Christophe Ginisty

ReputationWar : dans les coulisses de la préparation


Rédigé le Jeudi 23 Janvier 2014



Deuxième note sur la conférence, en voici aujourd'hui une deuxième sur les coulisses de la préparation, sur ce que vous ne savez pas de cette conférence. L'occasion pour moi de vous faire partager mon cheminement et mes petites aventures.

J'écrirai une troisième note qui abordera l'événement sous un angle plus thématique et dans laquelle je partagerai avec vous ce que je retiens du sujet mais commençons d'abord par remonter le temps. 

Au lendemain de la première édition, j'étais aux anges. Nous avions réussi l'impossible (ou presque) avec un groupe de volontaires bénévoles car nous avions monté en deux mois une conférence internationale qui avait vraiment de la gueule ! J'étais décidé à en organiser une deuxième et je profitais tranquillement du mois de février pour réfléchir à la thématique. J'étais certain que la manière particulière que nous avions eu de traiter la thématique réputationnelle avait sa place dans le calendrier des grands événements et je voulais que ce soit ReputationWar. 

Le 31 mars 2013, j'eus la révélation. En écoutant Europe 1 ce matin là, je tombai sur une interview de Gérald Bronner par Benjamin Pétrover et je fus captivé. Je trouvai ce type absolument passionnant et je me suis précipité sur Amazon pour acheter son bouquin, La Démocratie des crédules. Non seulement ce type que je ne connaissait pas avait tout compris mais il formulait avec un talent fou et beaucoup de rigueur des choses que je pressentais déjà depuis quelques années. Internet et le développement du web social avaient joué un rôle central dans la diffusion des croyances et dans leur propagation. 

Les croyances... Bon sang mais c'est bien sûr, c'est de là que tout démarre !

Le redémarrage de mon activité professionnelle par la création un mois plus tôt d'Open Agency  et mes nombreux voyages effectués en tant que Président de l'IPRA pour l'année 2013 ne me permirent pas malgré tout de trouver le temps de lire l'essai de Bronner. Je reportai cette découverte aux vacances d'été. 

C'est en juillet que tout a vraiment commencé. D'abord, il fallait redéfinir le cadre organisationnel. Je négociai avec Syntec RP une convention de partenariat pour les 5 prochaines éditions. J'étais heureux que cette organisation professionnelle soit suffisamment confiante pour s'engager sur le long terme. 

Au cours d'une soirée mémorable à Cologne en Allemagne où l'IPRA avait décidé de réunir le jury de ses Golden World Awards, j'exposai pour la première fois à mes voisins de table la thématique de la conférence à venir, les croyances. Il y avait là un américain, Michael Gallagher, président des Stevie Awards et une des dirigeantes d'une des plus grandes agences internationales de RP. La discussion dura jusqu'à 5 heures du matin et fut passionnée. Au moment d'aller se coucher pour quelques heures à peines, j'avais acquis la conviction que le thème fonctionnait super bien et qu'on pouvait en faire le point de départ de la conférence. 

Je me mis enfin à lire le bouquin de Bronner. A peine à la moitié, je me débrouillai pour trouver son adresse et lui envoyai une invitation à prendre la parole pour la deuxième édition de ReputationWar. Il me répondit qu'il n'était pas disponible, qu'il avait d'autres obligations dans le nord de la France. J'étais atterré mais je me disais que j'arriverais bien à la convaincre. 

A mesure que j'avançais dans le livre, je me disais que les croyances ne pouvaient pas être le thème central de la conférence, qu'il fallait trouver quelque chose de plus générique, plus global. Et puis j'avais aussi peur que les gens s'imaginent que j'organisai une conférence sur la religion et je voulais absolument éviter cette confusion. Les croyances n'étaient en réalité qu'une partie du phénomène que je voulais décrire. Mais quel était ce phénomène ? Je ne le savais pas encore mais je le compris en arrivant à la page 222 et en découvrant la section intitulée "Les foules sont parfois intelligentes." 

Eurêka ! Le sujet, ce seront les foules, leur intelligence, leurs réactions, leur contribution à l'éclosion de la vérité et à la transmission de l'information. Je découvris du coup les théories de James Surowiecki, journaliste, auteur du livre La Sagesse des foules et que je tentai de contacter mais en vain. Et puis la programmation malicieuse de la musique issue de l'autoradio fit le reste du boulot : 

"Foule sentimentale
On a soif d'idéal
Attirée par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle"


(Merci Monsieur Souchon)

Tout le mois d'août, je travaillai à contacter quelques auteurs potentiel avec un succès inégal. Je contactai une sociologue italienne qui avait étudié la révolution des casseroles en Islande de 2009, un épisode que j'avais trouvé très inspirant. Elle n'était pas disponible. Je contactai John Stauber, auteur de L'industrie du Mensonge, un pamphlet au vitriol sur les spin doctor et l'industrie des relations publiques. Il était très excité à l'idée de venir mais exigeai près de 15.000 dollars pour accepter cette prise de parole. 

En septembre, je réunis pour la première fois ceux que j'appelle affectueusement "les warriors", ces gens qui font partie de mon réseau et qui souhaitent s'impliquer dans l'organisation de la conférence à titre personnel et bénévole. Ce fut pour moi un moment un peu particulier : certainement stupéfaits par le travail que j'avais déjà fait sur le fond et les directions que j'avais déjà décidé de prendre, je les sentis dubitatif sur leur contribution personnelle. J'en avais sans doute trop fait dans mon coin et de manière un peu solitaire. Du coup, certains me firent comprendre qu'il ne leur restait plus rien à faire. J'en étais contrarié mais, en même temps, il avait bien fallu que j'avance en amont. 

