Saga de l'été : L'international



La réussite passait par l'internationalisation de l'agence, j'en étais convaincu.

L'international

Saga de l'été : L'international
Il y avait un projet que je voulais développer pour donner une nouvelle dimension à mon agence, c’était de lui conférer une envergure internationale.

Après tout, nous vivions dans un monde global, la plupart de nos clients étaient des multinationales d’origine, il fallait que l’agence soit autre chose qu’un business franco-français, pour ne pas dire franchouillard.

Car la plupart des anglais et des américains voyaient le marché français comme une sorte de territoire hostile avec des gens qui ne font jamais ce qu’on leur dit et qui ont une piètre capacité à fournir un service de qualité.

Il fallait que mon agence soit une exception dans cet océan de gaulois, que nous soyons les plus compatibles à l’international. Un groupe de personnes avec qui il serait facile de travailler.

Je voulais être le plus international des français.

Le hasard fit extrêmement bien les choses puisque je fus sollicité au même moment par la société Lotus pour accompagner son président EMEA (Europe, Middle East, Africa) dans sa communication avec les médias, un certain Pierre Van Beneden.

Pierre était un fantastique manager qui avait fait une carrière très brillante dans l’informatique (Digital, Oracle). Il s’était d’abord occupé de développer les services professionnels puis, après que Lotus ait été racheté par IBM, on lui confia la mission de développer le business sur tout le territoire EMEA.  Un job à très hautes responsabilités qui faisait de lui l’un des français les plus hauts placés dans l’industrie informatique.

C’était un homme de très grand charisme et en même temps un homme redoutablement pragmatique. Il avait pris conscience que son nouveau job lui imposerait de travailler sa communication personnelle pour mieux incarner son organisation à la fois en interne mais aussi dans les médias.

Nous fûmes mis en contact par une ancienne cliente de l’agence et, à la suite du tout premier rendez-vous,  il me chargea personnellement de la mission de le préparer et l’accompagner dans chacune de ses prises de parole.

C’était une responsabilité incroyable. Je n’en ai pas dormi pendant près d’une semaine. J’avais signé le contrat mais j’étais hanté par la crainte de ne pas être à la hauteur de la mission. Je me réveillais toutes les nuits avec cette angoisse et sans pouvoir retrouver le sommeil.

J’avais certes beaucoup travaillé avec des chefs d’entreprises dès les premières années de l’agence et j’avais quelques belles réussites à mon actif. Mais Pierre était différent, il était au-dessus des autres et j’étais tétanisé à la seule idée de le décevoir.

En plus de cette mission d’accompagnement, je signai avec Lotus un contrat d’assistance pour la coordination des programmes de relations publiques sur toute la région. J’avais enfin mon premier grand contrat international et je pouvais désormais concevoir des actions sur une trentaine de pays, en relation étroite avec la direction mondiale de l’entreprise.

Je profitai de cette opportunité fantastique pour recruter et constituer une petite cellule qui prendrait en charge cette activité.
Je voulais tout sauf un français. Pas uniquement pour des questions évidentes de langue mais je faisais le pari que pour devenir vraiment compatible à l’international, mon agence devait l’être de l’intérieur.

Je recrutai une anglaise ayant vécu en France mais également aux Etats-Unis, une certaine Charlotte qui avait dirigé les ventes mondiales d’un groupe de presse informatique américain. Puis une américaine, Jennifer, ancienne assistante de la première.

La collaboration avec Pierre et Lotus fut un succès au-delà de nos espérances. Mes deux collaboratrices faisaient des merveilles de coordination, forgeaient la réputation de l’agence sur de très nombreux marchés. Quant à moi, j’accompagnais un patron qui prenait chaque jour un peu plus d’envergure.

Au-delà du fait que Lotus était devenu le premier client de l’agence en termes de revenus, j’avais pour la première fois de ma vie le sentiment d’avoir réussi.

C’était une perception intime et dont je ne faisais état à personne mais c’était aussi nouveau qu’intense. C’était un secret bonheur professionnel qui me submergeait à chaque fois que je prenais l’avion pour accompagner Pierre dans un nouveau déplacement.

La petite agence que j’avais créée dans ce 3 pièces de la rue Béranger à Paris était devenue  internationale, reconnue dans plusieurs pays du monde et capable d’orchestrer des campagnes sur plusieurs pays.

Certains mesurent leur réussite professionnelle aux dollars qu’ils accumulent à la fin de l’année, moi je la mesurais à l’envergure internationale de mon petit business. Et c’est tout ce dont j’avais besoin.

Au tout début de l’année 2000, je fus approché pour la première fois par deux dirigeants de grosses agences internationales. Ils avaient entendu parler de nous et nous proposèrent de nous racheter. Notre réputation avait franchi les frontières, nous étions désormais visibles et attractifs sur un plan beaucoup plus global.

Je refusai les deux propositions qui portaient pourtant sur des sommes d’argent conséquentes et je continuai mon chemin à la poursuite de nouveaux défis internationaux.

A l’octobre 2001, Lotus fut totalement intégré dans IBM et ce fut la fin de notre collaboration.

Pierre fut recruté par une start’up américaine pour en prendre la présidence mondiale. Il fit appel à moi une nouvelle fois pour l’accompagner dans cette aventure.

Parmi les choses que j’essaye tous les jours d’inculquer à mes enfants, la dimension internationale occupe une place centrale. A la fin de ces années 90, j’avais compris que cette dimension contenait en elle les ressorts de tous mes projets de vie.

L’année dernière, ma fille aînée a quitté la France pour aller étudier au Canada. Je pense qu’elle a compris.

A suivre…

Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 13 Août 2012

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Christophe Ginisty

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