Christophe Ginisty

Retour sur la performance de DSK au 20h00 de TF1


Rédigé le Lundi 19 Septembre 2011



Retour sur la performance de DSK au 20h00 de TF1
Comme des millions de téléspectateurs, j'ai regardé TF1 hier soir pour y écouter Dominique Strauss-Kahn et tenter de décrypter l'exercice en termes de communication.

Ce fut une prestation très intéressante à analyser et je crois qu'elle se décompose en 4 parties successives sur lesquelles je vous propose de revenir.

La posture "générique"

Avant de s'exprimer, DSK a été filmé et notamment lors de l'énoncé des titres du journal par Claire Chazal. Pour le public, c'était la première fois qu'il revoyait Strauss-Kahn en situation de communication officielle et la première image devait permettre de donner le ton. Silencieux, il fallait qu'il exprime néanmoins quelque chose par son regard, son attitude, son éventuelle gestuelle, de sorte à "annoncer la couleur".

Les gens ont souvent l'impression que ce qui compte, ce sont les mots. Or, la toute première image est au moins aussi importante que ce qui va être dit ensuite et, en l'espèce, DSK était grave, figé, sévère.

Contrastant singulièrement avec les sourires qu'il avait affichés lorsqu'il était ressorti libre du tribunal ou en arrivant chez lui à Paris, DSK a donc choisi d'adopter une forme de solennité pour marquer la gravité de l'exercice.

De ce côté, là, c'était bien joué.

Le traitement du fait générateur : l'impossible pardon

En matière de communication de crise, il existe une règle qui impose de toujours commencer à s'exprimer sur le fait qui fut générateur de la crise et d'afficher simultanément de la compassion vis à vis de celles et ceux qui auraient pu en être victimes directes ou collatérales.

C'est donc ce que DSK a fait en évoquant la "faute morale" et le mal qu'il a fait à sa femme, sa famille, ses proches. Puis, il s'est intéressé aux français dont il confie qu'il est conscient d'avoir déçu les attentes.

Mais à cet instant, beaucoup d'observateurs attendaient qu'il ait des mots pour Nafissatou Diallo ou vis à vis des autres femmes qu'il aurait pu abuser. Il n'en a évidemment rien été.

En fait, l'exercice était impossible, plus pour des raisons juridiques qu'autre chose. Il ne pouvait en aucune manière demander pardon à la femme de chambre car cela aurait signifié l'aveu d'une relation forcée. En la reléguant à l'affabulatrice que le procureur de New York a dénoncé, il a implicitement établi que cette relation sexuelle furtive et fautive avait été parfaitement consentie.

Dans son système de communication, la faute, c'est d'avoir eu des rapports sexuels, pas de les avoir contraints.

La rédemption

Toujours en matière de communication de crise, le public a besoin de connaître les mesures qu'une organisation ou qu'une personne a prises pour que les choses ne se reproduisent plus jamais. C'est un principe de responsabilité qui est indispensable pour convaincre l'auditoire que la pleine mesure a été prise sur gravité des faits au moment où l'on s'apprête à clore l'affaire et ainsi inviter les gens à tourner la page.

Ce fut une petite phrase en forme d'aveu qui a constitué le pivot de l'interview "Cette légèreté, je l'ai perdue pour toujours."

Et c'est là qu'il y a, selon moi, le plus gros problème de communication dans l'intervention d'hier. S'il est évident que ces mots ont été répétés avant l'interview et savamment choisis par ses conseillers, la vraie question de fond est de savoir si le mot légèreté est bien le plus approprié pour définir une attitude vis à vis des femmes qui est pour le moins discutable du point de vue de la morale.

La légèreté, c'est positif, amusant, presque insignifiant et cela ne me semble pas totalement définir ce qui s'est passé dans la suite 2806 du Sofitel de New York. Mais là, c'est une question de point de vue. Et chacun est libre d'apprécier.

La sortie par le haut

Quatrième et dernière partie de l'interview, DSK a été interrogé sur la crise internationale et sur les élections présidentielles et France et là, les téléspectateurs ont pu assister à une métamorphose en quelques fractions de secondes.

C'était très spectaculaire. DSK a survolé le sujet avec brio et une autorité de compétence qui était assez impressionnante. En l'écoutant, j'ai eu le sentiment immédiat d'être face à un énorme gâchis, que ce type là aurait pu être un formidable candidat à l'élection présidentielle.

Que l'on soit proche ou non de ses idées, il faut avouer qu'il a totalement survolé cette séquence de l'interview.

C'est là aussi une leçon à méditer en matière de communication de crise où il faut rapidement parler d'autre chose, ce qui constitue la preuve ultime que la crise est désormais terminée pour celui qui s'exprime.

Il y a tout de même un truc qui m'a troublé

Claire Chazal a demandé à DSK ce qu'il comptait faire dans l'avenir, lui tendant même des perches sur une hypothétique carrière dans le privé. Or, l'ancien patron du FMI n'a pas été très clair sur ce sujet précis. Pire, il a même entretenu l'ambiguïté sur ses intentions politiques.

D'un côté, il promet de ne pas se mêler de la primaire socialiste, de l'autre, il affirme qu'il continuera de se consacrer au bien public.

