Saga de l'été : 11 sept 2001



Le jour où la bulle Internet éclata et nous stoppa brutalement dans notre développement.

11 sept 2001

Saga de l'été : 11 sept 2001
L’année 2001 avait commencé comme la précédente s’était terminée, sur les chapeaux de roues. Nous avions déménagé et les nouveaux locaux nous permettaient de continuer à formuler toutes nos ambitions.

Nos objectifs étaient considérables en termes de chiffre d’affaires mais ils n’étaient pas infaisables. Nous visions une croissance d’environ 30%, ce qui représentait environ un million d’euros de revenus en plus.

En ce début d’année, nous accumulions les succès commerciaux avec le gain d'une vingtaine nouveaux budgets dont certains étaient importants (Business Objects, Deloitte,…) et nous avions été informés que nous serions sollicités lors de la prochaine compétition d’agences organisée par Cisco à l’été.

J’avais organisé l’agence en différents pôles et j’avais promu six personnes pour les diriger.

Ces petits groupes de travail fonctionnaient presque comme des centres de profit. Ils avaient la responsabilité de la gestion et de la fidélisation de leurs propres clients, de l’organisation de leurs équipes et du management des consultants.

Les responsables de chacun de ces pôles avaient également voix au chapitre pour toutes les questions relatives aux recrutements, promotion et augmentation de leurs propres collaborateurs. C’est eux qui décidaient de la distribution des éventuelles primes.

Bref, nous avions passé le stade l’entreprise de type familial, toute entière organisée autour de son patron et c’était assez spectaculaire à voir.

Certes en créant des hiérarchies intermédiaires, nous avions ouvert la boite de Pandore des tensions issues de jalousies plus ou moins malsaines mais nous n’y pouvions rien. La nature humaine est ainsi faite et il ne servait à rien d’espérer tuer les vanités et les cupidités au sein d’un groupe humain aussi riche.

Je contemplais tout ceci avec un certain ravissement. J’aimais observer ces querelles qui n’étaient rien d’autres que des ajustements assez naturels.

Au tout début du mois de septembre, nous concourrions enfin pour le budget Cisco. Un très grand nom de l’industrie, une référence incontournable et tellement précieuse dans ce monde de l’Internet.

Le matin du 11 septembre 2001, je reçus l’information que nous avions gagné le budget Cisco. C’était une incroyable nouvelle et nous nous préparions à faire la fête lorsque le temps s’arrêta tout à coup.

Un avion venait de s’écraser sur l’une des tours jumelles de World Trade Center à New-York.

Alors que nous aurions pu sortir de nos bureaux pour commenter ensemble cette abominable nouvelle, nous restâmes tous devant nos ordinateurs à essayer de surfer sur un site d’information continue qui nous permettrait d’en savoir plus.

Le silence se faisait pesant dans les couloirs de l’agence.

Je restai pour ma part sur le site de la chaîne de télévision iTele et je ne quittai plus mon écran des yeux, hypnotisé par le flot d’images que le web nous déversait en direct.

Terrible signe de notre petit destin. Nous venions de signer avec l’une des plus belles références de l’Internet et c’est le même Internet qui nous maintenait dans l’horreur absolue.

En rentrant chez moi, je compris que rien ne serait plus jamais comme avant et que la première épopée du web était terminée. Les avions de Ben Laden n’avaient pas uniquement éventré le World Trade Center, ils venaient aussi de crever la gigantesque bulle Internet qui s’était formée au cours des dernières années.

Le lendemain matin, j’achetai toute la presse quotidienne.

Tous les journaux rivalisaient de superlatif pour qualifier ce qui s’était passé la veille à New York. Seul le journal Libération avait pris un contrepied en proposant avec une remarquable intuition sur sa une et sa quatrième de couverture une photo géante de New-York avec, pour seul titre, la date écrite en petits caractères : 11 septembre 2001.

Tout était dit. Nous étions dans l’histoire et ce jour serait dans la mémoire de l’humanité à tout jamais.

Les événements se précipitèrent autour de nous.

La collaboration avec Cisco démarra gentiment mais sans enthousiasme. Personne n’avait envie de fanfaronner, ne serait-ce que pour annoncer la mise sur le marché d’un nouveau routeur.

Le robinet d’argent qui alimentait les start’up et leur permettait d’exister se ferma presque instantanément. Il n’y avait plus d’argent pour financer cette nouvelle économie qui ne l’était plus tant que ça.

De nombreux clients durent renoncer à leurs investissements en communication. Ils n’avaient plus les moyens de se payer nos services.

Ceux qui avaient encore du cash nous demandèrent de leur consentir des ristournes, légitimement inquiets qu’ils étaient pour l’avenir de leurs entreprises.

Avec une rapidité ébouriffante, nous perdions tous les jours des pans entiers de chiffre d’affaires, un peu à la manière d’une dune de sable frappée continuellement par les assauts de vagues violentes et dont les remparts naturels finissent par s’engloutir dans les flots.

Le moral des troupes était au plus bas.

Nous avions certes acquis une taille qui nous prémunissait contre le naufrage immédiat mais tout le monde savait sans se le dire que la belle histoire de l’agence allait marquer le pas. Adieu la confiance insolente des années 90, le sentiment d’être les meilleurs du marché et des insubmersibles, place au doute et à la fébrilité.

Lotus, notre plus gros client fut définitivement englouti et disparaissu au sein d’IBM.

Nous ne fîmes pas les 30% de croissance escomptés mais moins de la moitié, 11%. C’était déjà pas si mal mais insuffisant. L’exercice fiscal se termina par une perte équivalente à 700.000€.

En février 2002, nous décidâmes de procéder à notre premier plan de licenciements économiques. C’était la première fois que l’agence était contrainte de licencier depuis sa création.

A suivre…

Rédigé par Christophe Ginisty le Samedi 18 Août 2012

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Christophe Ginisty

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