Christophe Ginisty

Réseaux sociaux : non, ce n'est ni un monde, ni des gens à part !


Rédigé le Dimanche 4 Novembre 2012



Réseaux sociaux : non, ce n'est ni un monde, ni des gens à part !
Ce soir, la fin du journal de 20h00 sur France 2 a proposé des images assez incongrues que je pensais ne plus voir depuis des années.

Deux membres du film Nous York qui doit sortir en salle cette semaine se sont fait filmer en train de tweeter, de mettre des photos sur la pages Facebook des coulisses du tournage, tout ceci avant un final en apothéose lorsque Laurent Delahousse, le présentateur du journal, invita les deux jeunes femmes à dire "au revoir" aux réseaux sociaux "qui vous regardent sûrement."

Et elles s’exécutèrent, hilares, face caméra.

J'ai cru que j'allais m'étrangler devant tant de niaiserie.

C'est bien que les personnalités s'intéressent au fait d'entrer en conversation avec leur public, c'est heureux que les médias traditionnels tels que les responsables éditoriaux d’un JT s'intéressent aux réseaux sociaux mais, de grâce, n'en faisons pas un monde à part peuplé d'étrangers au sens premier du terme.

Dire "au revoir aux réseaux sociaux", c'est dire au revoir aux gens, rien de plus.

Les réseaux sociaux ne sont que des plateformes sur lesquelles les téléspectateurs ou pas du journal passent du temps. Les réseaux sociaux ne sont pas un pays, une planète en orbite du système solaire médiatique parisien et nous qui y avons une activité régulière, nous sommes aussi banals que le premier de nos congénères.

Cela fait des années que je le dis, je l'ai écrit dans mon bouquin et ça m'agace toujours autant quand je vois des scènes comme ça. Depuis 2004 et l'avènement du web social, les médias traditionnels ne s’arrêtent pas de commettre ce pêché d'exotisme qui consiste à faire du phénomène une marginalité opposable à ce qu'ils appellent abusivement "la vraie vie."

C'est comme les gens qui parlent de virtuel à tout bout de champ pour décrire ce que les gens font sur Internet. Cela n’a aucun sens.

Mais au-delà de mon agacement qui n'a pas vraiment d'importance, ce que révèle cette attitude chez certains journalistes est selon moi la manifestation d’un rejet inconscient nourri de mépris et de la détermination de ne pas vouloir y être et se plonger dans le phénomène pour tenter de le comprendre.

Un peu comme des aristocrates refusant de se mêler à la fange.

Ils parlent des réseaux sociaux comme d'un pays lointain dont on sait les habitants bouillonnants et spécifiques et dont les incursions de nos vedettes sont scénarisées comme un épisode de Rendez-vous en terre inconnue.

C’est cette même conception étrangère qui a inspiré nos législateurs dans l’élaboration de lois spécifiques au web, Hadopi, Loppsi ou les autres, comme s’il était besoin de différencier un délit commis avec un clic de souris du même délit commis dans les rues de nos grandes villes.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'à bien des égards, la vie de ces commentateurs ou de ces acteurs de cinéma est bien plus virtuelle que celle de millions de gens ordinaires qui sacrifient quelques heures de leur journée à échanger sur un réseau social.

A l’heure où la peur de l’autre est stigmatisée politiquement et philosophiquement par certains courants de pensée, à l’heure où des anciens ministres de la République, élus du peuple se permettent de faire de bras d’honneur à la dignité humaine, n’érigeons pas de nouvelles frontières – pour le coup bien virtuelles – entre les individus et les internautes.

Ce sont non seulement les mêmes personnes mais ceux qui ont le loisir de bénéficier d’un accès à Internet enrichissent l’agora médiatique de leurs contributions enthousiastes.

Monsieur Delahousse, contentez-vous de dire « au revoir » aux téléspectateurs qui ont suivi votre JT.

Les réseaux sociaux vous en remercient.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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