Cela va vous paraître peut-être complètement débile mais j'ai eu le sentiment hier soir qu'il se préparait malgré tout à dérouler une stratégie personnelle pour les prochaines présidentielles en essayant de jouer la carte de l'homme providentiel qui va se déclarer en début d'année prochaine, contraint d'intervenir face à la "gravité exceptionnelle de la situation économique" qui impose un homme d'expérience à la stature économique internationale forte.

A moins que ce soit pour la succession de Herman Van Rompuy à la tête du Conseil Européen qui doit intervenir en mai 2012.

En tout cas, à la fin de l'entretien, j'ai acquis la conviction qu'il avait en tête le coup d'après et que nous n'allions pas tarder à le connaître.

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par Laurent Javault le 19/09/2011 11:00
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Belle analyse Christophe. Personnellement j'y ajouterais le rôle central joué par ce document brandi à de nombreuses reprises par DSK, en l'occurrence le rapport du procureur Vance débouchant sur l'abandon des poursuites. Toute l'argumentation de DSK était construite me semble-t-il sur ce rapport. Il a littéralement fait "écran" avec ; le brandissant comme un bouclier sur le mode du "je suis blanchi et vous ne pouvez rien contre moi". La (très) timide tentative de Claire Chazal quant au "doute" que soulevait la relation avec Nafissatou Diallo n'a rien donné et DSK s'en est tiré sans expliquer le moins du monde cette relation "inappropriée"...

2.Posté par Christophe Ginisty le 19/09/2011 11:16
Tu as raison de le souligner Laurent, même si DSK n'a jamais eu de chance avec la caméra: à chaque fois qu'il a brandi ce document, il était filmé de trois quart dos, ce qui minimisait l'impact visuel.

3.Posté par e-jbb.net le 19/09/2011 11:37
Je suis d'accord avec toi sur toute la ligne, si ce n'est qu'il ne devait pas être facile de trouver mieux que "cette légèreté, je l'ai perdu pour toujours". L'exercice était vraiment délicat et je trouve qu'il ne s'en est pas si mal sorti. Peut-être est-il apparu un peu arrogant par moment, surtout à ses détracteurs, mais DSK reste DSK.

Ce sentiment gâchis, je l'ai ressenti autant que toi... J'ai dit à ma femme, au moment où il parlait d'économie : "j'en ai presque envie de pleurer".

Concernant à son futur, il est clair qu'il ne laisse pas tomber la politique, mais j'ai plutôt pensé qu'il allait essayé de s'imposer comme un incontournable du gouvernement en cas de victoire de la gauche en 2012. Pour qui sait, se présenter tout de même en 2017 ? Et honnêtement, s'il continue sa "campagne" par des prestations aussi brillantes sur le sujet politique, je vois mal comment le PS pourrait se passer de lui.

Ah, j'ai bien aimé également la phrase qui consistait à dire en gros : "je ne soutiens personne pour la primaire mais je soutiens Martine Aubry".

4.Posté par Alexandre le 19/09/2011 11:46
J'ai lu sur Tweeter qu'il était question qu'il retourne finalement au FMI. On y envisageait un poste de vigile, pour monter Lagarde je crois.

OK… C'est un blog sérieux ici :-)

5.Posté par Julie le 19/09/2011 11:48
Je suis d accord avec toi, après il est de notoriété que claire chazal est une grande amie de Mme DSK du coup il ne prenanit pas tellement de risques. Il savait qu il n était pas en terrain mine, que la journaliste allait être douçâtre voire hypocrite. C est plus facile de garder le contrôle quand on connait le journaliste dans l intimité. Pour moi cet exercice de rhétorique est une fois de plus la preuve que nous ne saurons jamais la vérité, mais que tout le monde s en contente et se gargarise sur une communication des plus classiques pour un homme avec ce pouvoir. Pas de franchise, pas de vérité, beaucoup de langue de bois. Égal a ce a quoi je m attendais en somme.

6.Posté par JBGIRAUD le 19/09/2011 15:48
Ouip, bien vu Christophe, j'avais pas relevé ce que tu dis dans la 4e partie, bien observé.

Moi y a un truc plus intime qui m'a scotché, et que je n'avais pas vu avant : ses dents. Quand on a les moyens, et du temps, ne pas faire quelque chose, même minimaliste, pour ses dents, quand on les a affreuses, c'est une faute de goût. Ma femme et moi pendant l'interview, en HD et en gros plan, donc, pour la première fois depuis que DSK est devenu un personnage central du vaudeville politique, on ne voyait que ca, guettant le moment ou il ouvrirait plus la bouche. Ce n'est ni une moquerie ni une attaque ad hominem, mais juste un constat. Mitterrand s'est fait refaire les dents, Royal le menton, Hollande a perdu 15 kilos, Aubry se relooke, DSK devrait au moins se faire blanchir les dents, si ce n'est pas faire refaire au moins la facade....

7.Posté par e-jbb.net le 19/09/2011 15:51
@JBGIRAUD Je me suis fait exactement la même réflexion, j'ai été très étonné. Cela étant dit, ça peut être du à un traitement médical.

8.Posté par JBGIRAUD le 19/09/2011 15:54
@ e-jbb.net ouip, mais alors, tu mets un dentier et basta... là, c'était affreux, tu passes ca en HD aux petits enfants avant d'aller se coucher ils font des cauchemars

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