Je mis un jour un terme à cette histoire qui avait duré près de 24 ans.
Le départ
Faire la révolution ou partir, tel était le choix qui s’offrait à moi en cette fin d’année 2010.
Je m’ennuyais à mourir et, surtout, j’avais le sentiment que nous allions à moyen terme rencontrer le mur. Une entreprise qui ne se soucie plus de sa stratégie est comme un bateau sans énergie motrice, l’illusion de flotter dissimule un temps que l’échouage est la seule issue possible.
J’avais beau le claironner sur tous les toits et plaider la cause auprès de mes deux associés – l’un historique dont je parlerai demain dans ma dernière note et l’autre récent, un professionnel de la publicité corporate qui n’y connaissait rien aux RP – rien n’y faisait.
La difficulté, alors que j’étais confronté à ce type de situation et que j’étais moi-même le fondateur de l’entreprise, c’est que je ne pensais pas à partir.
Il y avait une petite flamme qui brûlait à l’intérieur de moi et qui me faisait croire que j’étais éternel dans l’organisation. Comme tout fondateur, je n’étais pas disposé à instruire le dossier de mon propre éloignement.
Et puis j’avais le plus souvent le sentiment que les choses allaient s’arranger, que j’étais capable de surmonter cette énième difficulté.
Mais un jour il y eut la réunion de trop.
Ce fut le 28 février 2011 en fin de journée. Une assemblée générale qui dégénéra, une réunion ou les colères furent exacerbées, outrancières et sans doute aussi parasites. Elle ne dura pas très longtemps mais elle fut suffisamment brutale pour qu’un déclic se produise.
En rentrant chez moi, je pris la décision de partir.
Je ne pouvais plus travailler dans cet environnement, je n’avais plus aucune foi dans mes partenaires et à la lassitude se mêlait désormais la défiance à un niveau encore jamais rencontré jusque-là.
Dès le lendemain, je décidai de prendre les choses en main.
N’ayant jamais été en situation de recherche d’emploi, je n’avais aucune idée de la manière avec laquelle j’allais m’y prendre. Et puis qui voudrait d’un type comme moi, entrepreneur dans l’âme n’ayant jamais travaillé en tant que salarié dans la moindre organisation ? Qui prendrait le pari de me proposer un job ?
A ces questions lancinantes, je trouvai une réponse : les anglo-saxons.
Familier des sociétés internationales, je connaissais un peu les environnements de travail et je savais que les anglais et les américains avaient une vision tout à fait différente des français à ce sujet et qu’ils louaient les entrepreneurs plutôt que de les enfermer à vie dans leurs propres citadelles.
Et puis, il faut bien le reconnaître, celui ou celle qui engagerait un patron pour la France occuperait nécessairement une position européenne, voire plus.
Ces deux raisons suffirent de me convaincre que la solution était sans doute à Londres.
Je décidai d’activer mon réseau dans la capitale britannique. J’appelai un copain, puis un autre, pour savoir qui pourrait me faire rencontrer les personnes capables d’évaluer mon profil. Je ne cherchais pas immédiatement un job mais une sorte d'évaluation afin de me situer sur le marché du travail. Je finis par échanger par e-mail avec un investisseur spécialisé sur le secteur de la communication européenne.
Il m’invita à venir le rencontrer à Londres, ce que je fis quelques jours plus tard.
Lors de notre toute première rencontre, il me demanda de me présenter, de détailler mon parcours et de lui indiquer ce qui me motivait à bouger. Je lui fis une description très précise et totalement transparente de la situation. Je lui parlai de mon exaspération, de mon besoin d'air et de défis. Il m’écouta attentivement, poliment.
L’entretien dura moins d’une demi-heure. En me quittant et me remerciant chaleureusement de ma visite, il me promit de m’aider dans la mesure de ses moyens à rencontrer des gens.
Je pris le train du retour avec une curieuse impression. Je n’avais pas senti mon interlocuteur plus motivé que cela et j’avais pris sa promesse pour une formule de politesse, plus que pour une réalité. So british!
