'éventualité d'un changement n'est plus inspiré par un leader institutionnel mais par un 'ami' qui aura eu le courage et la vision de prendre une cause en mains. 

4. La réputation est une co-création et une coopération 
Enfin et puisque la conférence est consacrée aux enjeux de la réputation à l'ère du web social, je ne voulais par terminer sans évoquer ce point fondamental.

Tout ce que nous montrent les 'Transformers' est un changement total de paradigme dans l'appréhension même de la réputation. Je le dis et l'écris souvent, on travaille son image mais on récolte sa réputation. Nous ne contrôlons qu'une infime partie de cette 'récolte', en permanence mise à mal par ce que nos opposants ou nos concurrents disent de nous, par l'examen des déclarations sur l'autel de l'attitude et de la sincérité. 

La parole descendante, celle qui porte le message de la communication, n’est qu’une donnée parmi d’autres dans un monde où l’examen des faits est devenu primordial et où la formation de la réputation s'est affirmée comme un mécanisme éminemment social au sens des interactions qu'elle inspire.

Voilà, c'est par ces mots — ou plutôt par ces idées — que j'ai conclu ReputationTime Paris 2016. Et pour vous prouver que c'est vraiment ce que j'ai dit, je vous invite à visionner cette vidéo prise par mon ami Stanislas Berteloot.   
 

A suivre... 
 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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