Rio+20 ou l'utopie délirante que la décision de changer le monde viendra d'en haut


Rédigé le Dimanche 24 Juin 2012


Rio+20 ou l'utopie délirante que la décision de changer le monde viendra d'en haut
J'ai parfois du mal à percevoir quelle est la dose de naïveté des éditorialistes lorsqu'ils semblent s'étonner qu'un sommet tel que Rio+20 qui vient de s'achever au Brésil n'ait aboutit à rien.

Comme le souligne le Nouvel Obs, "Rio+20 a accouché de formules creuses réveillant l'ardeur de la société civile."

Moi ce qui m'étonne, c'est que l'on puisse toujours attendre quelque chose des dirigeants politiques, surtout lorsqu'ils sont réunis ensemble selon la règle diplomatique internationale qui commande essentiellement de veiller à protéger ses intérêts domestiques plutôt que de faire acte d'audace en matière de protection environnementale.

Comme le rappelle cet autre article publié par Libération : "Démonstration de diplomatie, la déclaration de Rio + 20 semble déconnectée de l’état de la planète, ignorant l’épuisement des ressources naturelles, les défis démographiques ou de sécurité alimentaire. On peut aussi s’interroger sur l’état de la gouvernance mondiale et de l’adaptation du processus onusien aux bouleversements géopolitiques : une Europe affaiblie, un Brésil émergent, mais qui ne veut pas quitter son statut de pays en voie de développement, une Chine très discrète qui s’est abritée derrière les pays du Sud à la manœuvre, un Canada en pleine régression environnementale à la remorque des Etats-Unis."

Il serait certainement temps d'arrêter les frais et de se rendre à la réalité, le monde ne sera pas changé par ses dirigeants (et encore moins en même temps) mais, s'il y a une chance minime que cela se produise, par ses habitants.

La recherche d'unanimité propre au fonctionnement onusien est totalement incompatible avec la créativité et le courage, ce dont précisément l'urgence de la protection de l'environnement a besoin. Demander aux chefs d'état de se réunir pour inventer et s'accorder sur de nouvelles règles contraignantes et coordonnées est absurde.

Et après tout, on ne peut même pas le reprocher individuellement à nos gouvernants. Ils ont les deux pieds dans le ciment des contraintes économiques incontournables de l'économie qu'ils représentent. D'une certaine manière, ils font leur boulot quand ils s'acharnent à vouloir protéger leur industrie domestique.

Il faut que la société civile s'organise sans avoir besoin des chefs d'état. Il faut en finir avec ces sommets internationaux qui coûtent des fortunes au contribuable et dont tout le monde sait qu'ils ne déboucheront sur rien. Car même lorsque des traités ambitieux ont été promulgés à l'issue de ces grandes sauteries internationales, certains pays ne se sont pas gênés pour s'arroger le droit de ne pas appliquer les dispositions qu'ils avaient pourtant votées, au nom de la diabolique souveraineté nationale.

Tout cela n'a pas de sens !

Si je vénère la démocratie, je suis aussi conscient qu'elle génère l'illusion trompeuse que le gouvernant est potentiellement notre sauveur, du fait des pouvoirs qu'il détient de l'élection. Je pense que nous nous reposons beaucoup trop sur cette croyance (ou cette espérance).

Il faut lutter contre cette idée qui maintient dans l'inaction, convaincus que nos "chefs" sont à la tâche et qu'ils vont résoudre les problèmes. Que nous ayons ou non voté pour eux ne change rien, ils ne le feront pas et ils ne pourront jamais le faire tant que la communauté internationale sera composée de pays ayant des intérêts divergents des uns des autres.

La leçon que nous devons tirer de ces sommets est finalement assez simple : la solution est en nous et il nous appartient de nous organiser pour la mettre en oeuvre.

Il y a du boulot mais la balle est dans notre camp.


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Christophe Ginisty
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