Début novembre, une ancienne de mes étudiantes à l'INSEEC me contacta car elle voulait les conseils de celui qui avait été son prof de lobbying en master 2 pour bien préparer un entretien d'embauche. Je me souvenais que c'était une élève intéressante, intelligente et prometteuse. Je me souvenais de son passé de compétitrice et de sportive de haut niveau. Je sautais sur l'occasion pour lui proposer, au cas où, de me rejoindre pour piloter toute la partie événementielle. Elle accepta. 

Le programme se construisit par petites touches jusqu'au dernier moment. Au début de l'automne, les intervenants étaient frileux mais je sentis le vent tourner au fil des mois. Les intervenants potentiels se mettaient toujours plus nombreux à me contacter pour me proposer leurs projets d'intervention. J'en refusai les trois quarts car ils émanaient de responsables d'agences de com auxquels je m'interdis par principe de donner la parole à ReputationWar. Puis, à mesure que les confirmations arrivaient, je réalisais que la plupart de mes intervenants étaient des hommes. Des premières critiques se faisaient entendre. J'en étais désolé car j'avais sollicité des intervenants dans les deux sexes mais, que voulez-vous, seuls les hommes acceptaient là où les femmes étaient réticentes. 

Les inscriptions étaient toujours poussives et nous n'avions qu'une cinquantaine d'inscrits au moment de faire le break pour la période de Noël. Vous dire que j'ai bien dormi pendant les fêtes serait vous mentir. J'étais terrorisé à l'idée d'en rester là. Je ne comprenais pas ce qui ne marchait pas. Je gardais espoir que les choses se déclenchent au mois de janvier mais je n'en étais pas sûr. Et puis j'étais catastrophé de constater le peu d'appétence des agences de RP et d'influence pour le sujet. Les premiers inscrits étaient presque tous des annonceurs, ce qui me fit longtemps penser que le marché français des agences était peu captif. 

"Comment peut-on passer à côté d'un tel sujet et ne pas sauter sur le bouton des inscriptions quand on est une agence impliquée en 2014 dans des campagnes de réputation ?" me répétais-je en boucle. Je n'avais pas la réponse à cette question et, de vous à moi, je ne l'ai toujours pas. 

J'étais certain d'avoir créé un programme exceptionnel et surtout très utile. Je le dis sans la moindre arrogance puisque je ne faisais pas partie des speakers de la journée et qu'aucune présentation de ma part n'était à l'agenda. Je n'arrive toujours pas à intégrer l'idée que l'on puisse zapper cette manifestation quand on travaille dans la com d'influence. 

Le prix ? Trop cher ? J'avais pourtant fait une étude de marché avant de le fixer et, de toute manière, par le jeu des codes promotionnels, très peu de gens devaient payer ce prix au final. 

J'ai longtemps cherché un grand témoin pour clore la journée mais en vain. J'ai contacté avec beaucoup d'espoir Christian Taubira que je trouvais idéalement placée pour commenter les questions liées à la gestion de la réputation en proie aux foules sentimentales. J'ai établi le contact mais apparemment, le sujet était trop sensible pour qu'elle vienne s'exprimer. J'ai vraiment regretter de ne pas l'avoir.

J'ai ensuite essayé de contacter Anne Sinclair, non pas pour lui faire commenter les affaires qui l'avaient conduite à se séparer d'avec DSK mais parce que je trouvais intéressant de faire parler une personne qui avait incarné l'information politique à la télévision dans les années 80 et qui était devenue patronne de la rédaction d'un pure player Internet. J'ai pris contact avec une collaboratrice du Huffington Post français mais je ne reçus aucune réponse, ni positive ni négative. 

Beaucoup s'attendaient à voir débarquer Alain Souchon mais je ne l'ai pas contacté, préférant laisser l'évocation de la chanson faire toute seule son cheminement dans l'imaginaire des participants. 

Le jour J, je me levai à 4h00 du matin pour être sûr d'être au Théâtre à 6h00 précises. 

L'opération ne fut pas financièrement rentable mais le public fut finalement au rendez-vous et déborda d'enthousiasme et d'affection pour la conférence et ses organisateurs. 300 personnes prirent place dans le magnifique Théâtre des Variétés et y restèrent presque toute la journée du 17. J'en suis sorti K.O. debout mais heureux d'avoir fait exister cette manifestation. 

Plus qu'un entrepreneur, je suis un créateur et rien ne me rend plus heureux qu'une idée devienne réalité. Il n'y a rien de plus fort que l'imagination et ReputationWar est un événement qui mérite de durer. 

Si tout se passe bien, la prochaine édition se déroulera le vendredi 16 janvier 2015. Marquez le dès maintenant dans votre agenda. 

A suivre...

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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@peter_otten @holmesreport Congratulations to the whole team! Well deserved
Mercredi 24 Mai - 10:06
RT @PatrickChWeber: It all comes from Manchester (Noel Gallagher) https://t.co/cBnReRddcd
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Well...#RogerMoore is my past as a fan, the 22+ victims in #Manchester were our future. Don't know what to say but I miss the future #RIP
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