Emmanuelle
HP ne m’avait pas seulement apporté des compétences et de l’expérience, ce client me fit sans le savoir un autre cadeau, la première vraie collaboratrice avec laquelle j’ai pu construire quelque chose.
C’était une stagiaire à la direction de la communication. Jeune femme blonde au sourire invariable et à la bonne humeur naturelle, elle avait intégré la direction de la communication et nous assistait depuis quelques mois déjà sur chacun de nos projets. En convention de stage en dernière année de l’EFAP (Ecole Française d’Attachés de Presse), Emmanuelle faisait déjà partie de la famille, tant l’équipe « relations presse » du constructeur informatique était animée dans cet esprit par la responsable du service qui nous prenait un peu tous pour les enfants qu’elle n’avait pas eus par ailleurs.
Nous avions pris l’habitude de travailler ensemble et les choses se passaient plutôt très bien.
Un jour, elle me téléphona affolée. Pour d’obscures raisons liées à des négligences administratives, la direction juridique de l’entreprise s’était penchée sur son cas et la convention de stage qui la liait à HP était devenue caduque. Elle devait prendre ses affaires et foutre le camp dans l’heure.
A l’autre bout du fil, une voix catastrophée et fébrile avec, de mémoire, le discours suivant :
« Bien voilà, la directrice juridique m’a demandé de faire mes affaires sur le champ. Je ne sais pas où aller, je vous appelle sur les conseils de ma responsable pour savoir si vous ne pouvez pas prendre le relai et me prendre en stage dans votre agence. Comme nous avons travaillé ensemble depuis des mois, on se connaît bien et je me disais que ça pourrait fonctionner entre nous.»
J’ai accepté immédiatement.
Je n’avais pas prévu d’embauche et l’agence était encore fragile financièrement parlant mais j’avais l’intuition qu’il ne fallait pas que je laisse passer cette opportunité. Après tout, nous devions essayer de grandir et la meilleure manière de le faire était de recruter des gens de confiance.
Emmanuelle vint au bureau dès le lendemain et resta à l’agence trois belles et longues années, non pas comme stagiaire mais comme attachée de presse, employée en CDI.
Ce fut ainsi ma première « vraie » employée – je n’avais eu que des stagiaires jusque là – de même que je fus son premier « vrai » patron.
C’était grisant et exigeant. Je faisais tout ce que je pouvais pour essayer de lui enseigner ce que je savais et j’essayais en même temps d’apprendre à être un boss à la hauteur de ses attentes.
Bien que plus fragile qu’elle ne voulait le laisser paraître, elle était faite pour ce métier et avait des talents relationnels très supérieurs à la moyenne, une grande soif d’apprendre et un sens de la qualité de service qu’elle déployait tant pour nos clients que pour les journalistes avec lesquels elle était en contact.
Elle bossait super bien.
Elle contribuait vraiment au développement de la bonne réputation de l’agence, cela faisait plaisir à voir. L’agence existait en dehors de son fondateur et cette incarnation nouvelle était l’amorce d’une transition vers une future maturité, j’en étais conscient.
Elle était rapidement devenue le pivot de notre petite organisation, et toujours de manière légère, elle qui répétait sans cesse : « le sourire, ça s’entend au téléphone !»
Cependant, comme la plupart des jeunes patrons inexpérimentés, je ne savais pas où mettre le curseur professionnel/personnel et j’avoue éprouver une certaine confusion quand je repense à ces midis où elle gardait sur son bureau le couffin dans lequel dormait ma première fille âgée de quelques mois à peine pendant que ma femme et moi allions déjeuner au restaurant.
Le jour où elle m’annonça qu’elle avait pris la décision de partir fut un moment pénible. En dehors de la déception de perdre une collaboratrice à laquelle j’étais très attaché, je fus particulièrement vexé qu’elle m’informe vouloir « aller travailler dans une grande agence après trois années d’expérience dans une petite agence.»
Elle avait mille fois raison mais cela me renvoyait une image de « petit » à laquelle mon orgueil bien ou mal placé ne voulait pas s’accommoder dans résister. Quelques années plus tard, nous devînmes plus gros que l’agence en question et, bêtement, j’en fus très heureux.
Nous sommes restés en contact et nous nous voyons de temps en temps bien que nous emplois du temps ne nous permettent pas toujours de le faire assez souvent.
Cette collaboration fut une source d’enrichissement quotidien. En me forçant à ne plus travailler seul, Emmanuelle m’apprit par sa seule présence à faire l’une des choses les plus dures mais également les plus essentielles qui soit pour le succès d’une organisation : déléguer.
Et aucun projet d’entreprise ne peut exister si le principal dirigeant n’a pas compris comment conjuguer ce verbe au présent de l'indicatif. Emmanuelle m’a permis d’y travailler et ce fut une vraie chance. C'est elle qui m'a appris (forcé?) à déléguer et je lui dois vraiment ça.