Arrivé à la Gare du Nord, j’avais un message vocal et un e-mail de sa part.
Il m’avait pris deux rendez-vous pour le lundi suivant et me demandait de revenir à Londres pour les honorer. C'était inespéré. Au cours des jours qui suivirent, il me fixa six rendez-vous avec la crème de la crème des relations publiques européennes.
J’y allais pour m’évaluer et pas dans l’intention immédiate de trouver un employeur. J’eus quatre propositions fermes en l’espace de trois semaines.
Quatre semaines après la « réunion de trop », je décidai finalement d’accepter l’une de ces propositions.
Comme cela était prévu de longue date, je partis en vacances avec toute ma famille en Thaïlande pendant les vacances de Pâques. Durant mon voyage, je pris un soin tout particulier à finaliser à distance quelques opérations que j’avais en cours. Je ne voulais pas partir en laissant le bordel derrière moi. Cela occassionna une facture téléphonique assez impressionnante que mes associés prirent idiotement pour une abus de ma part.
Le 24 avril, je revins à l’agence.
C'était tellement bizarre d'y remettre les pieds alors que je n'y étais plus dans ma tête. Le lendemain, j’informai mes associés que j’avais pris la décision de partir… à la fin de la semaine.
Ils prirent acte de ma décision.
J’informai tous les autres salariés de l’agence par un long e-mail, mes associés m’ayant demandé de ne pas venir en personne pour y faire mes adieux. Je n'eus pas la chance de faire un pot de départ. Certains collaborateurs ne comprirent pas mon absence mais les autres ne me laissaient pas le choix.
Quelques jours plus tard, dans la torpeur d’un dimanche déserté par ses forces vives, je revins à l’agence pour y faire mes cartons et débarrasser le plancher.
En quelques minutes, je mis un terme ce jour-là à une histoire qui avait duré près de 24 ans.
En me retournant une dernière fois avant de fermer définitivement la porte sur cette histoire, je pris cette photo.
Je m’ennuyais à mourir et, surtout, j’avais le sentiment que nous allions à moyen terme rencontrer le mur. Une entreprise qui ne se soucie plus de sa stratégie est comme un bateau sans énergie motrice, l’illusion de flotter dissimule un temps que l’échouage est la seule issue possible.
J’avais beau le claironner sur tous les toits et plaider la cause auprès de mes deux associés – l’un historique dont je parlerai demain dans ma dernière note et l’autre récent, un professionnel de la publicité corporate qui n’y connaissait rien aux RP – rien n’y faisait.
La difficulté, alors que j’étais confronté à ce type de situation et que j’étais moi-même le fondateur de l’entreprise, c’est que je ne pensais pas à partir.
Il y avait une petite flamme qui brûlait à l’intérieur de moi et qui me faisait croire que j’étais éternel dans l’organisation. Comme tout fondateur, je n’étais pas disposé à instruire le dossier de mon propre éloignement.
Et puis j’avais le plus souvent le sentiment que les choses allaient s’arranger, que j’étais capable de surmonter cette énième difficulté.
Mais un jour il y eut la réunion de trop.
Ce fut le 28 février 2011 en fin de journée. Une assemblée générale qui dégénéra, une réunion ou les colères furent exacerbées, outrancières et sans doute aussi parasites. Elle ne dura pas très longtemps mais elle fut suffisamment brutale pour qu’un déclic se produise.
En rentrant chez moi, je pris la décision de partir.
Je ne pouvais plus travailler dans cet environnement, je n’avais plus aucune foi dans mes partenaires et à la lassitude se mêlait désormais la défiance à un niveau encore jamais rencontré jusque-là.
Dès le lendemain, je décidai de prendre les choses en main.
