Saga de l'été : La source



Il fallait que je retrouve la puissance de mon inspiration.

La source

Saga de l'été : La source
Le RJ était derrière nous.

Pour autant, nous n’étions pas euphoriques. Les difficultés avaient été gérées mais elles n’avaient pas disparues pour autant. Nous devions nous retrousser les manches pour faire croître l’activité avec la certitude de pouvoir honorer les échéances du plan de continuation tous les 6 mai, et ce pendant 10 ans.

Nous avions ainsi le sentiment assez désagréable de ne pas travailler pour l’avenir mais pour le passé. Epurer le passé et rembourser nos dettes jusqu’au moindre centime d’euro, tel devait être notre leitmotiv.

Je n’aimais pas ça.

Non pas que je répugnais à honorer mes obligations, mais cette impérieuse nécessité de vivre avec la conscience d’un passé qui revient sans cesse était assez peu compatible avec mon goût pour l’avenir, la prospective, la stratégie.

D’ailleurs, avions-nous encore une stratégie ? Rien n’était moins sûr.

Nous étions conscients de deux nécessités : celle de ne plus être dépendants d’un seul secteur afin de nous prémunir d’éventuelles nouvelles bulles et celle de serrer toutes les vis possibles afin de dégager suffisamment d’argent pour payer notre ardoise annuelle.

Je cherchai malgré cela à entrevoir une nouvelle route pour l’agence. J’avais besoin de donner une direction à mon projet et de m’extraire de cette gestion au jour le jour qui ne promettait pas la moindre fertilité.

Sans compter que les esprits avaient été marqués en interne. Presque abimés.

Ceux qui avaient vécu le RJ avaient perdu une partie de leur fougue d’antan. Je le constatais tous les jours, ils étaient eux aussi devenus hyper conservateurs, animés par un quotidien oppressant, à cours de cette énergie qui les avaient pourtant montés au sommet quelques années auparavant.

Je pris alors la décision de m’évader et d’aller à la source de mon inspiration, la Silicon Valley.

Sans avoir le moindre rendez-vous dans l’agenda, sans avoir le moindre prétexte pour m’y rendre, je décidai d’échafauder un voyage personnel d’étude et de réseautage dans la région de San Francisco afin de me doper à l’énergie de cette partie du monde et percevoir si mon rêve de technologies au service du plus grand nombre avait encore du sens.

Arbitrairement, je choisissais la première semaine de décembre et je me donnai trois mois pour organiser les choses.

Trois mois pour trouver des gens à rencontrer, caler des rendez-vous, humer le fumet de l’innovation, là où tout avait commencé. J’avais un nouveau projet. Je respirais.

Je partais encore une fois d’une page blanche mais j’avais la confuse intuition qu’il y avait des choses à écrire dessus. Ce qui était évident, c’est qu’il fallait que je bouge. Le quotidien avait été une cage étroite et contraignante et je ne pouvais plus rester prisonnier de cette fatalité.

Linkedin venait d’être lancé, je m’y inscrivais parmi les premiers (je suis le 151.891ème membre de ce réseau social) et je commençais à identifier des gens à rencontrer.

Sans avoir le moindre rendez-vous de calé, je fis des réservations dans un hôtel de San Francisco pour la première moitié du séjour puis dans un autre à Palo Alto et je pris l’initiative d’envoyer des e-mails à toutes les personnes que j’avais envie de rencontrer.

Je commençais par les français établis sur place, les journalistes correspondants de la presse française dans la Silicon Valley. Ils étaient heureux de me voir.

Je contactais d’autres organisations qui me paraissaient incontournables. Je sollicitai le patron du PARC, le mythique Palo Alto Research Center, d’où tellement de technologies étaient sorties. J’écrivis à des investisseurs et des venture capitalists, aux patrons de grandes agences de communication établies sur place, aux directions mondiales de mes clients américains.  

Pour mon plus grand bonheur, tous me répondirent avec enthousiasme. Ils étaient heureux à l’idée de me rencontrer.

C’est en préparant ce voyage que je pris conscience pour la première fois de la puissance sociale du web. Tout était facile sur Internet où les rencontres planétaires étaient à portée de clic.

Lorsque je pris l’avion pour m’envoler vers la Californie, j’eus le sentiment de revivre professionnellement parlant, un an tout juste après le calvaire du redressement judiciaire.

Je ne fuyais pas, j’allais à la conquête de quelque chose de nouveau en même temps que je me rendais à la source du sens que j’avais donné à ma carrière.

Anomalie de l’histoire, je n’étais encore jamais allé dans la Silicon Valley.

J’eus plus d’une quinzaine de rendez-vous durant les quatre jours où je suis resté sur place.  

J’étais venu chercher l’inspiration dans ce qui s’apparentait, j’en étais pleinement conscient, à un pèlerinage professionnel. J’en revins regonflé comme jamais et déterminé à prolonger mon chemin sur la route de l’innovation.

Alors que certains de mes collaborateurs n’avaient de cesse que de fuir le secteur par lequel nous avions failli sombrer, je décidai de résister et de m’intéresser à cette dimension sociale qui m’avait si incroyablement permis de faire de mon voyage un succès.

La révolution digitale était loin d’appartenir au passé, le meilleur restait à venir.

A suivre…

Rédigé par Christophe Ginisty le Jeudi 23 Août 2012

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Christophe Ginisty

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