A suivre…
C’était une stagiaire à la direction de la communication. Jeune femme blonde au sourire invariable et à la bonne humeur naturelle, elle avait intégré la direction de la communication et nous assistait depuis quelques mois déjà sur chacun de nos projets. En convention de stage en dernière année de l’EFAP (Ecole Française d’Attachés de Presse), Emmanuelle faisait déjà partie de la famille, tant l’équipe « relations presse » du constructeur informatique était animée dans cet esprit par la responsable du service qui nous prenait un peu tous pour les enfants qu’elle n’avait pas eus par ailleurs.
Nous avions pris l’habitude de travailler ensemble et les choses se passaient plutôt très bien.
Un jour, elle me téléphona affolée. Pour d’obscures raisons liées à des négligences administratives, la direction juridique de l’entreprise s’était penchée sur son cas et la convention de stage qui la liait à HP était devenue caduque. Elle devait prendre ses affaires et foutre le camp dans l’heure.
A l’autre bout du fil, une voix catastrophée et fébrile avec, de mémoire, le discours suivant :
« Bien voilà, la directrice juridique m’a demandé de faire mes affaires sur le champ. Je ne sais pas où aller, je vous appelle sur les conseils de ma responsable pour savoir si vous ne pouvez pas prendre le relai et me prendre en stage dans votre agence. Comme nous avons travaillé ensemble depuis des mois, on se connaît bien et je me disais que ça pourrait fonctionner entre nous.»
J’ai accepté immédiatement.
Je n’avais pas prévu d’embauche et l’agence était encore fragile financièrement parlant mais j’avais l’intuition qu’il ne fallait pas que je laisse passer cette opportunité. Après tout, nous devions essayer de grandir et la meilleure manière de le faire était de recruter des gens de confiance.
Emmanuelle vint au bureau dès le lendemain et resta à l’agence trois belles et longues années, non pas comme stagiaire mais comme attachée de presse, employée en CDI.
Ce fut ainsi ma première « vraie » employée – je n’avais eu que des stagiaires jusque là – de même que je fus son premier « vrai » patron.
C’était grisant et exigeant. Je faisais tout ce que je pouvais pour essayer de lui enseigner ce que je savais et j’essayais en même temps d’apprendre à être un boss à la hauteur de ses attentes.
Bien que plus fragile qu’elle ne voulait le laisser paraître, elle était faite pour ce métier et avait des talents relationnels très supérieurs à la moyenne, une grande soif d’apprendre et un sens de la qualité de service qu’elle déployait tant pour nos clients que pour les journalistes avec lesquels elle était en contact.
Elle bossait super bien.
Elle contribuait vraiment au développement de la bonne réputation de l’agence, cela faisait plaisir à voir. L’agence existait en dehors de son fondateur et cette incarnation nouvelle était l’amorce d’une transition vers une future maturité, j’en étais conscient.
Elle était rapidement devenue le pivot de notre petite organisation, et toujours de manière légère, elle qui répétait sans cesse : « le sourire, ça s’entend au téléphone !»
Cependant, comme la plupart des jeunes patrons inexpérimentés, je ne savais pas où mettre le curseur professionnel/personnel et j’avoue éprouver une certaine confusion quand je repense à ces midis où elle gardait sur son bureau le couffin dans lequel dormait ma première fille âgée de quelques mois à peine pendant que ma femme et moi allions déjeuner au restaurant.
Le jour où elle m’annonça qu’elle avait pris la décision de partir fut un moment pénible. En dehors de la déception de perdre une collaboratrice à laquelle j’étais très attaché, je fus particulièrement vexé qu’elle m’informe vouloir « aller travailler dans une grande agence après trois années d’expérience dans une petite agence.»
Elle avait mille fois raison mais cela me renvoyait une image de « petit » à laquelle mon orgueil bien ou mal placé ne voulait pas s’accommoder dans résister. Quelques années plus tard, nous devînmes plus gros que l’agence en question et, bêtement, j’en fus très heureux.
Nous sommes restés en contact et nous nous voyons de temps en temps bien que nous emplois du temps ne nous permettent pas toujours de le faire assez souvent.
Cette collaboration fut une source d’enrichissement quotidien. En me forçant à ne plus travailler seul, Emmanuelle m’apprit par sa seule présence à faire l’une des choses les plus dures mais également les plus essentielles qui soit pour le succès d’une organisation : déléguer.
Et aucun projet d’entreprise ne peut exister si le principal dirigeant n’a pas compris comment conjuguer ce verbe au présent de l'indicatif. Emmanuelle m’a permis d’y travailler et ce fut une vraie chance. C'est elle qui m'a appris (forcé?) à déléguer et je lui dois vraiment ça.
A suivre…















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