N’ayant jamais été en situation de recherche d’emploi, je n’avais aucune idée de la manière avec laquelle j’allais m’y prendre. Et puis qui voudrait d’un type comme moi, entrepreneur dans l’âme n’ayant jamais travaillé en tant que salarié dans la moindre organisation ? Qui prendrait le pari de me proposer un job ?
A ces questions lancinantes, je trouvai une réponse : les anglo-saxons.
Familier des sociétés internationales, je connaissais un peu les environnements de travail et je savais que les anglais et les américains avaient une vision tout à fait différente des français à ce sujet et qu’ils louaient les entrepreneurs plutôt que de les enfermer à vie dans leurs propres citadelles.
Et puis, il faut bien le reconnaître, celui ou celle qui engagerait un patron pour la France occuperait nécessairement une position européenne, voire plus.
Ces deux raisons suffirent de me convaincre que la solution était sans doute à Londres.
Je décidai d’activer mon réseau dans la capitale britannique. J’appelai un copain, puis un autre, pour savoir qui pourrait me faire rencontrer les personnes capables d’évaluer mon profil. Je ne cherchais pas immédiatement un job mais une sorte d'évaluation afin de me situer sur le marché du travail. Je finis par échanger par e-mail avec un investisseur spécialisé sur le secteur de la communication européenne.
Il m’invita à venir le rencontrer à Londres, ce que je fis quelques jours plus tard.
Lors de notre toute première rencontre, il me demanda de me présenter, de détailler mon parcours et de lui indiquer ce qui me motivait à bouger. Je lui fis une description très précise et totalement transparente de la situation. Je lui parlai de mon exaspération, de mon besoin d'air et de défis. Il m’écouta attentivement, poliment.
L’entretien dura moins d’une demi-heure. En me quittant et me remerciant chaleureusement de ma visite, il me promit de m’aider dans la mesure de ses moyens à rencontrer des gens.
Je pris le train du retour avec une curieuse impression. Je n’avais pas senti mon interlocuteur plus motivé que cela et j’avais pris sa promesse pour une formule de politesse, plus que pour une réalité. So british!
Arrivé à la Gare du Nord, j’avais un message vocal et un e-mail de sa part.
Il m’avait pris deux rendez-vous pour le lundi suivant et me demandait de revenir à Londres pour les honorer. C'était inespéré. Au cours des jours qui suivirent, il me fixa six rendez-vous avec la crème de la crème des relations publiques européennes.
J’y allais pour m’évaluer et pas dans l’intention immédiate de trouver un employeur. J’eus quatre propositions fermes en l’espace de trois semaines.
Quatre semaines après la « réunion de trop », je décidai finalement d’accepter l’une de ces propositions.
Comme cela était prévu de longue date, je partis en vacances avec toute ma famille en Thaïlande pendant les vacances de Pâques. Durant mon voyage, je pris un soin tout particulier à finaliser à distance quelques opérations que j’avais en cours. Je ne voulais pas partir en laissant le bordel derrière moi. Cela occassionna une facture téléphonique assez impressionnante que mes associés prirent idiotement pour une abus de ma part.
Le 24 avril, je revins à l’agence.
C'était tellement bizarre d'y remettre les pieds alors que je n'y étais plus dans ma tête. Le lendemain, j’informai mes associés que j’avais pris la décision de partir… à la fin de la semaine.
Ils prirent acte de ma décision.
J’informai tous les autres salariés de l’agence par un long e-mail, mes associés m’ayant demandé de ne pas venir en personne pour y faire mes adieux. Je n'eus pas la chance de faire un pot de départ. Certains collaborateurs ne comprirent pas mon absence mais les autres ne me laissaient pas le choix.
Quelques jours plus tard, dans la torpeur d’un dimanche déserté par ses forces vives, je revins à l’agence pour y faire mes cartons et débarrasser le plancher.
En quelques minutes, je mis un terme ce jour-là à une histoire qui avait duré près de 24 ans.
En me retournant une dernière fois avant de fermer définitivement la porte sur cette histoire, je pris cette photo.
















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