Saga de l'été : Les blogs


Rédigé le Vendredi 24 Août 2012


Internet n'était pas mort et le désir d'expression allait le réveiller.

Les blogs

Saga de l'été : Les blogs
J’avais retenu deux choses de mon voyage en Californie.

La première est que l’Internet n’était pas mort, contrairement aux prévisions de certains dépressifs qui ne s’étaient toujours pas remis des plumes qu’ils avaient laissés dans l’éclatement de la bulle. La Silicon Valley était bouillonnante et fertile, convaincue qu’il y avait toute une histoire à écrire, que la fin de l’épisode d’hyper spéculation était finalement un bien pour que chacun se mette à travailler sur les besoins d’une économie réelle.

La deuxième est que l’avenir de la toile était dans sa dimension sociale. Linkedin me fascinait, la rapidité avec laquelle j’avais pu tisser des liens dans la Valley aussi.

Les technologies s’étaient considérablement simplifiées et on pouvait désormais créer des sites sans avoir à entrer dans le code et faire de la programmation.

Mais c’est l’un de mes clients, la marque à la pomme – que je m’interdis désormais de citer pour ne pas m’attirer les foudres de ses gardiens du temple – qui me procura le déclic qu’il me manquait pour comprendre ce qui était en train de se passer.

Tous les jours, l’ensemble des personnes impliquées dans la communication avec la presse et dont je faisais partie recevait un e-mail interne et confidentiel qui faisait état des principales citations de la marque dans la presse mondiale. Cet e-mail était créé par les équipes américaines et je l’attendais avec impatience tous les jours.

Un détail avait attiré mon attention. Après avoir fait état des citations dans les médias traditionnels, le Wall Street Journal, le New York Times, les Monde,…  le tout dernier paragraphe de cette newsletter interne faisait état de ce que les californiens avaient relevé dans des blogs.

Sous le titre « Rumours » figuraient des liens vers des notes que différents individus avaient publiées sur des espaces personnels.

Tous les jours, je cliquais en premier sur ces liens pour aller y découvrir ces billets qui, s’ils n’émanaient pas de journalistes, avaient malgré tout le mérite d’être super intéressants car plutôt débridés et bien renseignés.

Peu à peu, je compris toute l’importance que pouvaient avoir ces blogs. Mon client leur accordait une certaine valeur en les proposant sous les liens des plus grands médias mondiaux. Et leur ton était celui d’une information alternative, orientée, impliquée, pas forcément fiable mais presque toujours pertinente.

Je perçus la complémentarité de ces deux sources d’information. Désormais, et à l’image de ce que suggérait déjà implicitement mon client, nous devions tenir compte de l’expression des individus dans la formation de l’opinion publique.

C’était révolutionnaire et je pris toute la mesure de ce qui était en train de se passer. Mon rêve de 1988, celui d’une révolution technologique qui libère le plus grand nombre, qui change le monde et qui apporte aux individus des pouvoirs nouveaux, était sur le point de se réaliser. Les de la publicité "1984" d'Apple me revenaient en tête; le grand souffle allait être libéré.

Et c’est le désir d’expression qui en était désormais le moteur.

Sur la toile française, je cherchais des blogs et mis à part Skyrock qui avait eu la vision et l’intelligence de bâtir la plateforme Skyblogs, et Loïc Le Meur qui était déjà une figure emblématique de cette révolution, il n’y avait pas grand-chose.

Le 16 novembre 2004, je décidai de rester au bureau et de ne pas aller déjeuner à l’extérieur.

C’était décidé, j’allais consacrer les deux prochaines heures à la création de mon propre blog. Je choisis la plateforme Typepad qui me paraissait rassembler le plus de blogueurs proches de mon profil professionnel. Je pris du temps pour ébaucher un design un peu sympa puis je mis en ligne ma toute première note qui débuta par ces mots :

« Ca y est, j'ai à mon tour succombé à la tentation de la création d'un weblog perso. Première note, première page blanche et l'envie de décrire le contenu qui sera posté ici.

Je suis depuis des années la révolution numérique et je me passionne pour les conséquences que ce phénomène va avoir dans la vie de tous les jours. Je me passionne aussi pour les facteurs qui vont permettre au plus grand nombre de bénéficier de ce progrès phénoménal. Cette passion est née en 1984 avec lancement du Macintosh par Apple, inoubliablement illustré par le célèbre film publicitaire de Ridley Scott. J'ai perçu que les technologies allaient bouleverser notre mode de vie et j'ai souhaité être acteur de cette révolution plutôt que spectateur. »


Nul besoin de notoriété ou de reconnaissance, nul exhibitionnisme non plus, j’avais simplement deux envies : tester moi-même cet outil pour en comprendre les ressorts et écrire, écrire, écrire, une passion à laquelle je ne consacrais plus assez de temps.

En interne, les réactions à l’ouverture du blog du patron étaient nombreuses et contrastées.

Il y avait ceux – les plus nombreux – qui trouvaient l’initiative plutôt assez sympathique et intéressante et qui y voyaient une opportunité de mieux me connaître à travers mes notes.

Et puis il y avait ceux – les plus bruyants – qui n’y voyaient rien d’autre qu’une perte de temps provoquée par un désir malsain et enfantin de flatter un égo surdimensionné. Une perte de temps et aussi une distraction qui me détournait de mes obligations les plus élémentaires : consacrer 100% de mon temps à l’agence convalescente.

Je fus victime de quelques procès staliniens en cette fin d’année 2004, certains de mes proches étant apeurés des conséquences que mon exposition personnelle aurait sur la clientèle de l’agence.

Mais ce que ces censeurs effrayés ne mesuraient pas, aveuglés par leur ignorance crasse du phénomène, c’est qu’en m’adonnant à cette activité, j’acquérais aussi les bases de ce que l’on appellera plus tard le Web 2.0. Je faisais mes gammes et je contribuais modestement à défricher un monde qui allait devenir incontournable et majeur pour tous les professionnels de la communication.

Et qui l’est devenu.

En naviguant dans cet océan d’incompréhensions, je mesurai qu’une partie de mon agence avait changé et qu’elle n’était plus entièrement tournée vers l’avenir. Cette partie-là avait peur de tenter, d’essayer et pourtant, quelque chose d’énorme était en train de prendre racine.

A suivre…  
 


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Christophe Ginisty
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